"TROTSKISME" ? MODELE RECHAUFFE ?


Extrait de
<<Tartuffe aux affaires
HORREUR POLITIQUE et GÉNÉRATION MORALE
1980-2000
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TEXTE REDIGE EN2000


<<<< Le concept d’«institution moralement autonettoyante» emprunte tout à la fois au conflit théologique entre Rome et Réforme, avec l’affaire des indulgences, à la justification par les œuvres ou la foi, et enfin à la mise en cause morale, par les marxistes, de l’appropriation de la plus-value.

Le privilège de l’association (loi de 1901) est d’échapper simultanément à la critique libérale et à la critique marxiste. Institution de droit privé, elle ne relèverait pas de la critique contre l’étatisme collectiviste. Étrangère à l’appropriation du profit, elle échapperait également à celle du capitalisme. Ainsi purifiée par construction, l’association offre de surcroît à ses «a c t e u r s» la sanctification que vaut la proximité proclamée à la transcendance, quel qu’en soit le nom: Dieu, classe ouvrière, justice, liberté, beauté, vérité, défense des pauvres, des malades, de la culture, de la nature, altermondialisme etc. La poursuite d’objectifs à ce point valorisants au plan moral permet d’ajouter, à la sanctification par le statut, la justification par les intentions et les objectifs .

Le «Ta r t u ff e s u b v e n t i o n n a i r e» peut alors avancer la revendication professionnelle de tous les clergés en tous les temps: «Laissez venir à moi les bénéfices ecclésiastiques sans contrôle.»
Et il en va «sp i r i t u e l l e m e n t» des associations comme des mutuelles et autres piliers de l’économie sociale solidaire, ce fleuron des cercles académiques de la pensée verte.

Du syndicalisme étudiant aux affaires 1

Même aux yeux du Monde, l’affaire de la MNEF est l’emblème de la «génération morale- génération Mitterrand», son Collier de la reine 2. Elle la marque au fer rouge d’une immoralité politique absolue. Cette affaire a prouvé que ces jeunes gens, tout comme leurs recruteurs, se moquaient éperdument de la démocratie, et plus encore de la probité, donc de la morale et, a fortiori, de la révolution ou de la classe ouvrière. Cette affaire a prouvé que des politiciens français ne répugnaient point à se battre comme des chiffonniers pour s’approprier l’héritage trotskyste, c’est-à-dire les maigres troupes de jeunes immatures politiques.

Avec la MNEF, c’est aussi un pilier du «tout aidé- tout désintéressé» et autre tiers secteur façon économie solidaire qui s’est moralement effondré, et, avec lui, le mythe de la pureté mutualiste. Et il a fallu que cela explose en milieu étudiant! En pleine pouponnière de talents! Plus pénible encore, dans ce dossier : c’est l’Europe «ultralibérale» qui contraindra la mutualité française à nettoyer ses écuries, pas Jospin qui, sur ce dossier, a demandé un rapport à Rocard!

Sans négliger l’aspect spectaculaire de la chute du mari ministre d’une célèbre présentatrice de TV, sans négliger la question posée à l’ensemble du tiers secteur non lucratif sur son exact désintéressement, l’intérêt historique et symbolique de l’affaire de la MNEF réside dans son aspect générationnel. Les scandales du Crédit lyonnais et d’Elf ont définitivement terni l’image de marque d’un homme comme Mitterrand et des siens. L’affaire de la MNEF, elle, affecte une génération et pas seulement les jeunes qui ont mené le train au cours de la décennie 80. C’est d’une tout autre gravité, car autant il est possible, sinon élégant, de proclamer avec Jospin : «Mitterrand? Connais pas!», autant il est impossible de dire: «Cette génération? Je n’en suis pas!»

Un peu d’histoire politicienne s’impose, car les médias trotskysés ont privé l’opinion de toute information sur ce coup d’État permanent. Et l’on comprend pourquoi les pratiques qui ont produit la MNEF sont au cœur du système qui a permis la prise du pouvoir sur la dépense publique par un groupuscule de professionnels.

