LIvre à Paraître
 

CLASSES MOYENNES PROTEGEES

 

 NUIT DU 4 AOUT 2012 




TROISIEME PARTIE ( D'Eric Kaltenbach. Moscou.)

 
" Oh ! jeunesse ennemie !"

L'insurrection de la jeunesse. Péril à Gauche?

En bonne logique Bourdieusienne, en 2012, la jeunesse, population cible des  « nouveaux emplois jeunes »  selon Martine Aubry , et les classes moyennes publiques précairres , bref  la « Gauche d’en bas » ( Associatifs, intermittents, RMi   RSA  etc ….)  pourraient bien entrer en insurrection

Telle est l’opinion d’un français de l’étranger. Il n’a pas connu 68 . Expatrié à Moscou depuis  20 ans, observateur éclairé des choses de l’Hexagone.Il écrit la veille de 1° Mai 2009. L’intérêt de l’analyse ne se résume pas à pronostiquer un résultat électoral . Il est de donner à imaginer l’ampleur du conflit qui menace les « protégés » qui -par insouciance- ont laissé la jeunesse du pays se dresser contre eux.


  C’est on l’ a vu la thèse de Louis Chauvel  « Les jeunes bernés par le modèle social français des années 1980-2000 ».( P 69." Les classes moyennes à la dérive"  Le Seuil Octobre 2006).

                      « Il pourrait être désagréable aux jeunes d’apprendre qu’ils n’ont pas été seulement victimes d’un capitalisme neo libéral .. mais aussi d’un faux socialisme qui ne les a pas soutenus, qui leur fait payer des impôt indirects, et le prix d’un Etat Providence obèse qui ne leur bénéficie guère et au bout du compte leur fera supporter longtemps les dettes accumulées par leurs heureux prédécesseurs. »
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                           << La plupart des observateurs se contentent de qualifier le Nouveau Parti Anticapitaliste  (NPA) et consorts de groupuscules « dangereux ». Il est vrai qu’à lire leurs programmes, ces militants sont démocrates pour le moins avec réticence et très coupés des réalités contemporaines ou historiques. Ils parviennent par exemple à faire une différence qualitative entre les génocides organisés par Trotski et ceux accomplis par Staline. Cet archaïsme idéologique n’est cependant que l’apparence du phénomène. Pour mieux le comprendre, il faut se pencher sur les publics  cibles concernés. Et s’ils étaient au secteur public de ce qu’a été le Front National dans le reste de la société ? La conséquence de nos difficultés à être solidaires des moins favorisés ? Dégonfler la baudruche trotskiste passerait alors prioritairement par une réforme de l’Etat. Mais cela, pour la gauche de gouvernement, voudrait dire apprendre à partager avec la jeunesse.

Une réalité socio politique nouvelle : Des pré-retraités de 1968 encadrant des précaires de la dépense publique.

Que montrent les rares études menées sur ces milieux ?  Ils sont composés d’une « masse » militante (11 000 adhérents revendiqués au NPA) et de sympathisants et électeurs. Pour la plupart, comme dans tous les partis de gauche, ils émargent, à un titre ou  à un autre aux finances publiques.

Les cadres : des ratés aigris par leurs échecs et l’omniprésence de la traîtrise ? De la « révolution permanente » à « l’échec permanent ».

Souvent anciens combattant de mai 68, ce sont des semi professionnels de l’agitation politique. Fonctionnaires ou apparentés en général, ils remâchent leur rancoeurs depuis les « évènements ». Ils ont en effet consacré une bonne partie de leur vie aux « luttes », et, à les en croire, parfaitement en pure perte. Ils ne cessent depuis 40 ans de parler de dégradation générale et continue, du « social », et des services public, du désengagement de l’Etat.

N’ayant atteint aucun des objectifs auxquels ils ont consacré leur vie, on peut donc, sans jugement de valeur, les définir comme des ratés. La persistance de leur ressentiment à l’égard du monde entier est d’abord liée à cette continuité dans l’échec. Pour eux, la « révolution permanente » chère à Trotski, est vraiment ce qu’elle est étymologiquement. On tourne en rond comme un écureuil dans sa roue.

Mais qui plus est, ils sont environnés de traîtres !
Les plus « malins » parmi eux, se vendent régulièrement, en gros ou en détail, à la gauche de gouvernement pour un poste de Sénateur, de directeur de DRAC. Ceux-là ! Oui ! ont su valoriser le temps perdu des « luttes » sans résultats réels ou durables. Ceux qui restent sont peut-être les plus sincères. Ils  ne sont pas ceux qui se sont le mieux débrouillés à titre individuel. D’où sans doute, leur attachement à la chaleur du groupe qui est peut-être, aussi, une perpétuelle recherche de la communion fusionnelle adolescente de leur jeunesse. Ni les plus malins ni les plus adultes, ils ne sont pas non plus les plus « souples ». Ceci explique vraisemblablement leur raidissement idéologique.

