Jacques Marseille soutient " Gouvernance et Certification"
Parler de rigueur n'est pas interdit
Publié le 09/07/2009 dans Le Point N°1921
par Jacques Marseille
En présentant son projet d'emprunt comme l'alternative à une politique de rigueur, Nicolas Sarkozy a non seulement oublié les « leçons de l'Histoire », mais il a surtout failli à une certaine morale publique qui a fait, en son temps, la grandeur de la France.
Affirmer tout d'abord que « la politique de la rigueur a toujours échoué » ne peut que surprendre de la part d'un président qui fait écrire ses discours par un gaulliste historique. Faut-il rappeler que, le 21 décembre 1958, s'adressant aux Français au moment où les déficits publics atteignaient plus de 5 % du PIB, le général de Gaulle déclarait solennellement :
Le déficit du budget, qui s'élevait à 7,7 milliards de francs (nouveaux) en 1956 et 6,5 milliards en 1957, se réduisait à 2,6 milliards en 1958 avant d'atteindre l'équilibre en 1959 avec un solde bénéficiaire de 670 millions, porté à 1,9 milliard en 1961 et 1,2 milliard en 1962.
Les dépenses civiles (hors militaires), qui s'étaient élevées à 41,7 milliards en 1957, étaient réduites à 40,1 en 1958 et stabilisées à 43 milliards en 1959 et 1960.
En trois ans, la « politique de rigueur » ouvrait à la France le chemin d'une croissance qui allait atteindre 5,8 % par an de 1959 à 1970, soit le taux le plus élevé des pays industrialisés, derrière le Japon !
Pourquoi ce qui a été possible il y a cinquante ans, sous la direction du général de Gaulle, ne le serait-il plus aujourd'hui alors que l'état des finances publiques exige encore plus cette « politique de rigueur » qui n'est rien d'autre qu'une politique de morale publique ?
Tout simplement parce que Nicolas Sarkozy est le représentant d'une « classe » politique dont la culture dépensière confine à l'irresponsabilité. A cet égard, la décentralisation, ouverte par la loi de 1982, a multiplié les dérives qui ont transformé peu ou prou notre pays en république bananière.
Pour en prendre la mesure, il suffit de recenser un certain nombre de subventions accordées par le conseil régional d'Ile-de-France (lire « Pour un référendum sur une vraie réforme des collectivités locales », Contribuables associés, juin 2009).
Dans un livre qui mérite d'être sans cesse relu, « Associations lucratives sans but », il écrivait au président de la République élu en 1995 :
En 2008, les recettes courantes de l'Etat, 275 milliards d'euros, ne couvrent même plus les dépenses courantes (fonctionnement et salaires), qui s'élèvent à 322 milliards d'euros.
Ce n'est pas d'un emprunt pour l'« avenir » dont a besoin la France, mais d'une politique de rigueur qui s'appuie sur la morale. Nul doute que les Français sont davantage prêts à souscrire à la seconde qu'au premier
par Jacques Marseille
En présentant son projet d'emprunt comme l'alternative à une politique de rigueur, Nicolas Sarkozy a non seulement oublié les « leçons de l'Histoire », mais il a surtout failli à une certaine morale publique qui a fait, en son temps, la grandeur de la France.
Affirmer tout d'abord que « la politique de la rigueur a toujours échoué » ne peut que surprendre de la part d'un président qui fait écrire ses discours par un gaulliste historique. Faut-il rappeler que, le 21 décembre 1958, s'adressant aux Français au moment où les déficits publics atteignaient plus de 5 % du PIB, le général de Gaulle déclarait solennellement :
Le moins qu'on puisse dire est que la « politique de rigueur » qui fut alors menée fut l'une des plus belles réussites de notre Histoire, permettant à la France d'entrer de plain-pied dans la croissance des Trente Glorieuses et d'en finir avec la dégradation des finances publiques qui avait scellé le destin de la IVe République.« J'ai donc pris la décision de mettre nos affaires en ordre et réellement. Le budget en est l'occasion, peut-être ultime, très bonne en tout cas... Nous appliquerons tout un ensemble de mesures économiques et financières qui établissent la nation sur une base de vérité et de sécurité, la seule qui puisse lui permettre de bâtir sa prospérité. Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelque temps à l'épreuve. Mais le rétablissement visé est tel qu'il peut nous payer de tout. Sans l'effort de remise en ordre avec les sacrifices qu'il requiert et les espoirs qu'il comporte, nous resterons un pays à la traîne oscillant entre le drame et la médiocrité » ?
