Le Monde - 2 Avril 2001

« Moderniser la France »
par Thomas Ferenczy


« C'est ce qu'il appelle " laïciser " la politique…"

« Pour Pierre-Patrick Kaltenbach, conseiller maître à la Cour des Comptes,Comptes, ancien président du Fonds d'action sociale (FAS) et de l'INED, président des Associations Familiales Protestantes, il ne faut pas s'étonner que Lionel Jospin s'engage à contrecoeur dans la voie de la modernisation. A ses yeux, le premier ministre est aujourd'hui le porte-parole d'une génération qui s'est autoproclamée " génération morale " avant de se crisper en ordre moral " et qui n'a d'autre ambition que de préserver, avec la complicité active des médias, les privilèges d'une catégorie : " la fraction protégée des classes moyennes " et "sa représentation politico-administrative ".

En fait, cette génération se distribue entre la droite et la gauche. Si l'auteur s'en prend plus particulièrement aux socialistes, c'est parce qu'ils sont au pouvoir. Pour lui, une chose est sûre Jospin, au même titre que Chevènement et Toubon, ses camarades de promotion entrés en 1965 à l'ENA, est le pur produit de la génération politique encore aux affaires pour quelques années ". Une génération " politico-médiatique " qui espère se survivre " en prolongeant sa comédie de l'affrontement " et qui s'est appropriée les institutions publiques de telle sorte que ses membres se distinguent du reste de la société moins par leurs opinions politiques que par leur proximité à la dépense publique, " qu'il s'agisse d'en décider, de la distribuer ou d'en profiter ".

Résultat : l'Etat-providence est en France " le plus obèse, le plus opaque et le plus sectaire de l'OCDE ". La corruption fleurit, de l'affaire du Crédit lyonnais à celle de la MNEF. Lorsque les pratiques commencent à contredire les discours, écrit l'auteur, naît un ordre moral, non pas, comme le croient certains sur les ruines de l' Etat , mais dans les "bunkers de la classe publique ". " C'est au moment précis où le civisme s'affaisse, où la République mangue le plus de véritables citoyens et la société de bénévoles- souligne-t-il, que la génération responsable de cette horreur politique << n'a de cesse de brandir le plus moralisatrice des morales. "

Pierre-Patrick Kaltenbach s'adresse, pour finir, aux " abstentionnistes citoyens ", aux militants associatifs et familiaux ", aux " donateurs-bénévoles " et aux " internautes ",qu'il invite à restaurer la vertu républicaine délaissée par les professionnels de la politique, qu'ils soient de droite ou de gauche. C'est ce qu'il appelle " laïciser " la politique.


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