Finalement, ce qui frappe dans ce groupuscule, c’est la profondeur de son immoralité politique. Par immoralité politique, il faut entendre une pratique constante, caractérisée par l’absence totale de respect de toute procédure démocratique. C’est cet «ultralibéralisme politicien et moral » qui, de fil en aiguille, conduit à l’horreur politique. Il n’y a pas de hasard. Que les intéressés finissent dans les affaires, avec ou sans guillemets, au pouvoir ou en examen est l’issue logique de leur morale politique.

Les lignes qui suivent seront critiquées par les experts en politicailleries «t r o s t k o - m a o ï s t e s ». Ils les diront approximatives et subjectives.

Q u ’ i m p o r t e ! Les comportements de ce petit monde ont été durant trente ans à ce point brutaux, obscurs et faux, secoués par tant de manipulations et trafics, conflits et trahisons, depuis le plus modeste militant jusqu’aux grands squales, que l’obligation de rigueur dans le détail historique ne s’impose guère. Il ne s’agit que d’un simple survol historique.

F. Mitterrand a très vite intégré la jeunesse dans sa démarche de prise de pouvoir, au sein du PS d’abord, en 1972, sur la gauche entière ensuite. En janvier 1975, la sémillante Édith Cresson est nommée secrétaire nationale à la Jeunesse, pour mettre de l’ordre chez les étudiants socialistes 3. En 1976, la réforme Saunier-Seité met les étudiants dans la rue. L’UNEF-ID trotskysante, qui profite de l’affaissement des étudiants communistes, «é p u r é s» par le PC après 68, fournit le gros des troupes, les mots d’ordre et le service d’ordre. Pour la première fois, les soixante-huitards ne sont pas à la pointe du combat. Le tempo «r é v o l u t i o n n a i r e» s’accélère. En 1980, la jeunesse étudiante de France est devenue sans le savoir à majorité trotskyste. Au regard d’un tel résultat, Sartre et Aragon font figure de salonards.

Toute la gauche non communiste se préparait depuis déjà dix ans à s’empoigner pour tirer parti d’un tel événement. Historiquement les rocardiens sont les premiers sur le coup. Christian Blanc, futur président d’Air France est élu douzième président de la MNEF en 1966; les proches du PSU prendront le contrôle de la mutuelle en 1968. La MNEF est déclarée par Ch. Blanc et ses amis «premier territoire socialiste libéré ». Pour s’installer durablement, ils «n é g o c i e n t » une convention collective qui accorde des salaires supérieurs de 10% à ceux pratiqués par la Sécurité sociale et... onze semaines de congés 3. payés... en 1969!
Côté syndical, c’est Marc Blondel qui avalise cet accord. D’autres rocardiens suivront : Stéphane Fouchs (entré chez Roux-Ségéla, qui conseille la BNP dans son raid sur la Générale) et surtout Alain Bauer (dont Le Monde annoncera la nomination à la tête du Grand Orient, le qualifiant, en termes peu mystiques, de «cynique tal e n t u e u x 4 » ); un jour conseiller du maire socialiste de Vitrolles, un autre jour employé du promoteur Pellerin, A. Bauer remplace le grand maître Simon Giovanini, démissionnaire le 4 avril 2000, pour cause de réunion maçonne «c o r s e » intempestive, et officier de la Légion d’honneur à 38 ans par J Odu 9 juillet 2000. Manuel Valls devient, lui, porte-parole de Lionel Jospin à Matignon. En 1971, c’est le tour d’un proche de Pierre Mauroy, Serge Lagauche (devenu sénateur, allié au CERES de J.-P. Chevènement) de présider la MNEF. Chez les mitterrandiens, les ténors sont Olivier Spithakis, Patrick Mennuci (fédération socialistes des Bouches-du-Rhône), Gérard Obadia et son épouse pour la filiale Policité préposée aux campagnes électorales, Bruno Pelletier, pour la filiale EFIC préposée aux travaux d’imprimerie (retrouvé au Togo), Jeanlou Salzmann, Jean-Marie Grosch, président de la MNEF de 1979 à 1985 (entré à l’ENA en 1987, éleveur de chevaux dans l’Orne, futur président du Centre des jeunes dirigeants de l’économie sociale), Jean-Marie Le Guen et son épouse. Ombrageux patron de la puissante fédération de Paris du PS, M. Le Guen a eu l’imprudence de qualifier la MNEF de «pouponnière et de base de repli du PS 5». Pour les trotskystes, ce sont Jean-Christophe Cambadélis, Benjamin Stora, Jean-Luc Mélenchon, Rosenblatt, Darriula et Julien Dray.

