« La charité réclame de meilleures fondations »


Financial Times Février 2007

Michael Schrage. Chercheur au MIT

       << En dépit des meilleurs efforts des activistes de « La responsabilité sociale des entreprises », les affaires ne sont pas une activité philantropique par nature. Mais a contrario, les institutions philantropiques, organismes sans but lucratif et ONG sont bien entendu des affaires aux yeux de la loi.

             Constat cruel, les sociétés cotées en bourse ( FTSE et NASDAQ) sont et de loin plus transparentes, « accountable », et soumises à gouvernance responsable que les riches fondations et associations charitables (  Au sens du Charity Act anglais NDLR). Plus cruel encore, les résultats des entreprises marchandes sont mesurées par le marché ce qui n’est pas le cas des « charitables ». Ceci invite à la faute.
                Au moment où les distributeurs de fonds recherchent une plus grande influence sur l’opinion publique, les politiques et les pratiques mondiales, leur besoin d’une plus grande ouverture et d’une évaluation technique croit. Les bonnes intentions ne devraient pas excuser une  « accountability » médiocre.La réforme philantropique – pas seulement une nouvelle philantropie- est essentielle. «  Trustees et dirigeants salariés devraient être aussi « accountable » et fiables- sinon plus- que leurs équivalents dans l’entreprise. Les actionnaires britanniques, par exemple, ont le droit de voter la rémunération et les avantages des dirigeants ; les donateurs charitables aux « bonnes causes » , typiquement, ne le peuvent pas.
                Quel rôle pourraient bien jouer la «  démocratie du don » ( Donor democracy ? ) dans la philantropie de demain ? Les associations de l’environnement exigent des gouvernements un budget de leur dépense en carbonne alors même qu’ils ne se soucient pas des gaspillages en carbonne de leurs membres. Les fondations charitables des américains et des européens sont connues pour leurs bureaux pléthoriques de directeurs en charge de la collecte de fonds qui – à la différence de leurs prédécesseurs des années 90 dans les entreprises-sont devenus prisonniers de leurs personnels. Du coup comment un conseil d’administration de mauvaise philantropie pourrait-il être renvoyé ?
 
              La Grande Bretagne a commencé à affronter ces interrogations d’un façon que l’Amérique ignore. En novembre 2006, le Parlement a adopté le Charity Act alors que les efforts du Congrés des Etats Unis pour imposer une meilleure accountability philantropique ont échoué .  Alors que les anglais engagent les premiers pas  fondamentaux d’une réforme - par exemple, ne pas accorder aux associations la présomption qu’elles agissent dans l’intérêt général- une déconcertante vague de flou interdit de savoir comment les régulateurs ( regulators ?) assureront une transparence effective et des résultats transparents.

               « Sur chaque millier de dollars dépensés par les soit disants «  charitables » - observe un philantropiste qualifié de prophète par Bil Gates et Warren Buffet- «  Il est probable que 950 sont dépensés déraisonnablement c’est à dire en sorte de produire les maux mêmes qu’ils sont supposés combattre. Le milliardaire qui a prononcé ces mots était Andrew Carnegie, géant philantropique dans son manifeste ( Gospel of wealth ? ) « Evangile de la richesse ». De nos jours, les standards de transparence dans la gestion des dons retenus par Carnegie font honte aux fondations contemporaines.
               Les gourous américains de la gouvernance des sociétés côtées tel que Iria Millstein insistent sur ce que la débâcle d’Enron et l’Act Sarbannes--Oxley imposent implicitement aux responsables des fondations pour leur propre accountabilité institutionnelle. Elles ont commencé à réorganiser leur conseils d’administration et à flirter avec la transparence. Pour autant la plupart des institutions charitables présentent une gestion opaque dans le même temps qu’elles ne fournissent aucune information certifiée sur leur utilité publique ( public benefit ?).Elle semblent mesurer leur succés davantage par le montant des sommes attribués à tel ou tel que par la plus value économique ou sociale qu’elles créent . Quel que soit le mal produit par leurs initiatives - consciemment ou pas- est rarement en débat. Pareille attitude n’est plus tolérée dans les sociétés cotées. Pourquoi le serait-elle dans les associations charitables. ?

            Les financeurs qui  prétendent offrir des solutions aux insuffisances sociétales (societal schortcoming ?) devraient accepter le devoir sinon faire preuve de l’intégrité nécéssaire pour révéler leurs propres insuffisances. L’ensemble du monde philantropique serait plus crédible et productif si par exemple les fondations Ford, Rockfeller, Soros et Welcome Trust rendaient publiques et débattaient des échecs de leurs programmes .
       La liberté et l’équité commandent de permettre aux individus et aux sociétés de soutenir financièrement les idéaux et les causes légales. Ce droit n’autorise pas les philantropes à définir des politiques finançant inefficacité et opacité. En réalité, ces subventions fiscales bien intentionnées ont perverti les associations plus en créatures difformes d’avantages fiscaux qu’en saines et robustes incarnations de l’intérêt général.

         Pour toute organisation, tout traitement fiscal préférentiel devrait être soumis à l’exigence d’une mesure des performances allant bien au delà de la distribution d’argent et de la redistribution de richesse. Les institutions incapables ou hostiles à la présentation de résultats auditables devraient perdre leur avantage fiscal .

                 L’urgence d’un examen novateur est à la mesure la croissance des actifs et des aspirations du monde du «  non profit ». De même que les fonds d’investissements investisseurs privés (and et private equity ?) ont transformé la marchés financiers, dirigeants et institutions philantropiques investissent collectivement des milliards pour transformer la politique publique. La Fondation Gates- de loin la plus grosse au monde- en est le colosse mais il existe des dizaines de milliers de fondations animées d’ ambitions fiscales pour changer le monde. Leur montée globale en masse assure que la tendance va s’accélérer La prochaine grande action Sociale Evanfelique philantropique à l’Ouest pourrait être chinoise,indienne ou russe.

       Globalisation et extraterritorialité - et pas seulement la richesse nouvelle- ont compliqué qualitativement « l’altruisme business » .De plus en plus les institutions philantropiques servent de rivaux ( and goads ?) plutôt que de compléments aux gouvernements.Il existe bien sur une fine frontière entre noblesse oblige ( en français dans le texte) et impérialisme philantropique. La franchir est certes dangereux mais inévitablement « trustees » et conseils d’administrations «  insularisés » et hors accountabilité, la franchiront. Telle est l’histoire «  régulatoire de la philantropie au XX° siècle. En toute charité charitably put ?), dans l’ère qui s’ouvre, la qualité de la gouvernance philantropique est cruciale pour le leaderschip de la qualité philantropique.>> .
 
( Traduction PP Kaltenbach )

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