Régulièrement trahis par les leurs, et si même les « bons » trahissent, ils ne peuvent que concevoir le reste de la société comme de plus en plus dominée par des complots, des méchants et des traîtres encore plus « traitreux ».40 ans en vain et sans cesse trahi ! N’était l’âge, il y aurait de quoi devenir violent.
On comprend pourquoi les sites Internet de leurs organisations périphériques sont truffés  d’interrogations lancinantes sur l’éventuelle nécessité, « face à la violence première du système », de recourir aussi à un volontarisme musclé, bien évidemment qualifié de « civil citoyen non violent. » Mais comme ils ne sont plus tout jeunes, ils « incitent à… », plus qu’ils ne pratiquent, la dite« violence civique citoyenne non violente ». Et cela fonctionne un peu, car, récemment, divine surprise, comme le FN en son temps dans les banlieues, ils ont trouvé des relais et d’abord au sein de la jeunesse.

Les « précaires » ou les petits boulots du secteur public.
Fondamentalement, leurs sympathisants et leur électorat sont sociologiquement composés des plus fragiles et des plus insatisfaits parmi les bénéficiaires directs et indirects, présents ou en devenir, de la dépense publique.

Plus jeunes, moins protégés par des statuts et des anciennetés. Intermittents du spectacle, instits débutants en zones périurbaines, travailleurs sociaux ,animateurs « socio-cul » insécurisés par un financement sur subventions et non sur budget, précaires participant à des missions de service public dans le cadre de sous-traitance, d’intérim, voir, parfois, de travail au noir, diplômés RMISTES « par choix » etc… Etudiants, enfin, des filières dépotoirs, dont la finalité est plus d’assurer des postes à certains enseignants que d’offrir un avenir aux impétrants.

Donc très peu de « prolétaires » au sens contemporain du terme, de « travailleurs » (sauf s’ils sont fonctionnaires). Surtout des « lettrés » genre bac plus trois. Plus en socio , lettres modernes ou histoire de l’art qu’en BTS action commerciale. Des gens à qui la « génération » avait explicitement promis qu’à travers l’université, et  surtout sans sélection ils obtiendraient après un bac distribué à 100% la possibilité de participer à la « gestion du sens » dans la société, et accessoirement, implicitement, qu’ils parviendraient aux délices consommatoires de la classe moyenne à travers la fonction publique.
En revanche, ils sont de vrais prolétaires au sens romain, la dernière catégorie de citoyens bénéficiant du « modèle social romain », pas d’obligation de travailler, du pain, du sport et des jeux - du RMI et des festivals d’intermittents - pendant qu’esclaves et affranchis font tourner l’outil de production.
Cette sociologie très typée et très segmentée, on la constate quand on rencontre leurs militants ou qu’on observe leurs manifs. Ils la confirment eux-mêmes, rarement, entre les lignes, dans certains de leurs textes (voir par exemple http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article12774). Elle transparaît dans les études du CEVIPOF ou Perrineaud parlant des violences anti FN, décrit  les « plus jeunes » et les « plus engagés » (visiblement pas les mêmes…).

Dans le film « Terminale », (réalisé par Francis Girod en 98) on voit ainsi des jeunes un peu paumés, accomplir leur délire homicide et pseudo révolutionnaire en révolvérisant en toute bonne conscience un enseignant réputés négationniste grâce à l’aide d’un barbu soixante huitard « en fait » « non violent » et qui ne fait « que » transmettre, avec le flambeau, le pistolet, souvenir de ses « luttes » passées, mais dont il ne s’est jamais servi…

Les enseignants, et plus particulièrement ceux des filières balais à l’école et à l’université, sont en effet au cœur de ces processus. Ils souffrent du mépris de leurs collègues plus prestigieux et plus « socialistes de gouvernement » (voir le site des enseignants de la filière ES par exemple). Ils conçoivent leur mission éducative essentiellement comme une  préparation des générations qui leur sont confiées, à la poursuite de « luttes »  qu’ils ont eux-mêmes perdu.

Le tandem à la tête du NPA frôle la caricature. Un ancien combattant et un produit marketing.
Le « choix marketing » est particulièrement significatif. Même si nous savons que dans la réalité, Besancenot n’est évidemment pas ce qu’il veut avoir l’air d’être, la Ligue a choisi un porte parole « packagé » de façon à permettre à son coeur de cible une identification aisée. Un jeune ; diplômé ; fonctionnaire ; facteur au bas de l’échelle ; à temps partiel ; distribuant le courrier. Donc, un « intellectuel », relégué « injustement » dans la plus « physique » des tâches de la poste.