Dans leur ruée vers le pouvoir et la dépense publique, ces jeunes gens ont en commun le syndicalisme comme prétexte, la politique comme ressort et l’argent public comme gagne-pain. Pour eux, le moment historique, l’équivalent d’Épinay pour le PS, sera le congrès étudiant unitaire de Nanterre, en 1980. Six cents étudiants présents, sur un million que compte la France, vont passer trois nuits à se déchirer un résidu syndical.

Pour compléter le profil du personnage Leguen,, on lira les travaux de la commission parlementaire sur la gestion du FAS, présidence M. Le Guen, Assemblée nationale, rapport Sanmarco n°1718, novembre 1990, participation de J. Dray, mention dans "La France une chance pour l’islam," page 216, mars 1991, édition Le Félin. Téléchargeable gratuitement .)

Les plus durs l’emporteront par la force, c’est-à-dire l’aptitude aux trafics des mandats, aux manips d’appareils, aux nuits sans sommeil. Le deal offert à ces jeunes gens par F. Mitterrand sera: «D o n n e z - n o u s les étudiants et vous aurez les finances de la mutuelle, sans compter toute la bienveillance financière du pouvoir. Mais surtout, ni communistes ni rocardiens.» Deal offert, deal conclu!
Les «t r o t s k y s t e s» se précipiteront à la soupe, J. Dray le premier, en 1983, et J.-Ch. Cambadélis en 1986. Ce n’est que bien plus tard, en 2000, que le véritable enjeu de ces empoignades de sous-courants sera révélé par les médias: les archives de la MNEF concernant les rocardiens et les mitterrandiens. À les en croire, les jospiniens, eux, n’étaient, bien entendu, au courant de rien.

Sur le moment, sous l’amicale pression de F. Mitterrand, tous les parrains vont se pencher sur la MNEF, outre les ministres successifs de l’Éducation nationale et des Affaires sociales, les patrons de la MGEN (André Henry) et de FO (André Bergeron) et les loges (Roger Fajardie). Le rêve de cette génération, «faire élire Mitterrand», étant réalisé, elle s’installe dans ses meubles.

Coïncidence miraculeuse, loin des trotskystes rebaptisés «Nanterre», cette fin de printemps 1980, voit naître au PS la génération «Voltaire» du nom de la promotion ENA qui comptait dans ses rangs outre Villepin, l’actuel patron du PS, François Hollande, sa compagne Ségolène Royal, deux futurs ministres, Frédérique Bredin et Michel Sapin, enfin la nouvelle directrice de l’ENA, M.-F. Bechtel, militante du MDC. Admiratif, François Bazin conclut : «Jamais plus le PS ne refera aussi belle moisson au sein d’une même génération. »

Tel est, en l’an 2000, le milieu accablé par deux ans de séismes judiciaires, meurtriers pour sa belle image révolutionnaire. La prétention morale de gens qui se piquent non seulement de diriger une grande démocratie, mais de «faire du passé table rase» ne s’en relèvera jamais. Ce qui restera dans les mémoires, c’est l’exploitation «trotskyste» de la jeunesse, de la Sécu, de la vie associative, de la mutualité, de l’Éducation nationale, du syndicalisme français, des loges et des caisses publiques par F. Mitterrand et les siens, à des fins électorales, partisanes, voire commerciales, et en tous cas personnelles. Le fait qu’il l’ait emporté sur ses concurrents, et notamment sur Rocard, ne confère aucune excuse ni aucune garantie de moralité au vaincu.

