Retrouvailles Evangéliques et Réformés Bilan 1990-2006
Unité et diversité du protestantisme
On lira ci desous la conférence du pasteur Alain Arnoux " Unité et diversité du protestantisme" Août 2006 qui éclaire et justifie la démarche d'acceuil des évangéliques initiée par les AFP depuis dix ans .
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Associations Familiales Protestantes.
Objectif associatif confirmé par l'assemblée des 6 et 8 Octobre 2006 à Fontevraud.
Unir sans unifier
Faire mouvement sans faire institution
Unir sans unifier
Faire mouvement sans faire institution
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UNITE ET DIVERSITE DU PROTESTANTISME
Pasteur Alain Arnoux Conférence Août 2006
1. Une diversité qui frappe les regards.
Les touristes qui visitent certaines bourgades marquées historiquement par le protestantisme, comme Anduze ou Lasalle dans les Cévennes, ou le Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire, manifestent souvent leur surprise devant le nombre des lieux de culte et la diversité des appellations affichées dessus : Eglise réformée, Eglise réformée évangélique, Eglise évangélique libre, Eglise évangélique indépendante, Eglise évangélique méthodiste, Eglise évangélique baptiste, Eglise évangélique de Pentecôte, Assemblée chrétienne, Assemblée évangélique, Assemblée de frères, Armée du Salut, Eglise adventiste du Septième Jour. Il y a beaucoup d’autres appellations, souvent bibliques (Bethel, Bethesda, Siloé…), parfois folkloriques, et certaines uniquement locales. Toutes ces dénominations ne se retrouvent pas partout, même dans les lieux que j’ai nommés. Dans beaucoup de villages vous n’en trouverez d’ailleurs qu’une, généralement l’Eglise réformée. En Alsace plus luthérienne vous en retrouverez certaines et d’autres encore. Dans un village du pays de Galles ou dans une bourgade des USA vous constaterez la même chose. Cette diversité, cet éparpillement du protestantisme ne sont pas toujours compris des protestants eux-mêmes. Il est difficile de s'y reconnaître. Et cela donne une impression d'anarchie...
C’était autrefois un argument des controversistes catholiques contre le protestantisme, quand il n’existait encore que des luthériens, des réformés et des anglicans, et des groupes dissidents qui étaient d'ailleurs sévèrement réprimés par les autorités dans les pays protestants, comme les anabaptistes, les baptistes, ou les quakers. En France, l’éclatement véritable du protestantisme date du 19° siècle. Jusqu’à l’annexion de l’Alsace par Louis XIV en 1681, il n’y avait que l’Eglise réformée. L’annexion de l’Alsace et du pays de Montbéliard y a ajouté l’Eglise luthérienne et des communautés anabaptistes. C’est l’ouverture du continent à l’influence anglo-saxonne après Napoléon qui a amené la diversité que nous connaissons depuis lors.
La diversité protestante, c’est notre patrimoine ou notre malédiction. Mais pouvons-nous trouver une unité dans notre patrimoine ?
Dans un premier temps, je vais vous présenter les formes de la diversité protestante, comment elle se manifeste.
Dans un deuxième temps, je vais essayer de donner les causes de cette diversité.
Enfin, j'essaierai de discerner ce qui fait l'unité protestante.
2. Les formes de la diversité :
2.1. Dénominations :
La manifestation la plus apparente de la diversité protestante, je l'ai évoqué en commençant, ce sont les appellations ou, d’un terme plus technique, les dénominations qui désignent ces Eglises ou ces communautés. Ces appellations recouvrent parfois une insistance doctrinale particulière, quand vous trouvez par exemple le qualificatif évangélique, ou baptiste ou pentecôtiste. Mais souvent aussi la dénomination ne désigne que le mode d’organisation de l’Eglise en question. Par exemple, dans les pays anglo-saxons, les Eglises réformées, c'est-à-dire les Eglises issues de la Réforme calvinienne, s’appellent soit Eglise presbytérienne soit Eglise congrégationaliste. Presbytérienne quand elles sont dirigées par des presbytères, c’est-à-dire des collèges d’anciens élus dans chaque communauté et liés les uns aux autres par un synode ; congrégationaliste, quand une communauté locale a décidé d’être autonome et se dirige par l’assemblée générale des fidèles. Presbytériens et congrégationalistes étaient à l’origine opposés à l’organisation épiscopale de l’Eglise, même quand les évêques qui la dirigeaient avaient la même doctrine qu’eux, comme c’était le cas dans l’Eglise anglicane. Mais à part les institutions, il n’y a pas de différence entre presbytériens et congrégationalistes. Des différences de dénomination ne couvrent donc pas forcément des différences notables de doctrine ou de spiritualité, ou autrement dit, on peut porter des noms différents et faire partie de la même famille et se ressembler beaucoup. C’est fréquemment le cas dans les Eglises qui portent le titre d’évangélique. Enfin quand une Eglise porte le nom d’un homme dans sa dénomination, comme par exemple Eglise luthérienne, c’est en général contre la volonté de cet homme, et par exemple il n’existe pas d’Eglise calviniste, mais des Eglises réformées, ou presbytériennes ou congrégationalistes, ou même re-réformées comme aux Pays-Bas
2.2. Des courants théologiques et spirituels :
Plus profondément il existe dans le protestantisme des courants théologiques et spirituels divers. On entend parler du courant évangélique ou orthodoxe, du courant libéral, de fondamentalisme, de pentecôtisme ou de renouveau charismatique. Ces courants peuvent aboutir à la création de nouvelles dénominations, mais il arrive souvent qu’ils coexistent au sein d'une même Eglise. Cette diversité de doctrines et de spiritualités est donc bien réelle, mais elle n’est pas aussi étendue qu’on le pense parfois : il n’y a pas une doctrine par dénomination ni une dénomination par doctrine. Une même doctrine peut être partagée par plusieurs dénominations et une même dénomination peut accueillir plusieurs courants doctrinaux et spirituels.
2.3. Des styles de piété communautaire très divers :
Ce qui peut dérouter aussi, c’est l’extrême diversité des styles de piété communautaire. Cela peut aller de l'extrême sobriété (le culte en silence des quakers) à la grande exubérance des cultes pentecôtistes, en passant par un certain fixisme, celui des cultes luthérien et réformé. Ces styles de culte dépendent bien sûr de la doctrine dominante dans la communauté concernée, mais aussi de son histoire et des origines de ses membres. Par exemple les Eglises africaines nées des missions luthériennes, réformées ou méthodistes ont la même liturgie que leurs Eglises mères mais, avec l’apport de la culture africaine, leurs cultes n’ont pas vraiment la même allure qu’un culte réformé en Cévennes ou luthérien en Alsace. Il faut bien dire que ces différences de piété communautaire n’encouragent pas à l’unité du protestantisme, même quand il n’y a pas de divergence doctrinale infranchissable : un réformé a l’impression d’être dans un capharnaüm affolant s’il assiste à un culte pentecôtiste, et un pentecôtiste a l’impression de participer à une veillée funèbre lorsqu’il est dans un culte réformé. Il est donc pour le moins délicat de faire célébrer ensemble une communauté pentecôtiste et une communauté réformée.