N’oublions pas que ces milieux très « scolaires » survalorisent le travail intellectuel. Ce serait encore plus beau s’il travaillait dans le 93, mais bon, il faut lutter là ou est l’ennemi. Voilà la «cible », le «marché ». On est assez loin du travailleur de l’industrie lourde. Au total, d’« anciens jeunes » un peu rassis, aigris et souvent fonctionnarisés, encadrant de « nouveaux jeunes précarisés » rêvant de devenir vraiment fonctionnaires à part entière.

L’engagement un peu mou des seconds auprès des extrémistes est parfaitement compréhensible. On ne voit pas très bien en effet ce que notre société peut leur offrir. Leur véritable horizon, leur rêve à tout prix, ce n’est pas 1917, même pas 68, c’est 1981, période bénie ou le PS assura l’embauche massive dans la fonction publique de toute personne pouvant présenter un semblant de diplôme.  Surtout, elle créait alors l’essentiel des nouveaux postes de “cadre” dans le pays la Génération Mitterrand

Un avenir bouché à tous les niveaux

Il est certain que l’on ne crée et ne créera pas assez de postes pour eux. Et en tout cas pas de postes de cadres. Et ce n’est même pas seulement du fait des vaches maigres budgétaires, de la crise ou de la difficulté à accroître la pression fiscale. Avec un des plus fort ratio d’agent public par habitant du monde développé, on ne sait plus, même si on en avait les moyens, où créer des places. Surtout, celles qui existent  sont prises quantitativement et qualitativement et sans doute encore pour longtemps par des titulaires.
Ceux qui non seulement ont bénéficié à plein du système, par l’embauche, le statut, la retraite, mais sont même parvenu à faire faire le travail par les autres comme on le verra plus loin. Les administrations sont surpeuplées par les classes nombreuses de la queue du Baby Boom.

Prises aussi qualitativement. Même quand ils parviennent dans le « saint des saints »- car dans les administrations, l'avancement à l'ancienneté, les pesanteurs, le poids des syndicats traditionnels de la fonction publique, etc… tout contribue à donner le sentiment d'un avenir  bouché et d'une société injuste.
Qui plus est, les rares réformes du secteur public consistent le plus souvent à préserver les avantages des gens en place mais à les diminuer pour les nouveaux entrants. A économiser sur le dos des jeunes pour  pouvoir pérenniser les avantages des anciens.
Au mieux, à travers de nouveaux concepts, tels que “les préposés à la recréation de lien social”, on parvient à réinventer les “petits boulots” aux marges du secteur public. ; ainsi des services à la personne, forme ancillaire du Colbertisme.

C’est presque pire !  Non seulement ils ne trouvent pas de place à part entière, mais celles qu’on leur propose sont des places « d’exploités ».

Les conditions privilégiées obtenues par les personnels statutaires contribuent à ce que le secteur public sous traite de plus en plus, à des plus ou moins précaires, le  travail pénible et mal rémunéré.
Les intermittents ne furent que la partie émergée, parce que médiatique, d’un phénomène beaucoup plus large. Professeurs auxiliaires, sous traitant de la RATP de l’EDF ou de la SNCF, etc…Le« préposé à la recréation de lien social » est bien souvent au public ce que le serveur de chez Mac Do est au privé, un « petit boulot », mais jugé par la gauche moins méprisable car public quand même. Mais la réalité de tout cela, c’est que partout, dans le secteur public, des gens « en place », se débrouillent pour « faire faire » par des supplétifs , de préférence « associatifs ». Ils contribuent ainsi à accroître le nombre de ceux, qui, aux marges du paradis fonctionnarial, en voient tous les avantages sans en bénéficier et du même coup, l’électorat extrémiste.

D’autant que les dites marges du secteur public constituent, souvent, une véritable « jungle sociale » que l’on a du mal à imaginer dans le privé.

 Dans un lycée français à l’étranger, cas extrême mais significatif, pour le même travail, le professeur titulaire expatrié agrégé est payé 8 fois plus que le recruté local licencié. Celui-ci était, encore récemment, payé au noir, sans charges sociales, sans retraite et évidemment sans garantie d’emploi. Un patron du privé finirait en tôle pour moins que cela.

