FONTEVRAUD 2008. Classes moyennes protégée.La .Contre réforme V
Classes moyennes protégées. La contre réforme
Classes moyennes protégées.
La contre réforme
La contre réforme
Chapitre I Silence doctrinal et mandarinal.
Chapitre II Ecole et classes moyennes protégées : Poudrière ou Grand soir ?
Chapitre I Silence doctrinal et mandarinal.
Le silence sur le concept même de classes moyennes protégées est au cœur du problème politique français. Voici le principal obstacle à la Réforme. Tous les ingrédients du débat s’y trouvent concentrés : emploi à vie, dépense publique, non représentativité générale contre hyper syndicalisation du Mamouth, étatisme et corporatisme, colonisation de la vie associative par les fonctionnaires, fraudes sociales, dérives de la formation professionnelle, féminisation du social, sur représentation médiatique de l’extrême gauche et des Verts.
Or voici que l’Ecole vient à manquer aux classes moyennes protégée « Les relations des classes moyennes à l’école sont de trois ordres : elles relèvent avant tout de l’école comme lieu de formation de classes moyennes, ensuite comme lieu de reproduction de ces mêmes classes moyennes, et enfin comme employeur central de ces classes, le système universitaire, scolaire, de recherche -et plus généralement le système d’Etat-providence qui le généralise -étant le pourvoyeur central d’emploi de ces classes moyennes. »
La question n’a jamais été abordée. La question ne sera pas posée.
«La distinction public-privé n’intéresse que les classes culturelles supérieures; seule une approche simpliste de droite conduit à estimer les personnels à statut comme une catégorie homogène ». Vaticinant et vaniteux jusqu’à l’autisme, Emmanuel Todd a tranché .
«La distinction public-privé n’intéresse que les classes culturelles supérieures; seule une approche simpliste de droite conduit à estimer les personnels à statut comme une catégorie homogène ». Vaticinant et vaniteux jusqu’à l’autisme, Emmanuel Todd a tranché .
Deux raisons historiques expliquent le silence .
La première qui est d’ordre archéo–marxiste date de la Libération . Si la Science, le Matérialisme et l’Histoire doivent se jouer dans une lutte à mort entre le capitaliste et le prolétaire, les classes moyennes n’ont pas leur place.
La seconde est le pur produit du mélange français d’Etatisme et de corporatisme tel qu’accentué depuis 1981. Traiter de classes moyennes c’est mettre sur la table le gros de l’exception française savoir que plus de la moitié de nos classes moyennes sont des fonctionnaires ou assimilés. En traiter c’est donc aborder la question de leur efficacité.
Cette analyse s’appuie sur une réalité incontournbale comme on dit maintenant : le poids relatif des fonctions publiques et assimilées dans la population active et retraitée ; en gros 25 % des actifs et un tiers des suffrages exprimés. Dans une vile comme Périgueux, la fonction publique représente 45% des actifs.
Chacun le sait, non seulement il y a beaucoup de fonctionnaires bénéficiant d’emplois à vie en France, plus que nulle part ailleurs au sein de l’OCDE, mais nous en avons accru le nombre depuis 20 ans alors que les autres pays l’ont réduit. Les agents des trois fonctions publiques Nationale, Territoriale et hospitalière soit 5,6 millions en 2006. L’explosion récente est le fait des collectivités territoriales. Il faut y ajouter les personnels des entreprises publiques soit 800.000.
Les fonctionnaires n’ont pas le monopole de l’emploi protégé. A ces effectifs d’agents à statuts, il faut ajouter ceux des actifs dont le revenu et l’emploi dépendent pour tout ou partie de la dépense publique. C’est le cas du peuple des salariés de l’Etat Providence rebaptisé « Economie Sociale et Solidaire » auxquels certaines conventions collectives assurent une protection ignorée du secteur privé :1,6 millions dans les associations, 400.000 dans les mutuelles et coopératives. C’est enfin le cas des professions de santé (900.000 dont plus de moitié sous statut privé) et les agriculteurs ( 300.000).
Chacun le comprend, dans un monde à ce point ouvert et mouvant, disposer d’un emploi protégé, à vie, constitue un privilège sans équivalent et sans précédent. Tel est le sort enviable et envié d’actifs qui représentent, autre cas unique, plus de la moitié des classes moyennes dans un pays qui par ailleurs bat les records de prélèvements obligatoires et de dépense publique. Certaines conséquences de ces particularités françaises sont pieusement occultées par exemple, quand on parle de 10 % de chômeurs, il faudrait retirer tous les fonctionnaires du calcul : Séisme à l’INSEE ?