2.4. Les divers types d’Eglises :
Une autre divergence - et pas la moindre - tient à l'ecclésiologie, c'est-à-dire à la doctrine que l'on a au sujet de l'Eglise. Les Eglises protestantes peuvent se classer en deux grandes catégories : Eglises dites de multitude et Eglises dites de professants. Les Eglises de multitude sont les Eglises auxquelles on appartient par la naissance. Elles pratiquent le baptême des petits enfants et ont une conception très large du membre d’Eglise, elles s'interdisent de faire des distinctions entre les personnes qui se réclament d'elles. C’est le cas des Eglises luthériennes et réformées. Les Eglises de professants sont des Eglises auxquelles on appartient par adhésion volontaire, même si les parents font partie d’une telle Eglise. Il faut pouvoir témoigner d’une expérience personnelle de conversion, c’est-à-dire de rencontre avec le Christ et de consécration à Dieu, pour en faire partie, avoir le droit d'y être baptisé et d'y communier. Donc ces Eglises ne reconnaissent et ne pratiquent généralement que le baptême des adultes qui rendent un tel témoignage. C’est le cas de pratiquement toutes les Eglises qui porte le qualificatif d’évangéliques.
D’autre part vous trouverez des organisations très diverses d’Eglise. Il existe des Eglises avec des évêques et d’autres qui refusent tout ministère institué, il existe des Eglises avec des conseils d’anciens et des synodes, et d’autres purement locales et pratiquant la démocratie directe, mais j’en ai déjà parlé.
2.5. Des rapports à la société divers :
Enfin, pour terminer ce descriptif de la diversité protestante, il faut parler de la diversité des rapports à la société. Cela dépend aussi de la doctrine dominante. Disons que les Eglises de multitude ont en général une conception positive du monde et de la culture, qu’elles encouragent fortement leurs membres à s’engager dans la vie politique, sociale, associative et culturelle, parce qu’elles pensent que la vie du laïc est dans le monde laïc. Les Eglises évangéliques ont souvent une conception plus négative du monde. Elles encouragent plutôt leurs membres à s'investir prioritairement dans la communauté. Il existe même des communautés qui se construisent en contre-sociétés ou en "arches de Noé", comme les anabaptistes amish ou hutterites, ou ceux qu’on appelle les Purs en Haute-Loire.
3. Les causes de la diversité :
Avant d'aller plus loin, je tiens à dire d'abord que la division ou la séparation n'est pas un principe constitutif du protestantisme. Luther a été exclu de l’Eglise catholique, il ne s’en est pas séparé. Le collaborateur le plus proche de Luther, Melanchthon, et le réformateur de Strasbourg, Bucer, ont attaché leurs noms non seulement à la recherche d'unité à l'intérieur du mouvement réformateur, mais aussi à la recherche d'unité avec les catholiques avant le concile de Trente, au cours d’une multitude de colloques, conclus par des accords ou des constats de désaccords. Calvin a écrit son "Petit traité de la Ste-Cène" pour réconcilier la Réforme allemande et la Réforme suisse sur ce sujet... et Luther l’a trouvé fort bon. Le synode des Eglises réformées de France à Tonneins (1614) a ouvert la communion aux luthériens, même s’il n’y avait pas accord doctrinal complet. Et Luther est non seulement toujours lu chez les réformés, mais il est leur réformateur préféré, avant Calvin.
3.1. Causes doctrinales :
Les premières causes de la diversité protestante sont bien évidemment doctrinales. On sait que le mouvement réformateur s’est fractionné non pas sur l’essentiel de son affirmation (la justification de l’homme devant Dieu par la grâce au moyen de la foi seule) mais sur la question des sacrements. Il y a eu séparation entre luthériens et réformés, essentiellement sur la doctrine de l’eucharistie. Et les anabaptistes se sont séparés des grands réformateurs sur la question du baptême, qui va rebondir plus tard avec le baptisme, lequel va lui-même influencer tout le courant évangélique. Mais au colloque de Marburg, en 1529, auquel participaient les deux réformateurs antagonistes Luther et Zwingli, ceux-ci ont été d'accord sur tous les articles de foi sauf un, celui du mode de la présence du Christ dans l’eucharistie ! Cette séparation tenait beaucoup à la formation philosophique différente des Réformateurs. Aujourd'hui elle est peu importante, et on peut dire que luthériens et réformés n’ont plus de divergence doctrinale même sur ce point, mais des sensibilités différentes. D’une façon générale, on pourrait dire que les séparations doctrinales entre protestants se sont passées sur le même mode, c’est-à-dire accord sur tout sauf sur un point jugé parfois suffisamment important pour qu’on se sépare ecclésialement.
Mais je suis obligé de compliquer mon propos. On peut dire de manière trop simplifiée qu’il existe dans le protestantisme, depuis le 18° siècle, deux grandes tendances. Pour faire simple, j’appellerai la première la tendance évangélique ou orthodoxe. Elle est très attachée aux doctrines traditionnelles du christianisme et en particulier de la Réforme. Elle est présente dans toutes les Eglises protestantes et elle est obligatoire dans les Eglises évangéliques. Doctrinalement, un luthérien ou un réformé orthodoxes sont très proches d’un baptiste, sauf sur un point, la question du baptême. La seconde tendance, je l’appellerai libérale. On la trouve dans les Eglises de multitude. Elle est très attachée à l’étude critique et historique de la Bible et des doctrines, elle relativise la lettre des doctrines traditionnelles et parfois refuse certaines de ces doctrines, elle refuse l’idée de confession de foi unique et obligatoire. C’est par réaction contre ce relativisme doctrinal que certains se sont séparés des Eglises existantes pour en constituer d’autres.
3.2. Causes politiques :
Des causes secondes, mais importantes, de la diversité protestante sont les causes politiques. La Réforme n'a pas été décidée et animée par l'institution ecclésiastique en place partout en Europe, c'est-à-dire la hiérarchie de l'Eglise catholique. Elle s'est faite malgré elle et contre elle, sous la direction de théologiens bien sûr, mais aussi de responsables politiques. Dans une société de chrétienté, les chefs politiques estimaient qu’ils étaient aussi responsables du spirituel. Il y a eu collaboration entre les théologiens et les dirigeants politiques, et donc il y a eu des zones d'influence. C’est pourquoi les réformes allemande et scandinave ont été luthériennes, les réformes suisse, hollandaise et écossaise ont été calvinistes, la réforme anglaise a été… anglaise. Et dans la plupart des cas il n’y a pas eu de concurrence entre les différentes tendances de la Réforme sur le terrain. Notez qu’en France le protestantisme s’est implanté et maintenu contre la volonté de l’Eglise catholique et contre celle du pouvoir royal.