Les intermittents doivent connaître des situations pas si éloignées. Leur cas est caricatural. Financés avec des miettes, hors crédits publics (c'est-à-dire sans toucher aux crédits des gens en place), ils ont été largement utilisés pour pallier la sous productivité chronique du service public audiovisuel. A la fin, même les syndicats traditionnels ont finis par trouver qu’ils coûtaient quand même bien cher aux seuls salariés du privé.

Si dans le privé l’intérimaire peut être payé plus que le statutaire, dans le public, c’est le contraire ! Aujourd’hui, il est possible que le serveur chez Mac Donald ait, sinon un salaire plus élevé, au moins plus de vraies perspectives d’évolutions que le précaire du public. Surtout, il a la satisfaction symbolique, et ce n’est pas rien, de voir que ses chefs travaillent au moins autant que lui.

Enfin, il y a le « respect ». Dans le secteur public, les hiérarchies sont strictes même si souvent inopérantes fautes de levier. Les rapports, formellement fraternels entre tous, n’empêchent pas le mépris fondé sur l’irrémédiable : Le diplôme et le statut. Dans le privé, on peut respecter un collègue moins diplômé pour ses résultats. Dans le public, un «petit» reste, souvent, à vie, quelqu’un qui était mauvais en classe. Un «bon», diplômé, sans statut, quelqu’un qui n’a pas réussi le concours. Un diplômé sous-utilisé, un licencié en histoire distribuant le courrier par exemple, doit naturellement se trouver dans une situation psychologique de révolte permanente.

Persuadé que le privé, qu’il ne connaît pas, ne peut être que pire que le public qu’il croit connaître, le précaire public a de très bonnes raisons d’imaginer que c’est tout le pays qui vit au 19ème siècle.

Cependant, tout cela restait un peu mou. Malgré son caractère répétitif, la thèse : « face à la barbarie et à la violence ultralibérale, tous les moyens sont légitimes », ne semblait faire que peu d’adeptes, hors des plus désocialisés de ces jeunes gens, façon Coupa et Levy. Et encore, n’est-on même pas sûr qu’ils soient passés aux actes. Le militantisme des autres pouvait se limiter à, par exemple, multiplier nerveusement des commentaires sur AVOX.

Passant du statut de secte avec 8000 ( ?) militants à celui de parti de masse avec 11 000 inscrits. Le NPA reste une baudruche qui se gonfle comme la grenouille de la fable, mais ne semble pas embrayer réellement sur sa clientèle potentielle.
Cela pourrait changer.

La fin du dernier espoir…
Deux éléments risquent d’aggraver encore la situation.
L’un est structurel. Alors que l’on sait que faute d’argent il n’y aura pas de création massive de postes, voilà que le nouveau Président ruine le dernier espoir : le remplacement des enfants du Baby Boom partant à la retraite.
Le second est conjoncturel. Face à la crise et à la croissance des déficits publics, les financements annexes, de types précaires, associatifs, subventionnaires, ne pourront pas ne pas souffrir de l’émulation suscitée par l’inéluctable réforme des  finances territoriales. A titre d’exemple, 40% des financements publics associatifs sont territoriaux.
Et l’on s’étonnerait que Besancenot monte dans les sondages… !

Y a-t-il lieu pour autant de s’inquiéter ?
Le plus étonnant reste que si la gauche extrême devient plus agressive envers la gauche de gouvernement, elle demeure, pour le moment encore, relativement « solidaire ». Les rapports entre la gauche « à statut » et celle qui en rêve sont complexes. Dans la forme, il existe une triple solidarité.
Une culture, des mythes communs - la révolution par exemple - constituent peut- être les bases d’une identité commune. Ils partagent incontestablement une même vision déformée du monde qui leur est extérieur (« la jungle sociale »).
La seconde est économique. Ils vivent tous des prélèvements obligatoires. D’ailleurs, quand l’essentiel est menacé, ils font front ! Lors des dernières présidentielles, « même Arlette » a voté Ségolène au second tour, preuve que toute la gauche sans exception a compris que Sarko arriverait à limiter l'emballement de la dépense publique...! Et c’était avant la crise !

La troisième, la  plus ambiguë et la  plus importante est sociologique, fondée sur la proximité au quotidien. Elle explique les précédentes.

Ils ont grandis ensemble…..
Le jeune sympathisant NPA, vivotant dans la para fonction publique, n’est, fondamentalement jamais sorti du « milieu ». Matraqué de propagande à l’école, à l’université, par les medias puis sur son lieu de travail par ses collègues mieux lotis, il n’a pratiquement aucun moyen de se faire une idée de la réalité autre que celle qu’on lui a inculqué dés le plus jeune âge : Le responsable de son malheur, c’est le « ca-pi-ta-lisme »…. L’Horreur Economique ! Son eschatologie, le service public !