Enfin, nous avons aussi plus de fonctionnaires retraités. Deux auteurs dont il sera question par ailleurs, Yann Algan et Pierre Cahuc, mentionnent à ce sujet cet autre record français celui du poids des retraites des fonctionnaires dans le PIB.
Ultime précaution pédagogique, lorsque l’on aborde un sujet de sociologie globale il est de bonne hygiène de rappeler nos principales grandeurs démographiques. En 2006 la France compte 64 millions d’habitants, 44 millions d’électeurs, 25,2 millions d’actifs 15 millions de jeunes dans le système éducatif et 13,5 millions de retraités. Ces grandeurs éclairent l’exacte mobilisation de manifestations à répétition qui vont se multiplier contre toute réforme affectant le statu quo des classes concernées. Elles éclairent aussi le socle électoral de la gauche .
« N'importe quel socialiste aurait fait 17 millions de voix, c'était le point bas », a lancé, Michel Roccard parlant de Ségolène le vendredi 9 mai 2008 sur RTL. Pas malin de la part d’un septuagénaire professionnel des urnes ! 17 millions ? C’est un score de second tour ! Au premier tour le point bas a été de 9,5 millions soit 26 % des suffrages. Certes Ségolène avait rassemblé en 2007 16,7 millions de voix mais au second tour de présidentielles avec 16 % d’abstentions. En revanche au second tour des municipales de 2008, la gauche n’ a réuni que 13,9 millions de voix avec 35% d’abstentions, accusant une perte de 2,8 millions par rapport à 2007. La droite, elle a perdu 5,4 millions de suffrages entre 2007 et 2008. La victoire de la droite s’était élevée à 2,2 millions de voix en 2007 ; celle de la gauche à 400.000 en 2008. Si contrairement à ce qu’on fait les observateurs professionnels il est donc impossible d’établir une comparaison entre les deux élections, le socle électoral constitué par les classes moyennes protégées est bel et bien d’un quart de l’électorat.
REFLEXE FRANÇAIS DEPUIS 1945:" Ca n’existe pas".
Depuis 1945, le concept de «classes moyennes » n’est abordé que du bout des lèvres celui de « classes moyennes protégées » nié ( cf Todd).
Pour Maurice Duverger, grand mandarin des années 50-70, le mythe des classes moyennes constituait un procédé pour lier les classes moyennes salariées aux classes moyennes capitalistes, et faire adopter par l’ensemble la défense des intérêts des seconds
Pesanteurs marxistes obligent, aux origines, ce conformisme est le fruit d’une longue histoire administrative et politique. La statistique économique française s’est construite au sortir de la guerre de 1939-1945, autour de l’impératif de reconstruction, dans un climat intellectuel dominé par les universitaires et scientifiques communistes. Notre classification des catégories sociologiques en restera durablement marquée, par une différenciation socioprofessionnelle matérialiste, les fameuses «catégories socioprofessionnelles», ou C S P, qui répartissent la population – et pas seulement la population active – selon les seuls secteurs de production.
Alors qu’aux USA ces catégories sont modifiées à chaque recensement pour tenir compte des évolutions de la société, en France il faut attendre 1982 – 37 ans! – pour qu’une nouvelle présentation soit décidée, celle des «professions et catégories sociales», qui tient compte, mais du bout des lèvres, des bouleversements de la société française. Les salariés agricoles devenus infinitésimaux rejoignent les autres salariés. Un groupe typiquement français dans son snobisme apparaît, celui des «cadres et professions intellectuelles supérieures». Les «professions intermédiaires» remplacent les «cadres moyens». Suivent ouvriers et employés. Pas un mot sur le secteur public qui pourtant fait " l'exception française".
L’Allemagne au contraire distingue, outre les indépendants, les ouvriers, les agents de la fonction publique et le reste du salariat tertiaire, sans qu’il soit question ni de cadres ni de professions intermédiaires.