Ici je dois parler des différences entre la Réforme officielle et les Réformes radicales au 16° siècle. Quand on parle de la Réforme protestante, on pense d’abord et presque exclusivement aux grands Réformateurs appuyés par un pouvoir politique : Luther, Zwingli et Calvin. Pour eux, comme pour la hiérarchie catholique, la société et l’Eglise étaient une seule et même chose, toute personne née sur un territoire donné était automatiquement chrétienne, et être dissident de l’Eglise de ce territoire était automatiquement être un hors la loi, un citoyen rebelle. En marge de la Réforme officielle et poussant jusqu’au bout la logique de la justification de l’homme par la foi seule, des mouvements se sont constitués. Ils affirmaient qu’il fallait dissocier la société religieuse de la société civile, qu’on ne naissait pas chrétien mais qu’on le devenait, qu’il ne pouvait pas y avoir d’Etat chrétien ni d’Eglise d’Etat. Certains le marquaient en rebaptisant les adultes sur profession de foi individuelle : ce sont les anabaptistes représentés aujourd’hui par les mennonites dans l’Est de la France, ou encore par les Amish aux USA. D’autres le marquaient en refusant tous les sacrements comme les spiritualistes. Ils ont tous été férocement persécutés aussi bien par les autorités protestantes que par les autorités catholiques. Ces ailes radicales de la Réforme sont très importantes, d’abord parce que ces gens étaient des précurseurs sur bien des plans, ensuite parce que c’est une des origines du courant évangélique qui est le seul courant du christianisme à connaître une forte croissance numérique et dans le monde entier.
En faisant un grand saut dans le temps, et en marge des causes politiques de la diversité protestante, je voudrais évoquer des causes culturelles. Le pentecôtisme est né aux USA au début du 20° siècle, alors que toutes les autres confessions protestantes sont nées en Europe avant de s’exporter en Amérique. Il est marqué par la culture jazz et même rock, elle-même issue de mélanges des cultures africaine et anglo-saxonne, alors que les vieilles Eglises sont marquées soit par une culture antique ou médiévale, soit par une culture classique. Dans un concert classique, on reste sagement à sa place et on n’applaudit que quand c’est permis, un peu comme à la messe ou au culte réformé… sauf que là on applaudit très rarement. Dans un concert de jazz ou de rock, on bouge, on participe activement. Ainsi dans un culte pentecôtiste ou même dans beaucoup d’Eglises évangéliques non pentecôtistes, parce que le pentecôtisme a de l’influence sur elles.
3.3. Renouveaux et dissidences :
Une des causes principales de la diversité protestante, ce sont les mouvements de renouveau ou de réveil qui ont travaillé le protestantisme. Cela se passe généralement ainsi. Une Eglise se sclérose, la prédication est une orthodoxie sans vie ou un moralisme rebutant, la moralité se relâche ainsi que la piété personnelle et communautaire, on s’ennuie. Dans cette Eglise quelques personnes malheureuses de la situation décident de travailler au réveil de la ferveur de tous. Le plus souvent, il n’y a pas de divergence ou de nouveauté doctrinale, mais revitalisation du message traditionnel. Le plus souvent aussi, ces personnes et celles qui les suivent sont suspectées, tracassées, marginalisées.
Le plus souvent elles patientent longtemps, jusqu’à ce qu’on les exclue ou jusqu’à ce que, en désespoir de cause, elles se séparent et créent une nouvelle Eglise. Très souvent, le mouvement exclu ou séparé influe quand même sur l'Eglise d’origine. Ce que je viens de vous décrire, c’est ce qui s’est passé par exemple avec John Wesley et le méthodisme par rapport à l’Eglise anglicane. Le méthodisme a été à l’origine du renouveau de toutes les Eglises protestantes existantes aux 18° et 19° siècles, et aussi de la naissance de nouvelles dénominations. Wesley lui-même ne s'est jamais séparé de l’Eglise anglicane.
3.4. Evaluation :
Là où le catholicisme crée un ordre, le protestantisme crée une nouvelle Eglise, parce qu'il n'a pas d'autorité centrale. Le catholicisme est aussi divers que le protestantisme, mais son unité se fait autour du pape et des évêques. D'autre part le protestant ne se soumet pas aussi facilement que le catholique quand on veut lui imposer silence.
Cela tient à la conception protestante de l'Eglise. L'Evangile est premier : c'est lui qui fait naître la communauté chrétienne. La communauté chrétienne n'est ni propriétaire ni maîtresse de l'Evangile. Partout où l'Evangile est entendu et reçu, et où les sacrements sont présentés selon l'Evangile, il y a une Eglise chrétienne. L'Eglise est donc d'abord une communauté locale, et l'uniformité des traditions, des appellations et des institutions n'est pas nécessaire pour qu'il existe réellement une unité spirituelle profonde entre ces communautés. D'autre part aucune dénomination ne peut prétendre être l'Eglise chrétienne universelle à elle toute seule.
4. Quelle unité ?
J’ai parlé longuement de la diversité protestante. Peut-être parce que c’est le plus facile. Peut-être aussi parce que je soupçonne que c’est ce qui vous intéresse et vous intrigue le plus. Maintenant, et forcément plus brièvement, existe-t-il une unité protestante ?
4.1. La diversité n’est pas un drame :
Tout d’abord je dirai que la diversité pas forcément vécue comme un drame, même si c'est parfois dur à vivre, même si c'est souvent un affaiblissement, et même si c'est parfois un témoignage pitoyable. Cela n'empêche pas le sentiment de faire partie de la même famille, de se rencontrer, de communier, d'agir ensemble : mieux vaut vivre heureux séparément que malheureux ensemble. Cela n'empêche pas non plus de se retrouver ensemble un jour : l'ERF actuelle s’est faite en 1938 par la réunion de quatre Eglises séparées au 19° siècle. Mais il faut dire aussi que le protestantisme garde de mauvais souvenirs historiques de l'obsession unitaire : il a été persécuté et il a été aussi persécuteur au nom de l’unité.
4.2. Une même référence à l'Ecriture :
Tous les protestants donnent une place centrale à la Bible, même si c'est avec des lectures diverses. Même s’ils ne le savent pas, un évangélique qui lit la Bible de façon plutôt littérale et un libéral qui utilise des méthodes de critique historique pour mieux placer le message dans son contexte d’origine manifestent tous les deux le même respect à l’égard des Ecritures. Par ailleurs tous les protestants accordent aux sacrements une importance seconde : pour tous un culte sans sacrement est un vrai culte, mais jamais un culte sans méditation des Ecritures. Tous manifestent une même méfiance à l'égard des institutions ecclésiastiques centralisées. Tous manifestent une même réticence à l'égard des rites et des traditions. Pour une bonne partie du protestantisme, il y a une distinction nette entre la foi et les doctrines : ce qui compte, c’est la foi, la relation vivante avec le Christ, alors que la doctrine peut n’être qu’une simple opinion intellectuelle.