Quant à Jospin, égal à lui même, c’est: «La MNEF? Connais pas !».
Le 3 novembre 1999, il déclare à l’Assemblée nationale: «Pour ce qui me concerne, mon seul rapport avec la MNEF est le suivant : c’est il y a quarante ans, quand je payais mes cotisations étudiantes. Personnellement, politiquement, fonctionnellement, je suis totalement étranger à la MNEF. » Du grand art! Hélas pour l’homme de l’inventaire, le Vrai Journal publiera dans son numéro double de juillet-août 2000 des extraits d’une vidéo d’amateur montrant Jospin le 15 décembre 1988 au congrès de la MNEF. Au reste, on voit mal comment le premier secrétaire du PS, le ministre socialiste responsable du regrettable plan Université 2000 aurait pu rester «étranger à la MNEF».

Bilan moral

Historiquement, la cause est entendue: l’ensemble UNEF-MNEF a été la courroie de transmission politicienne de la «génération morale» .
S’agissant du tiers secteur non lucratif, le désastre moral est total. Au cri sans cesse répété de: «Nous ne sommes pas des entreprises comme les autres», la mutualité française sort salie de l’opération. L’opinion a découvert que les mutuelles bénéficient de privilèges justifiés historiquement, théoriquement et politiquement, par la noblesse de l’idéal collectif des seuls militants et le désintéressement des dirigeants. Et ces privilèges ne sont ni minces, ni neutres: exonération de la TVA, de la taxe d’apprentissage, de l’impôt sur les plus-values des sociétés, de la taxe professionnelle, de la taxe de 7% sur les assurances. À la MNEF, les délégués des étudiants étaient des potiches manipulées. Or, la mutualité française a laissé pourrir l’abcès de la MNEF vingt ans durant !

Politiquement, donc moralement, le comportement de ces responsables politiques est inadmissible, car venu le temps des règlements de comptes, il rejaillit sur toute la mutualité, voire sur tout le PS, et, au delà, sur toute la classe publique. D’ailleurs O. Spithakis le reconnaît, qui s’en prend à Lionel Jospin, Pierre Joxe, Martine Aubry ou Jean Pierre Davant: «Mais, s’agissant de contracter avec des entreprises privées, de recruter les amis, d’emplois fictifs offerts aux syndicats, etc., je n’ai rien fait que d’imiter les autres " 6

Qu’elles relèvent du Code de l ’ a s s u r a n c e 7 ou du Code de la mutualité8 toutes les mutuelles sont atteintes. L’ a ffaire de la MNEF a mis en lumière qu’une bonne part des institutions mutualistes ont progressivement quitté la démocratie de type «un homme une voix», pour un régime oligarchique de dirigeants permanents, quand ce n’est pas l’arbitraire solitaire et coûteux illustré par des Pétriat (GMF) ou Vandier (MACIF), qualifié de «d é m o c r a t ur e» par J.-C. Bébéar d’AXA. Mais le pire, c’est l’argent facile

.Régates et frégates

Les rémunérations explosent dans la plus grande opacité, viades jetons de présence formellement interdits par le Code, ou v i a des avantages de fonction et frais de représentations pharaoniques 9. À la Mutualité sociale agricole, la Cour des comptes a relevé une rémunération annuelle de 2,4 millions de francs. À la MNEF, on n’en est pas là, mais nombre «d’amis» dirigeants de SOS Racisme, tels Fodé Sylla et Éric Ghebali, ont «perçu» sous les formes les plus diverses. Toujours à la MNEF, si l’on en croit les médias, notes de restaurants salées, locations de bateaux en Corse (c’est fou ce que les trotskystes aiment la voile 10!), aide aux clubs de foot amis, toutes les rubriques «personnelles» semblent avoir été remplies.