Aucune des hypothèses anciennes ne fonctionne plus, qu’il s’agisse d’une France coupée entre 90% de prolétaires et 10% de capitalistes (thèse des archéo-communistes et Trotskiste), ou 80% de pauvres et 20% de riches (thèse de Todd, Chirac et Jospin), ou encore «deux Français sur trois», soit 66% de classes moyennes et 33% d’autres, riches et pauvres (thèse de VGE). Du coup, l’analyse politique poursuit son long vieillissement, faute d’accepter de correspondre à la réalité sociologique et ce d’autant plus que les enseignants et formateurs du Social veillent jalousement à rester entre eux . Problème collatéral sous-estimé, la définition des classes moyennes soulève mécaniquement la question des « exclus »
Il y a déjà plus de trente ans, R. Lenoir inventait le terme » d’exclus » et en évaluait les effectifs à «un Français sur dix», soit aujourd’hui 6 millions au minimum, puisque, à en croire sociologues et professionnels de la pauvreté, Martin Hirsch en tête, l’exclusion ne cesserait de progresser en valeur relative et absolue. Au reste le terme de pauvres a remplacé celui d’exclus. Le discours politique nouveau revient à la thèse de la paupérisation – absolue comme relative –, chez les enfants ou les femmes seules, pour affirmer l’explosion des inégalités entre très riches et très pauvres et la multiplication des exclus.
Comme il est difficile d’imaginer les «classes populaires» moins nombreuses que les «exclus», force est de leur accorder au moins le même effectif, soit 6 millions. D’ailleurs l’INSEE dénombre, pour sa part, 5,8 millions d’ouvriers (dont 11% d’étrangers) et ne craint pas de définir la classe ouvrière comme «un milieu en voie de fermeture». Quoi qu’il en soit, l’effectif global des exclus et des milieux populaires ne saurait être inférieur à 12 millions de personnes en âge d’activité, sur 44 millions d’électeurs potentiels.
Embarrassés, les sociologues actuels évaluent, comme à regret, le poids électoral de ce «mythe» entre 60% et 66% de toute société développée.
On comprend le désarroi de dirigeants politiques entourés d’aussi piêtres « experts » .
En août 1999, sans crier gare, L. Jospin annonça «La nouvelle alliance entre les exclus, les classes populaires et les classes moyennes pour la prochaine décennie». Chaque mot comptait: le terme nouvelle alliance a son fumet biblique ; prochaine décennie est une façon un peu voyante de traiter la présidentielle de 2002 en incident de parcours ; quant à la conjonction des termes" exclus" et "classes populaires", elle constitue une synthèse originale entre le vieux prêche marxiste et sa version modernisée sur l’exclusion.
Classes moyennes selon Emmanuel Todd. 1994 !
Fin 1994, E. Todd publie, pour la fondation Saint-Simon, une note qui fait grand bruit : «Les classes sociales et leur représentation ».
Non seulement il ose s’insurger contre le thème de l’homogénéité des classes moyennes, socle d’une France imaginée consensuelle, centriste par nature et prédestination, mais, prenant le contre-pied des sondages qui annonçaient Chirac perdant avec seulement 14% d’opinions favorables, il pronostique Chirac vainqueur parce que plus «à gauche» que Balladur et Delors. Pour Todd, la confusion et le malaise français viennent de ce que «les élites politiques et journalistiques ont une vision fausse de la structure sociale, et notamment l’idée qu’une société dominée par des classes moyennes apaisées ne peut aboutir qu’à un consensus. Or c’est l’éclatement qui prévaut».
Il circonscrit une «caste sociale» comprenant environ 20% de la population, issue du progrès éducatif et constituée avant tout de compétences. Ce groupe comprendrait des cadres commerciaux, des fonctionnaires de catégorie A, des professeurs, des chercheurs, des avocats, des ingénieurs, et peut-être même quelques capitalistes. À l’issue de ce calcul, la France se trouve séparée en riches, puissants et pro-européens d’un côté, et tout le reste de l’autre. C’est, à l’exclusion de la passion anti-européenne, le thème de la fracture sociale que J. Chirac va adopter pour l’élection présidentielle de 1995, première grande défaite nationale de la gauche.
« Groupe central « selon Jacques Chirac 1994
Dans son livre de campagne « La France une chance pour tous, » achevé d’imprimer en décembre 1994, soit un mois après la note de la fondation Saint-Simon, J. Chirac écrit :
«Les sociologues contemporains ont défini un groupe central, agrégé aux classes moyennes et représentant plus de 80% des Français. Ce constat fut globalement valable jusqu’à la fin des années 70: une croissance forte et des politiques économiques volontaristes avaient contribué à réduire les inégalités. Les mentalités des Français, leurs façons de vivre étaient devenues plus homogènes. La lutte des classes s’émoussait, l’égalité n’était plus un songe.