Et cela laisse des traces qui seraient réjouissantes si elles n’étaient la preuve de son « aliénation » : l’anticapitalisme « sociétal ».

La difficulté des sympathisants trotskiste à sortir des analyses de la « classe sociale » qui les a formé, les encadre, les domine et les exploite apparaît dans leurs ajouts au trotskisme archaïque (authentique ?). Le féminisme et l’écologie sont certes à la mode, mais ce sont avant tout des préoccupations de la gauche arrivée. Au SMIC, il y a peu de problème d’inégalité salariale homme femme. On conçoit que la femme ait remplacé « les pauvres » et le « sociétal » le « social » pour des socialistes bon teint qui ne sont pas, ou plus, pauvres, moins chez d’hypothétiques « vrais trotskistes » purs et durs.
Que la « génération hypocondriaque » vue son âge, place au centre de ses préoccupations le droit à l’euthanasie est compréhensible (c’est le résultat le plus marqué des sondages spontanés du lectorat vieillissant du Nouvel Obs). Mais peut on vraiment croire que cela constitue une priorité dans la vie de jeunes précaires ?
Quant aux discours sur la «simplicité volontaire» ou la «liberté dans l’intermittence», on voit bien aussi d’où ils peuvent venir mais on n’en revient pas de les voir revendiqués par leurs principales victimes.

La Gauche de gouvernement, malgré les apparences, contrôle donc encore assez bien idéologiquement l’extrême gauche. Très logiquement elle l’aliène idéologiquement parce qu’elle l’exploite économiquement…..

Le journaliste à statut socialiste de FR3-région travaille avec l’intermittent Trotskiste. Il le plaint sans doute sincèrement. Il n’est pas sûr non plus qu’il ait réellement les moyens intellectuels de faire le lien entre sa propre situation, ses propres avantages, et celle du -presque- collègue défavorisé. Ce n’est en tous cas pas son intérêt. Disons par charité que les moins cyniques sont probablement eux-mêmes prisonniers de leurs propres mythes. Mais en dernier ressort, cette proximité sociologique bien plus que les mythiques « racines révolutionnaires communes », est la clef de la proximité politique entre gauche de gouvernement et extrême gauche.
Accessoirement, elle permet seule de comprendre pourquoi par exemple, de braves socialistes au fond assez démocrates ont tellement plus de facilité à voter avec ces gens en apparence néo totalitaires mais proche sociologiquement, qu'avec leurs homologues du Modem, pourtant plus semblables idéologiquement et économiquement.

Enfin, mais là les données manquent, il est possible que l’extrémiste soit souvent le rejeton de la gauche de gouvernement, comme en leur temps, les gauchistes étaient souvent des enfants de communistes (voir « Mourir à trente ans » de Romain Goupil et « la Crise » de Colline Serreault). Enquêtez autour de vous, l’intermittence du spectacle est souvent le « libre choix » des  moins bien diplômés parmi les enfants de vos amis de gauche modéré en place.
Mais un vague sentiment de culpabilité et de solidarité n’est pas l’essentiel de l’explication de l’indulgence de la gauche « salon » pour la gauche « rue ».
 
A en croire la gauche arrivée, ces gens ne sont pas vraiment dangereux, mieux,  ils sont utiles.

Pour les fréquenter au quotidien, la gauche à statut est plus à même d’évaluer s’ils sont vraiment totalitaires en puissance.
Certes, le socialiste laïque bon teint déteste souvent les trotskistes « mûrs », trop au courant des ficelles de sa propre réussite, comme en son temps il méprisait un peu son collègue communiste en général moins diplômé. Mais il ne semble pas avoir vraiment peur des « précaires ». C’est assez rassurant. Et puis, oui, le second doit envier le premier. Mais celui-ci n’a sûrement pas complètement bonne conscience. On imagine qu’il doit signer toutes les pétitions pour des titularisations massives, non sans savoir qu’elles ne se feront pas. L’essentiel n’est pas là.

On ne descend vraiment dans la rue que pour préserver les statuts des chercheurs qui en ont un. Les autres deviennent alors les « supplétifs » de la gauche arrivée non seulement dans le travail mais aussi dans les luttes. Disponibles (temps partiel façon Besancenot), revendicatifs, agressifs, angoissés -jeunes quoi !-  Ils jouent à « retenez moi ou je fait un malheur », pour défendre des statuts auxquels ils n’auront pas droit. C’est qui ce qui arriva avec le CPE. C’est ce que l’on voit avec les étudiants des filières sans débouchés, toujours les premiers à manifester pour défendre le statut des chercheurs en place…

Aujourd’hui, la gauche de gouvernement entre deux âges sous traite non seulement son  travail, mais même ses « luttes » à de jeunes  précaires ! Mais bien sur, elle les paye un peu.