Enfin, l’ensemble des filiales fédérées par la MNEF dans une incontournable union d’économie sociale 11, Saint-Michel, associée à une holding, Raspail Participation et Développement, ont été «fécondées» par l’entrée, pour un tiers du capital de la dite holding d’un passionné des «nouveaux services- nouveaux emplois», Jean-Marie Messier, déjà PDG de Vivendi alors CGE, dont M. Spithakis redit sans cesse qu’il a permis à la MNEF une plus value de 21 millions de francs, celle-là même qui fut fatale à DSK 12.

Comble d’intégration à la vie politique moderne, la MNEF a fait héb e rg e r, par l’une de ses filiales, l’association des Amitiés taïwanaises. Du coup Taïwan a pu s’honorer de recevoir d’éminents visiteurs comme Pierre Bergé, le mari d’Édith Cresson, Jean-Yves Le Driant, Jean Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen, Patrick Sève, Dominique Strauss-Kahn et autres passionnés de frégates et de régates.

Enfin, la revue Match d’août 2000 révèle les prestations diverses, qu’elle dit «à la Xavière», fournies à la MNEF, tant par Isabelle Le Guen que par Jean-Martin Cohen-Solal, frère de Lyne Cohen-Solal, adversaire de Jean Tiberi dans le V earrondissement de Paris.

Que des coquins serviles se soient servis goulûment du service public, social et mutualiste de la jeunesse pendant une double décennie de toc, de fric et de frime, à l’abri d’Elf et de Thomson, il se peut qu’en cherchant bien, on en retrouve l’équivalent dans l’histoire, par exemple sous les Valois. Mais que cela ait été fait par des socialistes mûrs, exploitant des trotskystes jeunots, au nom de la rupture avec le capitalisme, de la jeunesse, d’un retour aux principes de l’association, de la coopération et de la mutualité, d’Owen, Proudhon, Considérant, Fourrier et autres Charles Gide, des Lip, Jaurès et Blum, au nom de la fin du travail, au nom d’une supériorité morale, qu’il ait fallu attendre 1999 pour que l’opinion en soit informée, c’est ici la spécificité, la marque de la «génération morale» et notamment de son emprise sur les médias.

. Quant à L. Jospin, certains murmurent bien que le Premier ministre aurait eu, jadis, une petite passade trotskyste. Mais jusqu’à l’affaire de la MNEF et au reniement de l’intéressé, on n’y voyait que péché de jeunesse, au demeurant répandu chez les jeune gens d’origine calviniste issus des milieux pacifistes 13.

N’empêche que le doute et le soupçon gagnent les esprits faibles. Par exemple, la journaliste Marie-France Etchegoin, dans Le Nouvel Observateur, conclut son enquête, à partir des conclusions d’O. Spithakis: «En vrac, on évoque un règlement de compte ourdi par des trotskystes qui n’auraient jamais pardonné à leurs anciens camarades d’avoir trahi la cause en vendant leur âme au grand capital ou à Mitterrand; le clan anti-Jospin, qui attise les flammes “parce que tout le monde se demande comment le Premier ministre a financé sa traversée du désert”; Pierre Joxe, qui aurait un contentieux avec la fédération de Paris; Martine Aubry qui chercherait des noises à son frère ennemi DSK; Jean-Pierre Davant, le président de la Mutualité française qui voudrait manger la MNEF; et si c’était tout simplement les juges qui faisaient leur métier?» En attendant, force est de revenir sur terre. Faute d’enthousiasme à Matignon, c’est donc Bruxelles – honte suprême – qui débridera l’abcès mutualiste français.

Sauvagerie libérale européenne contre idéologie française!