«Depuis au moins dix ans, l’ascenseur social est en panne. La société française se fracture, une lutte des classes menace de réapparaître. Une classe populaire formée d’ouvriers et d’employés, mais aussi d’artisans, de commerçants, de cadres, de chefs de petites entreprises, est de plus en plus coupée des sphères privilégiées. «Au sommet d’une pyramide sociale de plus en plus effilée, les cadres dirigeants et les milieux aisés s’isolent dans des certitudes trompeuses.
""Soyons lucides, nous sommes à la merci d’une explosion sociale qui peut intervenir sans délai. Les plus lucides pressentent la montée des périls. Déjà dans les banlieues déshéritées, règne une terreur molle. »
L’espace de quelques semaines, le Tout-Paris n’a parlé que de l’influence d’E. Todd, son «nouveau conseiller politique», sur J. Chirac. Hélas pour les commentateurs mondains, le «nouveau conseiller» sèmera le doute en manquant gravement de fidélité et de gratitude: «Jacques Chirac devient l’archétype du politicien vide. Élu grâce à la mobilisation de toutes les forces de changement – les jeunes, les ouvriers exaspérés, des patrons de PME pleins d’espoir – il est devenu l’agent inconscient d’un curieux néo-marxisme en introduisant l’expression de “fracture sociale » Avec son retournement du 26 octobre 1995, il va provoquer l’un des plus beaux mouvements sociaux de l’histoire de France. » (S i c.)
Nouveau Tiers Etat : selon Alain Cotta 1983
Cotta est l’un des rares universitaires qui s’intéresse réellement avec finesse aux classes moyennes. Il a commencé par en décrire la psychologie, en 1983, avant d’en aborder la sociologie en 1994. Hélas! il parle dans le désert. Dans les années 80, devançant Yan Algan et Pierre Cahuc (« La société de défiance ». Cf ci après) Cotta propose le concept peu marxiste de «corporations», incrustées entre bourgeoisie et prolétariat au cœur de la France abritée.
<< Ce «nouveau tiers état » se concentre dans le tertiaire, un fourre-tout associant des activités des plus hétérogènes, qui se définit surtout de façon négative: le refus de la condition de prolétaire passe par la fuite à l’égard de toute activité, création ou intendance dont les biens physiques soient l’objet. Ce « tiers état » constitue en outre un vaste sas où la bourgeoisie peut s’enfoncer sans paraître trop déchoir, et où la classe ouvrière peut s’anoblir sans trop trahir. Les situations de transition sociale difficile – le déclin chez les privilégiés, la promotion chez les défavorisés – suscitent une angoisse, source d’agressivité et de ressentiment >>.
D'où la thèse qui sous tendait " Associations lucratives sans but " ( 1995) . « Par son ambiguïté, le secteur non lucratif aidé offre donc aux intéressés des deux bords de la faille un «tranquillisant social». Ce qui ne compte pas pour peu dans le succès de la formule pseudo-associative, que l’on pourrait croire, du coup, inventée pour satisfaire aux angoisses des classes moyennes. »
Anna Harendt parle de Classes anxieuses et divisées
" C’est un caractère particulier aux classes moyennes des sociétés modernes que d’être exposées à une grande instabilité psychologique et émotionnelle. ( Dans certains cas, une régression psychologique peut concerner un nombre suffisant d’individus pour entraîner des changement inattendus ou dangereux". C’est ce que l’on appelle désormais la versatilité ou l’instabilité de l’opinion publique.
En 2008, ce trou noir de la pensée devient politiquement dangereux. Peut-on parler de réforme ou de rupture, émettre des certitudes idéologiques, proposer des politiques économiques ou sociales hardies lorsque l’on fait silence sur 66% de la population ? Tôt ou tard des observateurs devaient percevoir le risque d’un tel refus de la réalité. Aujour d’hui des voix s’élèvent pour mettre en garde les dirigeants contre deux dangers alternatifs ou complémentaires : une jacquerie générale des classes moyennes non protégées ou un éclatement favorisant la renaissance d’une extrème gauche puissante.
Chapitre II Ecole et classes moyennes protégées :
Poudrière ou Grand soir ?
La publication en octobre 2006 du livre de Louis Chauvel « Les classes moyennes à la dérive » a pu faire espérer un instant qu’un débat enfin sérieux allait s’ouvrir en raison de la personnalité de l’auteur, de la qualité de l’éditeur enfin du choix de la date,
- L’auteur est Professeur à Sciences-Po. Chercheur à l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE ) et à l’Observatoire sociologique du changement (OSC). Il est aussi membre de l’Institut universitaire de France. Spécialiste des inégalités et des dynamiques générationnelles, il est l’auteur du » Destin des générations. (PUF 1998 ). C’est un mandarin reconnu et respecté à gauche.