4.3. Les grandes affirmations de la Réforme :
Il existe un accord évident sur les grandes affirmations de la Réforme : Sola gratia, sola fide, sola scriptura (le salut donné par la seule grâce de Dieu, devenant réalité dans la vie de l’homme par la foi seule. L’Ecriture seule autorité).
4.4. Une unité vécue plus qu’institutionnelle :
L'unité protestante est vécue plus qu'institutionnelle, en fait elle existe déjà. Il faut souvent peu de temps dans une rencontre pour la ressentir. Elle n'est pas forcément doctrinale, mais spirituelle. Le danger, c'est qu'on s'en contente et que chacun végète dans son coin, sans chercher à rencontrer et connaître les autres, sans s'appuyer sur l'unité déjà existante pour mettre ce qu'on a de particulier au service de l'ensemble et pour recevoir l'enrichissement de ce que les autres ont de différent. Mais je vois un signe de cette unité ressentie et vécue plus qu’institutionnelle dans le fait que, par exemple, nous puissions partager la Cène entre Eglises protestantes qui ont des doctrines et des pratiques différentes du baptême, alors que nous ne pouvons pas communier ensemble entre catholiques et réformés même si nous avons des convergences de doctrine et de pratique du baptême.
4.5. Les dangers de l’unité :
L'unité n'est pas une valeur en soi. Elle peut se payer par l'écrasement des personnes et des convictions, la stérilisation des intuitions, l'aplatissement des spiritualités, la neutralisation des prophètes, soit par une sorte de sentimentalisme, soit par le poids des institutions. C'est sans doute un des risques que court l'ERF. Il y a dans le protestantisme des Eglises à l'identité forte, et des Eglises tellement ouvertes qu'elles cherchent leur identité, ou qu'elles doivent l'inventer sans cesse, en accueillant la nouveauté et les nouveaux, au risque d'être des auberges espagnoles. Cela nécessite une forte vie spirituelle, intellectuelle et relationnelle. On peut parfois se demander si la diversité des convictions, des pratiques et des actions ne vaut pas mieux qu'une unité dans l'indifférence. Le propre de ce qui est vivant, c'est d'évoluer. Rechercher en permanence la communion, tout en étant et en restant très divers, c'est une exigence et une évolution permanentes, alors qu'une unité enfin acquise risque d'être un état terminal.
Michelet a écrit en 1856 :
« Que vois-je au XVIe siècle ? Que le protestantisme seul nous donne la république. Je dis qu’il donne la république, l’idée et la chose et le mot . La république réformée ? Voilà la base républicaine de l'église de France. Tout cela calqué sur Genève ; mais combien différent, en résultat, quand on transportait de la petite ville au royaume de France, à cet empire immense que la Réforme allait se créant aux Pays Bas et en Ecosse, en Angleterre, bientôt en Amérique !”
1856 - MICHELET “Histoire de France au XVIe siècle”..
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MEMBRES ACTIFS ET RESPONSABLES.
* AFP Rive Droite
Carbonnier Jean Hugues :Oratoire VPDT Bureau - jhcarbonnier@carlara.com
AFP Clermont Ferrand
Carrière Daniel
* AFP Valence
Durrleman Arnaud :Valence - ad@durrleman-scp.avocat.fr
* AFP Saint Cloud
de Felice Pierre : Saint Cloud Trésorier Bureau - defelice@lmd.polytechnique.fr
AFP Essonne
Michel Georges ; Essonne - cepevry@aol.com
* AFP Mens
Humbert Daniel:Mens- dhumb@wanadoo.fr
AFP Paris Fédération
Kaltenbach. P.-P. Fédération de Paris PDT - ppkafp@club-internet.fr
AFP Luxembourg
François Matter.
* AFP Gers
Potenti Jean Marc , Gers - jmpot@aol.com
* AFP Saint Etienne
Reboul Roland : St Etienne - benoit.reboul@wanadoo.fr
* AFP Marseille
Rinckenberger Jean Paul .Marseille - afpguillaumefarel@free.fr
* AFP Rive Gauche
Rives. Michel Rive Gauche Trésorier Adjoint. Bureau solangerives@aol.com
* AFP Aude
Wendling Claude: Aude Secrétaire Nationale..Bureau - cwendling@liberysurf.fr
Présents et votants ; excusés, pouvoirs.
En gras présents
BLANC . GILLES CHAMBERY gillesablanc@tiscali.fr excusé
DE BOUSQUET Saumur
BRUANDET .JEAN RENÉ BESANCON jrbruandet@free.fr
BUIS J.C AGEN Jean claude Buis jcmbuis@acagen.org
CARBONNIER JEAN HUGUES PARISS jhcarbonnier@carlara.com
CARRIERE Daniel CLERMONT FERRAND pouvoir
CHARLES SAMUEL CARHAIX centremissionnaire@wanadoo.fr
DECHARME EVELINE TOULOUSE
DURRLEMAN A VALENCE ad@durrleman-scp.avocat.fr
FELICE PIERRE DE SAINT CLOUD defelice@lmd.polytechnique.fr
GERARD H CALLUIRE rhonalp@aol.com
GEORGES MICHEL ESSONNE georges.michel@wanadoo.fr représenté à Fontevraud 3 délégués
HUMBERT DANIEL MENS dhumb@wanadoo.fr
KALTENBACH PP PARIS ppkafp@club-internet.fr
KELLER Franck Carhaix. centremissionnaire@wanadoo.fr
KELLER ROLAND roland.keller2@wanadoo.fr
KOEHLNEIN JP COLMAR emil.fath@evhr.net
KRIEGCK J F VAUCLUSE boaviagem@wanadoo.fr excusé
De LAREMBERGUE larambergue@numericable.fr>
JULIEN DE LEIRIS jdeleiris@cr-rhone-alpes.fr pouvoir
LEPRINCE AURORE SAINT CLOUD aurore_salvan@hotmail.com
MATTER FRANCOIS PARIS francois.matter@gmail.com
MOUTOT FRANCOIS THOIRY moutot@apcm.fr Pouvoir
OBERKAMPF SERGE PARIS erf.luxembourg@wanadoo.fr
PERRIER J.C. ETANNETTE NIMES catherine.delon@cegetel.net>
PETTERSCHMIT S. Esamuel.peterschmitt@wanadoo.fr représenté à Fontevraud 3 2 délégués