Le déficit du budget, qui s'élevait à 7,7 milliards de francs (nouveaux) en 1956 et 6,5 milliards en 1957, se réduisait à 2,6 milliards en 1958 avant d'atteindre l'équilibre en 1959 avec un solde bénéficiaire de 670 millions, porté à 1,9 milliard en 1961 et 1,2 milliard en 1962.
Les dépenses civiles (hors militaires), qui s'étaient élevées à 41,7 milliards en 1957, étaient réduites à 40,1 en 1958 et stabilisées à 43 milliards en 1959 et 1960.
En trois ans, la « politique de rigueur » ouvrait à la France le chemin d'une croissance qui allait atteindre 5,8 % par an de 1959 à 1970, soit le taux le plus élevé des pays industrialisés, derrière le Japon !
Pourquoi ce qui a été possible il y a cinquante ans, sous la direction du général de Gaulle, ne le serait-il plus aujourd'hui alors que l'état des finances publiques exige encore plus cette « politique de rigueur » qui n'est rien d'autre qu'une politique de morale publique ?
Tout simplement parce que Nicolas Sarkozy est le représentant d'une « classe » politique dont la culture dépensière confine à l'irresponsabilité. A cet égard, la décentralisation, ouverte par la loi de 1982, a multiplié les dérives qui ont transformé peu ou prou notre pays en république bananière.
Pour en prendre la mesure, il suffit de recenser un certain nombre de subventions accordées par le conseil régional d'Ile-de-France (lire « Pour un référendum sur une vraie réforme des collectivités locales », Contribuables associés, juin 2009).
- 48 000 euros pour former les élus analphabètes issus du scrutin municipal dans le cercle de Nioro du Sahel au Mali ;
- 42 000 euros pour former les élus analphabètes de la région de Kayes au Mali ;
- 65 000 euros pour que soit présenté dans les quartiers de Santiago un spectacle proposant « un voyage dans l'historique du mouvement hip-hop, de ses repères, de sa gestuelle, depuis les années 70 aux Etats-Unis » ;
- 400 000 euros pour le musée Salvador-Allende à Santiago du Chili (alors que le gouvernement chilien ne mettait lui-même que 150 000 euros pour la réhabilitation de ce musée) ;
- 100 000 euros pour développer une « communication à taille humaine » valorisant la solidarité dans l'économie ;
- 32 900 euros pour un programme de recherche sur les dangers liés à l'expansion des populations de tortues à tempes rouges en Ile-de-France ;
- 25 000 euros pour un programme d'étude des mécanismes du déclin du moineau domestique ;
- 20 000 euros pour un programme d'étude sur les écrevisses pour une fédération de pêche ;
- 11 000 euros pour la pratique du football dans les écoles de la province de Gauteng, en Afrique du Sud.
Dans un livre qui mérite d'être sans cesse relu, « Associations lucratives sans but », il écrivait au président de la République élu en 1995 :
Cette leçon de morale n'a pas été entendue. Pour le seul premier trimestre 2009, la dette de l'Etat s'est accrue de 86,5 milliards d'euros, 1 milliard d'euros par jour !« Pour pouvoir redistribuer le fardeau financier d'hier et de demain selon la justice, le mérite, le statut et l'âge, vous allez devoir commencer par imposer le changement à la classe publique elle-même. C'est une question de crédibilité. Si vous échouez dans ce domaine, comment pourrions-nous vous croire capable de changements nous concernant ? Défiscalisez les dons, voici la carotte, instaurez l'interdit politique, voici le bâton. »
En 2008, les recettes courantes de l'Etat, 275 milliards d'euros, ne couvrent même plus les dépenses courantes (fonctionnement et salaires), qui s'élèvent à 322 milliards d'euros.
Ce n'est pas d'un emprunt pour l'« avenir » dont a besoin la France, mais d'une politique de rigueur qui s'appuie sur la morale. Nul doute que les Français sont davantage prêts à souscrire à la seconde qu'au premier
Par PPK
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| 12/07/2009 16:29
| Après
| Gouvernance et Certification
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