- L’éditeur est prestigieux. Il s’agit au Seuil de la République des Idées, collection dirigée par Pierre Rozanvallon qui publie des auteurs chics comme J.P. Fitoussi, Daniel Lindenberg, Pascal Lamy, F. Dubet, Patrick Weil, J. Peyrlevade.
- Le choix de la date de parution : octobre 2006 se passe de commentaire électoral.
On pouvait espérer qu'en pareil arroi politico intellectuel et mondain, la question des classes moyennes protégées serait abordée. Tour de force ! Il n’en est rien et le silence a enterré ce petit livre riche pourtant de provocations, omissions et contradictions. En voici quelques exemples.
P 35
« La colonisation de la société civile par les classes moyennes protégées sous pavillon associatif. »
« Une participation exceptionnelle au tissus associatif et une propention à prendre le pouvoir localement en colonisant systématiquement la société civile dans les domaines éducatifs, culturels, voir dans la décision politique par voie élective. Les aspirations des classes moyennes quoique démesurées, trouvent un épanouissement plus que proportionnel dans les réalités sociales . Catherine Bidou PUF 1984. Essai sur les nouvelles classes moyennes».
P 69. «
« Les jeunes bernés par le modèle social français des années 1980-2000 ».
« Il pourrait être désagréable aux jeunes d’apprendre qu’ils n’ont pas été seulement victimes d’un capitalisme neo libéral .. mais aussi d’un faux socialisme qui ne les a pas soutenus, qui leur fait payer des impôt indirects, et le prix d’un Etat Providence obèse qui ne leur bénéficie guère et au bout du compte leur fera supporter longtemps les dettes accumulées par leurs heureux prédécesseurs. »
P 77 .
« Solidarité familiale ou impasse civilisationnelle : La solidarité familiale et privée, menace pour la cohésion sociale ».
« La situation n’est soutenable que parce que la famille - les parents- apporte un soutien économique considérable. Mais ceux qui recoivent le plus sont des enfants de familles mieux situées L’argent va à l’argent . Malheur à celui qui n’a pas le soutien du capital de sa famille. C’est une société de mendicité familiale. Le soutien de la famille devient un moyen essentiel de survie. »
« Une famille stable protège mieux que les diplômes ce qui est source de reproduction sans contrôle institutionnel. Les relations familiales risquent de remplacer les relations du travail ce qui serait source d’inégalités aléatoires non prévisibles".
P 66- 102 Génération « 68 »et sacre des classes moyennes.
« La génération 68 et le sacre des classes moyennes « P 66 « Les orphelins de 68 » P 91 à 99. Les classes moyennes c'est aussi un modèle, savoir : » 68 » dans le champ des moeurs et 1981 dans le champ politique .
P 93 . " le style 1981 ? :" L'anti racisme, l'anti homophobie, la tolérance généralisée, l'ouverture mentale à toutes les influences nouvelles.... Un relativisme généralisé".P 102 " A l'opposé des autres pays, la France reste marqué par de classes moyennes dont le rapport au politique en comparaison avec leur rapport à l'ordre économique est une caractéristique centrale, prédominante: surtout à la mesure du mouvement de 1968 et de leur conquête politique en 1981, les classes moyennes intermédiaires ont eu relativement le dessus par rapport aux classse moyennes supérieures. Evidemment, cette configuration semble s'inverser".
P 107 « Cela fait longtemps que les classes populaires doutent des leçons de générosité, de tolérance et ouverture prodiguées par les tenants de 68."
P 93 . " le style 1981 ? :" L'anti racisme, l'anti homophobie, la tolérance généralisée, l'ouverture mentale à toutes les influences nouvelles.... Un relativisme généralisé".P 102 " A l'opposé des autres pays, la France reste marqué par de classes moyennes dont le rapport au politique en comparaison avec leur rapport à l'ordre économique est une caractéristique centrale, prédominante: surtout à la mesure du mouvement de 1968 et de leur conquête politique en 1981, les classes moyennes intermédiaires ont eu relativement le dessus par rapport aux classse moyennes supérieures. Evidemment, cette configuration semble s'inverser".
P 107 « Cela fait longtemps que les classes populaires doutent des leçons de générosité, de tolérance et ouverture prodiguées par les tenants de 68."