POTENTI J M AUCH JMPOT@aol.com
REBOUL ROLLAND SAINT ETIENNE benoit.reboul@wanadoo.fr pouvoir
RINCKENBERGER JP MARSEILLE roland.keller2@wanadoo.fr
RIVES M PARIS solangerives@aol.com
TRON G SAUMUR gisele.tron@wanadoo.fr
VALLUIS J PARIS vjl.avocats@wanadoo.fr
VISMES DE JM LYON rhonalp@aol.com
WENDEL D GRENOBLE dominique.wendel@wanadoo.fr
WENDLING C AUDE wendling-claude@wanadoo.fr
Pasteur Alain Arnoux Conférence Août 2006
1. Une diversité qui frappe les regards.
Les touristes qui visitent certaines bourgades marquées historiquement par le protestantisme, comme Anduze ou Lasalle dans les Cévennes, ou le Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire, manifestent souvent leur surprise devant le nombre des lieux de culte et la diversité des appellations affichées dessus : Eglise réformée, Eglise réformée évangélique, Eglise évangélique libre, Eglise évangélique indépendante, Eglise évangélique méthodiste, Eglise évangélique baptiste, Eglise évangélique de Pentecôte, Assemblée chrétienne, Assemblée évangélique, Assemblée de frères, Armée du Salut, Eglise adventiste du Septième Jour. Il y a beaucoup d’autres appellations, souvent bibliques (Bethel, Bethesda, Siloé…), parfois folkloriques, et certaines uniquement locales. Toutes ces dénominations ne se retrouvent pas partout, même dans les lieux que j’ai nommés. Dans beaucoup de villages vous n’en trouverez d’ailleurs qu’une, généralement l’Eglise réformée. En Alsace plus luthérienne vous en retrouverez certaines et d’autres encore. Dans un village du pays de Galles ou dans une bourgade des USA vous constaterez la même chose. Cette diversité, cet éparpillement du protestantisme ne sont pas toujours compris des protestants eux-mêmes. Il est difficile de s'y reconnaître. Et cela donne une impression d'anarchie...
C’était autrefois un argument des controversistes catholiques contre le protestantisme, quand il n’existait encore que des luthériens, des réformés et des anglicans, et des groupes dissidents qui étaient d'ailleurs sévèrement réprimés par les autorités dans les pays protestants, comme les anabaptistes, les baptistes, ou les quakers. En France, l’éclatement véritable du protestantisme date du 19° siècle. Jusqu’à l’annexion de l’Alsace par Louis XIV en 1681, il n’y avait que l’Eglise réformée. L’annexion de l’Alsace et du pays de Montbéliard y a ajouté l’Eglise luthérienne et des communautés anabaptistes. C’est l’ouverture du continent à l’influence anglo-saxonne après Napoléon qui a amené la diversité que nous connaissons depuis lors.
La diversité protestante, c’est notre patrimoine ou notre malédiction. Mais pouvons-nous trouver une unité dans notre patrimoine ?
Dans un premier temps, je vais vous présenter les formes de la diversité protestante, comment elle se manifeste.
Dans un deuxième temps, je vais essayer de donner les causes de cette diversité.
Enfin, j'essaierai de discerner ce qui fait l'unité protestante.
2. Les formes de la diversité :
2.1. Dénominations :
La manifestation la plus apparente de la diversité protestante, je l'ai évoqué en commençant, ce sont les appellations ou, d’un terme plus technique, les dénominations qui désignent ces Eglises ou ces communautés. Ces appellations recouvrent parfois une insistance doctrinale particulière, quand vous trouvez par exemple le qualificatif évangélique, ou baptiste ou pentecôtiste. Mais souvent aussi la dénomination ne désigne que le mode d’organisation de l’Eglise en question. Par exemple, dans les pays anglo-saxons, les Eglises réformées, c'est-à-dire les Eglises issues de la Réforme calvinienne, s’appellent soit Eglise presbytérienne soit Eglise congrégationaliste. Presbytérienne quand elles sont dirigées par des presbytères, c’est-à-dire des collèges d’anciens élus dans chaque communauté et liés les uns aux autres par un synode ; congrégationaliste, quand une communauté locale a décidé d’être autonome et se dirige par l’assemblée générale des fidèles. Presbytériens et congrégationalistes étaient à l’origine opposés à l’organisation épiscopale de l’Eglise, même quand les évêques qui la dirigeaient avaient la même doctrine qu’eux, comme c’était le cas dans l’Eglise anglicane. Mais à part les institutions, il n’y a pas de différence entre presbytériens et congrégationalistes. Des différences de dénomination ne couvrent donc pas forcément des différences notables de doctrine ou de spiritualité, ou autrement dit, on peut porter des noms différents et faire partie de la même famille et se ressembler beaucoup. C’est fréquemment le cas dans les Eglises qui portent le titre d’évangélique. Enfin quand une Eglise porte le nom d’un homme dans sa dénomination, comme par exemple Eglise luthérienne, c’est en général contre la volonté de cet homme, et par exemple il n’existe pas d’Eglise calviniste, mais des Eglises réformées, ou presbytériennes ou congrégationalistes, ou même re-réformées comme aux Pays-Bas
2.2. Des courants théologiques et spirituels :
Plus profondément il existe dans le protestantisme des courants théologiques et spirituels divers. On entend parler du courant évangélique ou orthodoxe, du courant libéral, de fondamentalisme, de pentecôtisme ou de renouveau charismatique. Ces courants peuvent aboutir à la création de nouvelles dénominations, mais il arrive souvent qu’ils coexistent au sein d'une même Eglise. Cette diversité de doctrines et de spiritualités est donc bien réelle, mais elle n’est pas aussi étendue qu’on le pense parfois : il n’y a pas une doctrine par dénomination ni une dénomination par doctrine. Une même doctrine peut être partagée par plusieurs dénominations et une même dénomination peut accueillir plusieurs courants doctrinaux et spirituels.
2.3. Des styles de piété communautaire très divers :
Ce qui peut dérouter aussi, c’est l’extrême diversité des styles de piété communautaire. Cela peut aller de l'extrême sobriété (le culte en silence des quakers) à la grande exubérance des cultes pentecôtistes, en passant par un certain fixisme, celui des cultes luthérien et réformé. Ces styles de culte dépendent bien sûr de la doctrine dominante dans la communauté concernée, mais aussi de son histoire et des origines de ses membres. Par exemple les Eglises africaines nées des missions luthériennes, réformées ou méthodistes ont la même liturgie que leurs Eglises mères mais, avec l’apport de la culture africaine, leurs cultes n’ont pas vraiment la même allure qu’un culte réformé en Cévennes ou luthérien en Alsace. Il faut bien dire que ces différences de piété communautaire n’encouragent pas à l’unité du protestantisme, même quand il n’y a pas de divergence doctrinale infranchissable : un réformé a l’impression d’être dans un capharnaüm affolant s’il assiste à un culte pentecôtiste, et un pentecôtiste a l’impression de participer à une veillée funèbre lorsqu’il est dans un culte réformé. Il est donc pour le moins délicat de faire célébrer ensemble une communauté pentecôtiste et une communauté réformée.