A certains égards, la gauche extrême tente de faire à la gauche arrivée le coup que celle-ci a réussi en 81. A gauche, on gagne en étant plus à gauche que les autres et en noyautant les structures. Les petits frères ont bien vu comment le PS s’était fait élire sur la rupture avec le capitalisme avant de se partager les postes et les crédits tout en revalorisant les stock options. Ainsi, à la RATP on est passé de 2 syndicats en 1947 à 30 aujourd’hui.Tout le monde veut des dispenses de services, des protections syndicales etc... Mais cela ne fonctionne plus guère. Il n'y a plus beaucoup de gras à soutirer de la société civile ou du secteur marchand ou de la vache à lait capitaliste, comme on voudra. Et puis, ceux qui sont en place y tiennent, et ce n’est pas à de vieux singes que l’on apprend à faire des grimaces. Evidemment, cela ne facilite pas les négociations sociales, mais bien au contraire l'extrémisme revendicatif. Il faut bien comprendre que certaines des revendications les plus délirantes de la gauche dite « raisonnable », ne sont que le reflet de la concurrence interne pour les prébendes de gauche au sein du secteur public. Elle tient à peu prés ses jeunes, mais elle doit leur donner des gages, et, sans cesse, faire face à leurs surenchères.

A bien des égard, les discours extrémistes de ces catégories restent, pour le moment encore, sans doute plus une pose de négociation interne et externe au sein de la gauche fonctionnarisée qu’un véritable prurit révolutionnaire.

«Des diplômes pour tous ». Donnez nous des postes ou nous faisons un malheur », « Titularisez ou c’est la grève », « Créez des postes , subventionnez nos Assos’ ,ou pas de vote au second tour ». Discutez avec la CGT ou vous aurez affaire à SUD ! Les plus arrivistes, les écolos, sociologiquement les mêmes que les trotskistes mais en plus provinciaux et donc vivant mieux (les loyers sont moins chers à la campagne), moins désespérés et plus cyniques, tenaient aussi des discours idéologiques extrêmes, mais savaient échanger leurs suffrages contres des vices présidences de région. Les plus « purs » façon NPA affectent une position politique de type FN : tout ou rien. Mais au quotidien, dans les administrations, les marchandages vont s bon train pour le partage des postes toutes tendances confondues.

La récupération régulière des élites d’extrême gauche par la gauche, constitue d’ailleurs sans doute non seulement une bonne méthode de recrutement un bon « incentive » pour les « justes luttes », mais également permet de valider le discours de la gauche arrivée. « Nous, on voudrait bien titulariser, la preuve, mais il faut d’abord faire payer les riches ». Donc luttez !  Votez ! Accessoirement, cela imprime dans les jeunes esprits, la conviction que dans le public, on n’arrive pas par le travail, mais par la politique.

Cependant, les vases communiquant entre écolos et trotskistes, la chute des premiers au bénéfice des seconds, prouverait que la situation ne s’améliore pas et que les illusions sont en train de se perdre. On ne calmera plus très longtemps les « masses » par des « avancées majeures » dans le domaine des sans papiers, de « l’homoparentalité », de la festivocratie sans création de postes.

En ne donnant pas de vraies réponses à leurs revendications, la gauche traditionnelle provoque progressivement une rupture interne qui commence à lui coûter cher lors des élections. Ici aussi, le parallèle avec le phénomène FN est frappant. Le coût politique est important. Cela compromet les possibilités d’alternance apaisée. Mais qui plus est, et à la différence du Front, le coût économique ne l’est pas moins avec une « génération » à la fois sous employée et coûteuse.

Jusqu’à quand la gauche « arrivée » parviendra-t-elle à sous traiter son travail et ses luttes ?
Pour paraphraser exactement la phraséologie des sociologues de gauche sur le Front National, on peut avancer que la montée d’un vote extrémiste à gauche reflète moins une réalité politique - une éventuelle compréhension accrue des « méfaits » d’un « système capitaliste », qu’un  problème social croissant : « la paupérisation anomique relative  des franges les moins favorisées des bénéficiaires de la dépense publique ».