Le droit communautaire de la concurrence s’impose en effet désormais aux pouvoirs publics, comme en témoigne le récent revirement de la jurisprudence du Conseil d’État, affirmant que l’État et le secteur public au sens le plus large du terme doivent s’interdire toute décision contraire au droit de la concurrence, y compris dans leurs relations avec les organismes non lucratifs. Consultée par le Conseil d’État – luimême saisi par la Fédération française des sociétés d’assurance – la Cour de justice des Communautés européennes a statué, par un arrêt du 15 novembre 1997, sur la question préjudicielle qui lui était renvoyée.
Elle a dit pour droit qu’«un organisme à but non lucratif [la CNAVMA], gérant un régime d’assurance vieillesse destiné à compléter un régime de base obligatoire, institué par la loi à titre facultatif, et fonctionnant dans le respect des règles définies par le pouvoir réglementaire, notamment en ce qui concerne les conditions d’adhésion, les cotisations et les prestations, selon le principe de la capitalisation, est une entreprise au sens des articles 85 et suivants du traité instituant la Communauté européenne». Par le biais du classique contrôle de légalité, le droit de la concurrence va donc trouver application, non pas seulement par le juge judiciaire, mais encore par le juge administratif. Justification par les institutions moralement autonettoyantes 97

L’Expansion du 25 juin 1998 14 soulignait qu’après dix ans d’irrégularités la mutualité française allait devoir cesser d’enfreindre la loi. Il s’agit d’un conflit mené par les assurances privées, qui accusent les mutuelles de se servir de leurs privilèges de puissance publique pour conduire une concurrence déloyale, sous trois aspects: des services payants contraires au principe de non-lucrativité dans le domaine de l’action sanitaire et sociale; des réserves sept fois trop élevées par rapport à la norme et qui leur permettent, outre des OPA faciles, des opérations «politiques », par exemple dans la presse 15; enfin, une gestion faussement bénévole, masquée par des rémunérations déguisées. Mais la mutualité n’a pas le monopole des ennuis. Un autre pilier de l’économie solidaire, du tiers secteur non lucratif, le monde associatif subventionné se prépare à de rudes difficultés.
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1. Lire Le Nouvel Observa t e u r, août/octobre 1999, n° 1815, «Du syndicalisme aux aff a i r e s: MNEF, enquête sur la pouponnière du PS» par François Bazin; n° 1821, «F a u s s e s factures, filiales lucratives, emplois fictif: MNEF, un piège pour qui?» par Marie-France E t c h e g o i n .
2. Cf. annexe II, source Le Mondedu 18 juin 2000.
3. É. Cresson a été élue députée de Châtellerault en 1975, avec une équipe de campagne composée d’O. Spithakis, Jean-Marie Le Guen, Marie-France Lavarini et Jean-Michel Grosz.
4. . Le Mondedu 9 septembre 2000.
5. . Pour compléter le profil du personnage, on lira les travaux de la commission parlementaire sur la gestion du FAS, présidence M. Le Guen, Assemblée nationale, rapport Sanmarco n°1718, novembre 1990, participation de J. Dray, mention dans La France une chance pour l’islam, page 216, mars 1991, édition Le Félin.
6. 6. Tout sur la MNEF, déjà cité
7. 7. MACIF, MATMUT, MAAF, BMF
8. . 8. MNEF, MGEN..
9. . 9. Quand on sait que les associations de production côtoient les mutuelles dans le monde de l’économie sociale, on frémit en lisant l’instruction fiscale de 1999 demandant aux associations de ne pas pratiquer des salaires excessifs (sic). La direction des Impôts ne dit pas ce qu’elle tient pour excessif. D’ailleurs serait-elle disposée à le dire en matière de primes non publiées, au sein du ministère des Finances?
10. 10. À en croire A. Thoraval dans Libérationdu 10 juin 2000, une partie des fonds de la MNEF serait partie aux courses à l’initiative de Jean-Michel Crosz.
11. 11. Michel Rocard revendique la paternité du statut d’union d’économie sociale. Cf. plus loin son introduction au livre de J. Rifkin
12. 12. Vivendi aurait rétrocédé cette filiale à la MNEF pour un franc symbolique (M a t c h, 3 août 2000).
13. 13. G. Desportes et L. Mauduit, La Gauche imaginaire, Grasset, 1999, p. 211.


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