2.4. Les divers types d’Eglises :
Une autre divergence - et pas la moindre - tient à l'ecclésiologie, c'est-à-dire à la doctrine que l'on a au sujet de l'Eglise. Les Eglises protestantes peuvent se classer en deux grandes catégories : Eglises dites de multitude et Eglises dites de professants. Les Eglises de multitude sont les Eglises auxquelles on appartient par la naissance. Elles pratiquent le baptême des petits enfants et ont une conception très large du membre d’Eglise, elles s'interdisent de faire des distinctions entre les personnes qui se réclament d'elles. C’est le cas des Eglises luthériennes et réformées. Les Eglises de professants sont des Eglises auxquelles on appartient par adhésion volontaire, même si les parents font partie d’une telle Eglise. Il faut pouvoir témoigner d’une expérience personnelle de conversion, c’est-à-dire de rencontre avec le Christ et de consécration à Dieu, pour en faire partie, avoir le droit d'y être baptisé et d'y communier. Donc ces Eglises ne reconnaissent et ne pratiquent généralement que le baptême des adultes qui rendent un tel témoignage. C’est le cas de pratiquement toutes les Eglises qui porte le qualificatif d’évangéliques.
D’autre part vous trouverez des organisations très diverses d’Eglise. Il existe des Eglises avec des évêques et d’autres qui refusent tout ministère institué, il existe des Eglises avec des conseils d’anciens et des synodes, et d’autres purement locales et pratiquant la démocratie directe, mais j’en ai déjà parlé.
2.5. Des rapports à la société divers :
Enfin, pour terminer ce descriptif de la diversité protestante, il faut parler de la diversité des rapports à la société. Cela dépend aussi de la doctrine dominante. Disons que les Eglises de multitude ont en général une conception positive du monde et de la culture, qu’elles encouragent fortement leurs membres à s’engager dans la vie politique, sociale, associative et culturelle, parce qu’elles pensent que la vie du laïc est dans le monde laïc. Les Eglises évangéliques ont souvent une conception plus négative du monde. Elles encouragent plutôt leurs membres à s'investir prioritairement dans la communauté. Il existe même des communautés qui se construisent en contre-sociétés ou en "arches de Noé", comme les anabaptistes amish ou hutterites, ou ceux qu’on appelle les Purs en Haute-Loire.
3. Les causes de la diversité :
Avant d'aller plus loin, je tiens à dire d'abord que la division ou la séparation n'est pas un principe constitutif du protestantisme. Luther a été exclu de l’Eglise catholique, il ne s’en est pas séparé. Le collaborateur le plus proche de Luther, Melanchthon, et le réformateur de Strasbourg, Bucer, ont attaché leurs noms non seulement à la recherche d'unité à l'intérieur du mouvement réformateur, mais aussi à la recherche d'unité avec les catholiques avant le concile de Trente, au cours d’une multitude de colloques, conclus par des accords ou des constats de désaccords. Calvin a écrit son "Petit traité de la Ste-Cène" pour réconcilier la Réforme allemande et la Réforme suisse sur ce sujet... et Luther l’a trouvé fort bon. Le synode des Eglises réformées de France à Tonneins (1614) a ouvert la communion aux luthériens, même s’il n’y avait pas accord doctrinal complet. Et Luther est non seulement toujours lu chez les réformés, mais il est leur réformateur préféré, avant Calvin.
3.1. Causes doctrinales :
Les premières causes de la diversité protestante sont bien évidemment doctrinales. On sait que le mouvement réformateur s’est fractionné non pas sur l’essentiel de son affirmation (la justification de l’homme devant Dieu par la grâce au moyen de la foi seule) mais sur la question des sacrements. Il y a eu séparation entre luthériens et réformés, essentiellement sur la doctrine de l’eucharistie. Et les anabaptistes se sont séparés des grands réformateurs sur la question du baptême, qui va rebondir plus tard avec le baptisme, lequel va lui-même influencer tout le courant évangélique. Mais au colloque de Marburg, en 1529, auquel participaient les deux réformateurs antagonistes Luther et Zwingli, ceux-ci ont été d'accord sur tous les articles de foi sauf un, celui du mode de la présence du Christ dans l’eucharistie ! Cette séparation tenait beaucoup à la formation philosophique différente des Réformateurs. Aujourd'hui elle est peu importante, et on peut dire que luthériens et réformés n’ont plus de divergence doctrinale même sur ce point, mais des sensibilités différentes. D’une façon générale, on pourrait dire que les séparations doctrinales entre protestants se sont passées sur le même mode, c’est-à-dire accord sur tout sauf sur un point jugé parfois suffisamment important pour qu’on se sépare ecclésialement.
Mais je suis obligé de compliquer mon propos. On peut dire de manière trop simplifiée qu’il existe dans le protestantisme, depuis le 18° siècle, deux grandes tendances. Pour faire simple, j’appellerai la première la tendance évangélique ou orthodoxe. Elle est très attachée aux doctrines traditionnelles du christianisme et en particulier de la Réforme. Elle est présente dans toutes les Eglises protestantes et elle est obligatoire dans les Eglises évangéliques. Doctrinalement, un luthérien ou un réformé orthodoxes sont très proches d’un baptiste, sauf sur un point, la question du baptême. La seconde tendance, je l’appellerai libérale. On la trouve dans les Eglises de multitude. Elle est très attachée à l’étude critique et historique de la Bible et des doctrines, elle relativise la lettre des doctrines traditionnelles et parfois refuse certaines de ces doctrines, elle refuse l’idée de confession de foi unique et obligatoire. C’est par réaction contre ce relativisme doctrinal que certains se sont séparés des Eglises existantes pour en constituer d’autres.
3.2. Causes politiques :
Des causes secondes, mais importantes, de la diversité protestante sont les causes politiques. La Réforme n'a pas été décidée et animée par l'institution ecclésiastique en place partout en Europe, c'est-à-dire la hiérarchie de l'Eglise catholique. Elle s'est faite malgré elle et contre elle, sous la direction de théologiens bien sûr, mais aussi de responsables politiques. Dans une société de chrétienté, les chefs politiques estimaient qu’ils étaient aussi responsables du spirituel. Il y a eu collaboration entre les théologiens et les dirigeants politiques, et donc il y a eu des zones d'influence. C’est pourquoi les réformes allemande et scandinave ont été luthériennes, les réformes suisse, hollandaise et écossaise ont été calvinistes, la réforme anglaise a été… anglaise. Et dans la plupart des cas il n’y a pas eu de concurrence entre les différentes tendances de la Réforme sur le terrain. Notez qu’en France le protestantisme s’est implanté et maintenu contre la volonté de l’Eglise catholique et contre celle du pouvoir royal.