Paupérisation parce qu’ils sont coincés entre le blocage des budgets, les réalités démographiques et l’égoïsme sacré des gens en place.
Relative, parce qu’il ne faudrait pas oublier au passage qu’il demeure par ailleurs de « vrais pauvres ». A tout prendre, il vaut mieux être intermittent au SMIC que de devoir se lever vraiment le matin pour le même salaire.
Anomie, parce qu’il ne faut pas ici négliger leur souffrance identitaire. Et là, ils sont coincés entre des populations « civiles » qui les méprisent et les craignent et des grands frères socialistes qui en plus de partager ces sentiments communs, les exploitent.
En moyenne sans doute plus diplômés( sur papier) que les gens en place, ils n’ont peut être pas acquis dans leurs études de réelles compétences professionnelles, mais au moins les outils intellectuels pour comprendre qu’ils font des « boulots de cons » pour des « salaires de merde ». On reste assez loin de ce qui était leur idéal, donner un sens, une vérité, leur sens, leur vérité, à la société. Ils ont certainement le sentiment de ne servir à rien et que personne n’à vraiment besoin  d’eux. Qu’ « on »,« s’offre leur physionomie ».Reste la révolution… !? Mais contre qui ? « On », c’est qui ?

Alors oui le discours trotskiste relève de la pathologie intellectuelle, mais cela n’a pas d’importance. La montée de ses partisans dans les sondages reflète la non prise en compte par les autres partis d’un réel problème social, et pour le résoudre, la seule solution réaliste serait que la gauche sociologique partage.

Les scores sondagiers du NPA, c’est la même divine surprise que celle des anciens combattant de l’Algérie française et autres militants d’extrême droite blanchis sous le harnais des luttes sans issues, et des discours fumeux, se découvrant soudain miraculeusement en phase avec les angoisses des français de banlieue.nDans les deux cas, notre société paye sur ses marges, son incapacité à partager. L’étiquette idéologique ,a, au fond, peu d’importance. Hier écolo, aujourd’hui trotskiste, ils pourront être demain n’importe quoi, voir même FN - si celui-ci fait évoluer son discours et parvient à faire oublier qu’il est un parti vraiment populaire et de non diplômés. Etre traité de fasciste, pourquoi pas. Etre confondu avec des bacs moins trois… !!
Mais les enjeux sont tout autres. Les frontistes, gens simples, avaient des exigences simples et légitimes et pouvaient se calmer avec quelques policiers de plus et un peu de fermeté dans le discours.Les sympathisants NPA eux, mal diplômés mais diplômés quand même, veulent des crédits, des postes, des statuts  des pouvoirs et un avenir. Et ils en veulent beaucoup.L’exemple vient d’en haut. On a vu qu’il n’y en aura pas. Ou en tout cas pas de nouveaux.

Il faudrait, d’une manière ou d’une autre, mieux partager l’existant.
Faire payer les « riches « ? D’après le journal Forbes, la France à déjà la plus forte pression fiscale au monde. La part des entreprises dans la valeur ajoutée serait déjà la plus basse parmi les pays comparables, inférieure même à celle de la Suède (voir Insee). A nationaliser 100 % des dividendes des actionnaires, on obtiendrait moins d’argent qu’à améliorer de 10% ou 20%  l’efficacité des administrations et l’utilisation de leurs crédits. Et puisque l’on a affaire à des partageux, il y aurait même mieux. Partager !

Partager le temps ? Pas, les 35 ou 29 heures pour les statutaires et horaires sans limite pour l’intermittent quand il parvient à travailler ! Mais le partage du temps est une préoccupation de nanti et les précaires ont déjà en général beaucoup de temps libre. Surtout, partager les revenus et les perspectives d’avenir.
L’agent public est en moyenne payé 17% de plus que son homologue du privé à presque tous les niveaux. N’y a-t-il pas là une marge pour une possible solidarité avec ses propres précaires ?

Seule une réforme du fonctionnement du secteur public pourra ouvrir de nouvelles perspectives à cette « arrière garde du prolétariat» et dégonfler la baudruche trotskiste.
Partager à gauche.

La gauche arrivée en place aura-elle le courage de partager ses prébendes au lieu d’éternellement promettre de faire, un jour, payer les riches ? En caricaturant, d’accepter de n’être payé par exemple « que » 10 % de plus que les autres salariés à travail égal, pour revaloriser les rémunérations de l’électorat protestataire ? Ou que l’introduction d’ « éléments de mérite » permette à des non statutaires de progresser socialement même faute de statut, même au détriment éventuel de « statutaires » ? De débloquer ce système injuste ?

On pourrait aussi proposer d’essayer de leur montrer que la vie existe dans le secteur privé, mais on préfère ici aborder des solutions réalistes.
Réalistes parce qu’il est plus facile de transformer un postier à mi temps en postier à plein temps qu’en entrepreneur schumpétérien.
Réalistes parce que la gauche, elle, y aurait un véritable intérêt. A droite, à court terme, stériliser 10 à 15 % de l’électorat de gauche est plutôt pain béni….

