L’ IMMIGRATION CONJUGUALE.



Jeanne Hélène Kaltenbach
Ancien membre du HCI

« La France une chance pour l’Islam" Le Félin 1991 avec PP Kaltenbach
« LA REPUBLIQUE ET L’ISLAM entre crainte et aveuglement ». avec Michèle Tribalat. Gallimard 2001

Aussi contributions à :

"La République brûle-t-elle ? » ED Machelon. 2006
"L’école face à l’obscurantisme religieux ». Max Milo DEBAT 2006


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En 2004 la Cour des Comptes a rendu un rapport, très sévère sur l’immigration irrégulière, qui oppose les deux âges de notre politique de l’immigration.

De 1945 à 1974 fin de l’immigration économique, l’Etat a le monopole du recrutement et de l’intégration de main-d’oeuvre étrangère grâce à deux outils. L’OMI , chargé de la sélection médicale et professionnelle des travailleurs, et donc financé par les employeurs qui participent aussi au financement de leur logement. A partir de 1974 l’OMI gère l’arrivée de ceux qui ont été autorisés à résider en France .

Dès la fin des années 90, l’essentiel des étrangers passés dans ses services relevaient de ce qu’on appelle à tort « regroupement familial », demandé majoritairement par de jeunes Français, c’est à dire en vérité de « constitution de jeunes familles », avec importation de « conjoints de Français », surtout masculins, venus de Turquie ou du Maghreb. Le «regroupement familial » représente désormais 70% de l’immigration … le travail 7%. Le saut qualitatif complète le saut quantitatif .
Second outil le FAS crée en 1958 obéissait lui aussi à une logique claire : compenser les prestations familiales des femmes restées en Algérie, moins élevées que celles qu’elles auraient perçues en France. Largement doté par les employeurs et les salariés, ce fonds permettait de mener une action sanitaire et sociale au profit des familles, de financer des foyers… Hier encore, cet organisme, finançait le feuilleton, nimbé de béatitude multiculturelle, Plus Belle la vie. Chaque soir sur la chaîne 3, des millions d’adolescents compatissent avec Juliette, petite Marseillaise amoureuse d’un Africain qu’elle « soupçonne d’être un peu terroriste ». L’histoire ne dit pas s’il est un débouté du droit d’asile, ou un étudiant qui s’éternise, ou s’il est rentré clandestinement, ou s’il est un « irrégulier » qui a sciemment ou négligemment perdu un titre de séjour périmé. Juliette envisage un mariage blanc, avant de convaincre un gentil policier de voler un passeport dans son commissariat pour le donner au gentil clandestin !.

Qu’est-ce qu’un conjoint de Français ? C’est quelqu’un qui depuis la loi Questiaux (1982) ne peut pas être reconduit à la frontière, ni expulsé, ni être passible d’une interdiction du territoire non motivée. Qui depuis la loi Dufoix (1984) votée à l’unanimité par l’Assemblée, bénéficie de plein droit d’une carte de séjour de 10 ans et de la nationalité française après 6 mois de vie conjugale. Qui sous la loi Joxe en 89 - contre l’avis du Conseil d’Etat- avait de plein droit une telle carte, même en cas d’entrée irrégulière ou de séjour irrégulier, même passible d’une peine de prison ferme. Qui depuis la loi Chevènement, à condition d’être entré régulièrement, obtient dès son mariage une carte de séjour d’un an. Les mariages mixtes ont été multipliés par 8 depuis cette époque. Qui sous la loi Sarkozy a droit à une carte de résident de 10 ans après deux ans de mariage.
Dès 1991 la presse signale des filières de mariage blanc sur un ton presque amusé, un peu comme Charlie Chaplin fait rire avec la misère du monde. Une femme de 90 ans épousant un iranien de 34, alors même que le Consulat d’Iran signale que ses papiers sont falsifiés, une jeune mariée munie d’ une carte d’identité scolaire comme pièce d’identité, et de son concubin comme témoins de son mariage « bidon », ignorant le prénom, l’adresse, la langue de son époux ! Le Nouvel Observateur titre en 1993 « Comment devenir français pour 50 000 F ?» Mais l’année suivante il parle du « Chemin de croix des couples mixtes.et de la société aux relents vichyssois qui semble s’installer ».car la loi Pasqua permet au maire de saisir le Procureur en cas de suspicion de mariage frauduleux.

Un livre récent évoque aussi les amours innombrables, plus dans l’air du temps, sans doute beaucoup plus fréquents que les mariages, qui font du concubin, non pas un « conjoint de Français », mais un « père d’enfant français », protégé lui aussi, même s’il a rejoint Outre-Méditerranée son autre femme et ses enfants. Toutes ces femmes (et quelques hommes) considèrent qu’elles aussi ont subi « une atteinte disproportionnée au respect de leur vie privée » comme dit l’article 8 de la Commission Européenne des Droits de l’Homme. Elles souffrent en plus d’un déni absolu, puisque certaines mairies ne signalent jamais de mariages blancs, pas plus que certains Procureurs saisis par les maires, tandis que Témoignage Chrétien s’enchante de phrases comme celle-ci : «Au nom de quelle justice peut-on rendre l’amour délinquant ?

 Sont analysés les mariages de jeunes Français avec des étrangers, hommes et femmes, célébrés souvent à l’étranger, qui relèvent de stratégies complexes.Ici comme là-bas ils sont décidés par la famille, parfois avec un cousin du côté paternel selon la tradition, l’interdiction pour la musulmane d’épouser un non musulman n’étant peut être pas étrangère à ces choix.. La presse algérienne résume sans vergogne cette situation : « Une dot contre un titre de séjour ! » Au Danemark une loi récente part du principe selon lequel le mariage de personnes ayant des liens de parenté est conclu contre la volonté de l’une ou l’autre partie. ». Les Hollandais exigent un test de langue et civilisation néerlandaise pour la fiancée, la loi Sarkozy aussi.

Nous sommes entrés dans l’ère de « l’immigration conjugale ».
 

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