Ici je dois parler des différences entre la Réforme officielle et les Réformes radicales au 16° siècle. Quand on parle de la Réforme protestante, on pense d’abord et presque exclusivement aux grands Réformateurs appuyés par un pouvoir politique : Luther, Zwingli et Calvin. Pour eux, comme pour la hiérarchie catholique, la société et l’Eglise étaient une seule et même chose, toute personne née sur un territoire donné était automatiquement chrétienne, et être dissident de l’Eglise de ce territoire était automatiquement être un hors la loi, un citoyen rebelle. En marge de la Réforme officielle et poussant jusqu’au bout la logique de la justification de l’homme par la foi seule, des mouvements se sont constitués. Ils affirmaient qu’il fallait dissocier la société religieuse de la société civile, qu’on ne naissait pas chrétien mais qu’on le devenait, qu’il ne pouvait pas y avoir d’Etat chrétien ni d’Eglise d’Etat. Certains le marquaient en rebaptisant les adultes sur profession de foi individuelle : ce sont les anabaptistes représentés aujourd’hui par les mennonites dans l’Est de la France, ou encore par les Amish aux USA. D’autres le marquaient en refusant tous les sacrements comme les spiritualistes. Ils ont tous été férocement persécutés aussi bien par les autorités protestantes que par les autorités catholiques. Ces ailes radicales de la Réforme sont très importantes, d’abord parce que ces gens étaient des précurseurs sur bien des plans, ensuite parce que c’est une des origines du courant évangélique qui est le seul courant du christianisme à connaître une forte croissance numérique et dans le monde entier.
En faisant un grand saut dans le temps, et en marge des causes politiques de la diversité protestante, je voudrais évoquer des causes culturelles. Le pentecôtisme est né aux USA au début du 20° siècle, alors que toutes les autres confessions protestantes sont nées en Europe avant de s’exporter en Amérique. Il est marqué par la culture jazz et même rock, elle-même issue de mélanges des cultures africaine et anglo-saxonne, alors que les vieilles Eglises sont marquées soit par une culture antique ou médiévale, soit par une culture classique. Dans un concert classique, on reste sagement à sa place et on n’applaudit que quand c’est permis, un peu comme à la messe ou au culte réformé… sauf que là on applaudit très rarement. Dans un concert de jazz ou de rock, on bouge, on participe activement. Ainsi dans un culte pentecôtiste ou même dans beaucoup d’Eglises évangéliques non pentecôtistes, parce que le pentecôtisme a de l’influence sur elles.
3.3. Renouveaux et dissidences :
Une des causes principales de la diversité protestante, ce sont les mouvements de renouveau ou de réveil qui ont travaillé le protestantisme. Cela se passe généralement ainsi. Une Eglise se sclérose, la prédication est une orthodoxie sans vie ou un moralisme rebutant, la moralité se relâche ainsi que la piété personnelle et communautaire, on s’ennuie. Dans cette Eglise quelques personnes malheureuses de la situation décident de travailler au réveil de la ferveur de tous. Le plus souvent, il n’y a pas de divergence ou de nouveauté doctrinale, mais revitalisation du message traditionnel. Le plus souvent aussi, ces personnes et celles qui les suivent sont suspectées, tracassées, marginalisées.
Le plus souvent elles patientent longtemps, jusqu’à ce qu’on les exclue ou jusqu’à ce que, en désespoir de cause, elles se séparent et créent une nouvelle Eglise. Très souvent, le mouvement exclu ou séparé influe quand même sur l'Eglise d’origine. Ce que je viens de vous décrire, c’est ce qui s’est passé par exemple avec John Wesley et le méthodisme par rapport à l’Eglise anglicane. Le méthodisme a été à l’origine du renouveau de toutes les Eglises protestantes existantes aux 18° et 19° siècles, et aussi de la naissance de nouvelles dénominations. Wesley lui-même ne s'est jamais séparé de l’Eglise anglicane.
3.4. Evaluation :
Là où le catholicisme crée un ordre, le protestantisme crée une nouvelle Eglise, parce qu'il n'a pas d'autorité centrale. Le catholicisme est aussi divers que le protestantisme, mais son unité se fait autour du pape et des évêques. D'autre part le protestant ne se soumet pas aussi facilement que le catholique quand on veut lui imposer silence.
Cela tient à la conception protestante de l'Eglise. L'Evangile est premier : c'est lui qui fait naître la communauté chrétienne. La communauté chrétienne n'est ni propriétaire ni maîtresse de l'Evangile. Partout où l'Evangile est entendu et reçu, et où les sacrements sont présentés selon l'Evangile, il y a une Eglise chrétienne. L'Eglise est donc d'abord une communauté locale, et l'uniformité des traditions, des appellations et des institutions n'est pas nécessaire pour qu'il existe réellement une unité spirituelle profonde entre ces communautés. D'autre part aucune dénomination ne peut prétendre être l'Eglise chrétienne universelle à elle toute seule.
4. Quelle unité ?
J’ai parlé longuement de la diversité protestante. Peut-être parce que c’est le plus facile. Peut-être aussi parce que je soupçonne que c’est ce qui vous intéresse et vous intrigue le plus. Maintenant, et forcément plus brièvement, existe-t-il une unité protestante ?
4.1. La diversité n’est pas un drame :
Tout d’abord je dirai que la diversité pas forcément vécue comme un drame, même si c'est parfois dur à vivre, même si c'est souvent un affaiblissement, et même si c'est parfois un témoignage pitoyable. Cela n'empêche pas le sentiment de faire partie de la même famille, de se rencontrer, de communier, d'agir ensemble : mieux vaut vivre heureux séparément que malheureux ensemble. Cela n'empêche pas non plus de se retrouver ensemble un jour : l'ERF actuelle s’est faite en 1938 par la réunion de quatre Eglises séparées au 19° siècle. Mais il faut dire aussi que le protestantisme garde de mauvais souvenirs historiques de l'obsession unitaire : il a été persécuté et il a été aussi persécuteur au nom de l’unité.
4.2. Une même référence à l'Ecriture :
Tous les protestants donnent une place centrale à la Bible, même si c'est avec des lectures diverses. Même s’ils ne le savent pas, un évangélique qui lit la Bible de façon plutôt littérale et un libéral qui utilise des méthodes de critique historique pour mieux placer le message dans son contexte d’origine manifestent tous les deux le même respect à l’égard des Ecritures. Par ailleurs tous les protestants accordent aux sacrements une importance seconde : pour tous un culte sans sacrement est un vrai culte, mais jamais un culte sans méditation des Ecritures. Tous manifestent une même méfiance à l'égard des institutions ecclésiastiques centralisées. Tous manifestent une même réticence à l'égard des rites et des traditions. Pour une bonne partie du protestantisme, il y a une distinction nette entre la foi et les doctrines : ce qui compte, c’est la foi, la relation vivante avec le Christ, alors que la doctrine peut n’être qu’une simple opinion intellectuelle.
4.3. Les grandes affirmations de la Réforme :
Il existe un accord évident sur les grandes affirmations de la Réforme : Sola gratia, sola fide, sola scriptura (le salut donné par la seule grâce de Dieu, devenant réalité dans la vie de l’homme par la foi seule. L’Ecriture seule autorité).