C’est indispensable  et urgent car le danger potentiel est réel.
Ce serait dans l’intérêt  de la gauche de gouvernement. Resserrer les liens avant qu’ils n’aillent voir ailleur
s…

Pour le moment, de façon aussi primaire qu’attendue, les petits frères se contentent de traiter les grands de fausse gauche mais gauche quand même et de se prétendre, eux, plus à gauche. Au final, en général, ils votent  à peu prés bien, mais jusqu’à quand ? Le jour où les trotskistes américains les plus lucides,les plus en prise avec la réalité ont découvert avec qui ils devaient réellement partager, qui les exploitait ou au moins les utilisait, ils sont devenu « néo cons » et férocement ultralibéraux . ( Cf ci après «  Pourquoi les pauvres votent à drroite ? »
 
Mais chaque nation a son génie propre. Dans un registre plus francophone, on écoutera avec profit le tube du groupe québécois « Mes aïeux » « Dégénération ». Les équivalents locaux des intermittents, célèbrent les mérites du travail de la famille de la patrie et de la terre qui elle ne ment pas….

Mais ce n’est pas la pire des hypothèses. Euthanasie vaincra ! Ou le retour à la révolution permanente ?


Bientôt, très bientôt, la génération publique précaire va commencer à payer les retraites plein pot de la gauche arrivée de la génération Mitterrand. Oui ! Ceux là vont enfin partir, mais en laissant moins de places et surtout, une très grosse ardoise derrière eux. On estime à 20.000 euros la dette que chaque nouveau né de France reçoit à son berceau.
Alors, si rien n’a été fait il y aura peut être un vrai risque que ces sympathisants trotskistes se mettent à vraiment militer et se lancent dans n’importe quoi, y compris pourquoi pas, dans la tentative de réaliser concrètement leur programme fasciste, y compris par la « violence non violente civile citoyenne ».

Des caténaires du TGV au mort du G20, een passant par les cagoules « citoyennes » de Strasbourg et de Poitiers, l’évolution des militants de l’ultra gauche n’est pas rassurante.  Si la crise financière s’approfondit, nul doute que les gros bataillons de la gauche arrivée, poursuivie par les restrictions budgétaires « capitalistes » et décentralisatrices, sauront continuer à sacrifier cette arrière garde du prolétariat pour maintenir leur train de vie, comme dans le cas des intermittents, des travailleurs des entreprises privatisées où des salariés associatif. Le jour où celle-ci sera financée comme, par exemple, en Grèce, que ce passera-t-il ?

Alors, et comme on manque un peu de vrais « Koulaks agricoles »  par les temps qui courent, le retraité cadre A de la fonction publique, bien pensionné, de la gauche arrivée pourrait avoir du souci à se faire. Disposant de la meilleure espérance de vie du pays, deux ans de plus que la catégorie sociale suivante et 11 de plus que l’ouvrier, il pourrait même en venir à regretter d’avoir convaincu le « jeune assistant de vie, recréateur de lien social précaire », chargé de le torcher sur son lit de grabataire, que la lutte « sociétale » pour le « droit à l’euthanasie » était aussi importante que la lutte « sociale » pour plus de justice économique.….

Ce serait dans notre intérêt à tous
En s’inquiétant, légitimement, de la radicalisation de ces personnes et en y répondant par des solutions policières, le gouvernement actuel s’attaque aux conséquences plus qu’aux causes. On le comprend. C’est plus facile que de s’attaquer aux bastilles des gens en place. Ce n’est pas suffisant. Pourtant, il y a urgence pour au moins quatre raisons.

Ces gens nous coûtent déjà cher et ce serait notre intérêt de les utiliser plus intelligemment.
Une extrême gauche radicalisée durablement forte compromettrait les possibilités d’alternance ce qui n’est jamais souhaitable en démocratie.
Ils sont, eux, vraiment exploités, et leur révolte à venir pourrait être une vraie révolte dangereuse et non une stratégie d’ascension sociale comme celle de la « gauche Mitterrand » ou une explosion de ras le bol ponctuelle inorganisée comme celles des jeunes des banlieues. Historiquement, ce ne sont jamais les pauvres et toujours les classes moyennes stressées qui portent vraies révolutions et totalitarismes.

Surtout, ils sont une partie de notre jeunesse et une société peut-elle se désintéresser de l’avenir de sa jeunesse ? Seule la relative médiocrité des dirigeants trotskistes français nous protégera sans doute du pire : une génération  « parents » employant la violence légitime contre  ses enfants .>>

Pour des gens qui ont revendiqué le monopole de la jeunesse durant quarante ans ! Pouvait-on rêver réquiem plus cruel ?  >

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