4.4. Une unité vécue plus qu’institutionnelle :
L'unité protestante est vécue plus qu'institutionnelle, en fait elle existe déjà. Il faut souvent peu de temps dans une rencontre pour la ressentir. Elle n'est pas forcément doctrinale, mais spirituelle. Le danger, c'est qu'on s'en contente et que chacun végète dans son coin, sans chercher à rencontrer et connaître les autres, sans s'appuyer sur l'unité déjà existante pour mettre ce qu'on a de particulier au service de l'ensemble et pour recevoir l'enrichissement de ce que les autres ont de différent. Mais je vois un signe de cette unité ressentie et vécue plus qu’institutionnelle dans le fait que, par exemple, nous puissions partager la Cène entre Eglises protestantes qui ont des doctrines et des pratiques différentes du baptême, alors que nous ne pouvons pas communier ensemble entre catholiques et réformés même si nous avons des convergences de doctrine et de pratique du baptême.
4.5. Les dangers de l’unité :
L'unité n'est pas une valeur en soi. Elle peut se payer par l'écrasement des personnes et des convictions, la stérilisation des intuitions, l'aplatissement des spiritualités, la neutralisation des prophètes, soit par une sorte de sentimentalisme, soit par le poids des institutions. C'est sans doute un des risques que court l'ERF. Il y a dans le protestantisme des Eglises à l'identité forte, et des Eglises tellement ouvertes qu'elles cherchent leur identité, ou qu'elles doivent l'inventer sans cesse, en accueillant la nouveauté et les nouveaux, au risque d'être des auberges espagnoles. Cela nécessite une forte vie spirituelle, intellectuelle et relationnelle. On peut parfois se demander si la diversité des convictions, des pratiques et des actions ne vaut pas mieux qu'une unité dans l'indifférence. Le propre de ce qui est vivant, c'est d'évoluer. Rechercher en permanence la communion, tout en étant et en restant très divers, c'est une exigence et une évolution permanentes, alors qu'une unité enfin acquise risque d'être un état terminal.
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Michelet a écrit en 1856 :
« Que vois-je au XVIe siècle ? Que le protestantisme seul nous donne la république. Je dis qu’il donne la république, l’idée et la chose et le mot . La république réformée ? Voilà la base républicaine de l'église de France. Tout cela calqué sur Genève ; mais combien différent, en résultat, quand on transportait de la petite ville au royaume de France, à cet empire immense que la Réforme allait se créant aux Pays Bas et en Ecosse, en Angleterre, bientôt en Amérique !”
1856 - MICHELET “Histoire de France au XVIe siècle”..
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MEMBRES ACTIFS ET RESPONSABLES.
I
Membres du Conseil d'administration reconduits le 7 octobre 2006
Membres du Conseil d'administration reconduits le 7 octobre 2006
* AFP Rive Droite
Carbonnier Jean Hugues :Oratoire VPDT Bureau - jhcarbonnier@carlara.com
AFP Clermont Ferrand
Carrière Daniel
* AFP Valence
Durrleman Arnaud :Valence - ad@durrleman-scp.avocat.fr
* AFP Saint Cloud
de Felice Pierre : Saint Cloud Trésorier Bureau - defelice@lmd.polytechnique.fr
AFP Essonne
Michel Georges ; Essonne - cepevry@aol.com
* AFP Mens
Humbert Daniel:Mens- dhumb@wanadoo.fr
AFP Paris Fédération
Kaltenbach. P.-P. Fédération de Paris PDT - ppkafp@club-internet.fr
AFP Luxembourg
François Matter.
* AFP Gers
Potenti Jean Marc , Gers - jmpot@aol.com
* AFP Saint Etienne
Reboul Roland : St Etienne - benoit.reboul@wanadoo.fr
* AFP Marseille
Rinckenberger Jean Paul .Marseille - afpguillaumefarel@free.fr
* AFP Rive Gauche
Rives. Michel Rive Gauche Trésorier Adjoint. Bureau solangerives@aol.com
* AFP Aude
Wendling Claude: Aude Secrétaire Nationale..Bureau - cwendling@liberysurf.fr
II
Membres votants le 7 octobre: liste arrêtée par le bureau du 3 avril 2006
Membres votants le 7 octobre: liste arrêtée par le bureau du 3 avril 2006
Présents et votants ; excusés, pouvoirs.
En gras présents
BLANC . GILLES CHAMBERY gillesablanc@tiscali.fr excusé
DE BOUSQUET Saumur
BRUANDET .JEAN RENÉ BESANCON jrbruandet@free.fr
BUIS J.C AGEN Jean claude Buis jcmbuis@acagen.org
CARBONNIER JEAN HUGUES PARISS jhcarbonnier@carlara.com
CARRIERE Daniel CLERMONT FERRAND pouvoir
CHARLES SAMUEL CARHAIX centremissionnaire@wanadoo.fr
DECHARME EVELINE TOULOUSE
DURRLEMAN A VALENCE ad@durrleman-scp.avocat.fr
FELICE PIERRE DE SAINT CLOUD defelice@lmd.polytechnique.fr
GERARD H CALLUIRE rhonalp@aol.com
GEORGES MICHEL ESSONNE georges.michel@wanadoo.fr représenté à Fontevraud 3 délégués
HUMBERT DANIEL MENS dhumb@wanadoo.fr
KALTENBACH PP PARIS ppkafp@club-internet.fr
KELLER Franck Carhaix. centremissionnaire@wanadoo.fr
KELLER ROLAND roland.keller2@wanadoo.fr
KOEHLNEIN JP COLMAR emil.fath@evhr.net
KRIEGCK J F VAUCLUSE boaviagem@wanadoo.fr excusé
De LAREMBERGUE larambergue@numericable.fr>
JULIEN DE LEIRIS jdeleiris@cr-rhone-alpes.fr pouvoir
LEPRINCE AURORE SAINT CLOUD aurore_salvan@hotmail.com
MATTER FRANCOIS PARIS francois.matter@gmail.com
MOUTOT FRANCOIS THOIRY moutot@apcm.fr Pouvoir
OBERKAMPF SERGE PARIS erf.luxembourg@wanadoo.fr
PERRIER J.C. ETANNETTE NIMES catherine.delon@cegetel.net>
PETTERSCHMIT S. Esamuel.peterschmitt@wanadoo.fr représenté à Fontevraud 3 2 délégués
POTENTI J M AUCH JMPOT@aol.com
REBOUL ROLLAND SAINT ETIENNE benoit.reboul@wanadoo.fr pouvoir
RINCKENBERGER JP MARSEILLE roland.keller2@wanadoo.fr
RIVES M PARIS solangerives@aol.com
TRON G SAUMUR gisele.tron@wanadoo.fr
VALLUIS J PARIS vjl.avocats@wanadoo.fr
VISMES DE JM LYON rhonalp@aol.com
WENDEL D GRENOBLE dominique.wendel@wanadoo.fr
WENDLING C AUDE wendling-claude@wanadoo.fr
Par PPK
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| 02/09/2006 10:26
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