L'évolution a profité aux plus riches en patrimoine et aux groupes sociaux les plus en difficulté……. Aussi aux détenteurs de « capitaux culturels garantis par l‘Etat ». Quant au déclassement générationnel,, avec l’arrêt du recrutement des diverses fonctions publiques, en voici le cursus par générations : P 76 « agriculteur, instituteur, polytechnicien, énarque, schyzophrène. Les fonctionnaires en place ne pouvant promettre à leurs fils un avenir de fonctionnaires s’en prennent à l‘ultra libéralisme, à la mondialisation et l’Europe.
Le secteur public s’est fortement retourné contre l’Europe +15 %. P 61.
La lustrine succède à Méline.!
<< Les classes moyennes intermédiaires du « public », portées par la tendance précédente ….. celles qui disposent d’un capital culturel réel sans être exceptionnel, sont les plus touchées par ….la raréfaction des places la démonétisation des titres scolaires et universitaires , le déclassement des enfants… Les alliés de la révolution des classes moyennes fondée sur l’ensemble individualisme radical, et égalitarisme absolu se raréfient . Les classes supérieures ont (quant à elles) un intérêt objectif à reprendre un peu du terrain économique et politique perdu à la fin des années 60.
« Il en découle une profonde crise de certaines fractions des classes moyennes, en particulier des « nouvelles classes moyennes intermédiaires », typiquement les instituteurs et les travailleurs sociaux ou ceux de la santé, qui pourraient aujourd’hui subir les contrecoups de leur développement extraordinaire depuis la fin des Trente glorieuses.>>
Dans le cas français, c’est l’institution centrale porteuse d’une idée de progrès fondé sur la méritocratie, l’Ecole, qui pourrait en subir les conséquences. Et notamment une déconsidération de sa propension à la grève pemanente » .
CONCLUSION. « Face au danger Que faire ? »
Comment faire pour sauver les classes moyennes de la dérive ? : redéfinir la place du travail et restaurer le savoir en réformant l’enseignement supérieur. » ‘(Sic)
Perspectives !
Que le travail de Chauvel ait été à ce point occulté confirme la pertinence de l’approche par les classes moyennes protégées telle que retenue depuis 1980. Au reste la crise des finances publiques comme l'effondrement du système éducatif et universitaire va rendre le silence et le statu quo insoutenables. Gageons que le quinquennat 2007-2012 verra s'ouvrir le débat sur les classes moyennes protégées qui sont les plus menacées par toute réforme si peu importante soit-elle du modèle social et public français.
Si cette analyse est fondée, la France pourrait connaître d’ici 2012 un temps de confllits, de jacqueries et peut être de violences. On n’endigue pas une vague de fonds avec de beaux discours.
Si cette analyse est fondée, la France pourrait connaître d’ici 2012 un temps de confllits, de jacqueries et peut être de violences. On n’endigue pas une vague de fonds avec de beaux discours.
D'ailleurs plusieurs propos récents inattendus repris ci-après témoignent d’un désordre voir d’un chaos intellectuels prometteurs d’orages sociaux.
Ecole et emploi public.
Dans un article publié après la parution de son livre sous le titre Une crise multidimensionnelle des « nouvelles classes moyennes » . Louis Chauvel lève enfin le voile.
<< L’expression même de « nouvelles classes moyennes » est maintenant singulièrement datée, parce que le modèle de modernisation qui était encore celui des années 1970 s’est éloigné et fait place à un nouveau modèle où le rôle de l’école comme agence ou institution de reproduction, de sélection et de répartition de la population a changé. La dynamique des sous-groupes sociaux constitutifs des « classes moyennes » met en évidence une crise profonde de recrutement, en particulier des fractions les plus liées à l’Etat."
« En réalité, les relations des classes moyennes à l’école sont au moins de trois ordres : elles relèvent avant tout de l’école comme lieu de formation de classes moyennes, ensuite comme lieu de reproduction de ces mêmes classes moyennes, et enfin comme employeur central de ces classes, le système universitaire, scolaire, de recherche —et plus généralement le système d’Etat-providence qui le généralise — étant le pourvoyeur central d’emploi de ces classes moyennes ».
Chacune de ces dimensions connait une crise profonde.
L’inversion de la dynamique ancienne produit un profond pessimisme scolaire parallèle à un malaise des classes moyennes qui jusqu’à présent voyaient leur développement bénéficier de l’expansion scolaire. Maintenant que cette relation n’est plus assurée, l’école tend à jouer le rôle de bouc émissaire, chargé de la responsabilité de calamités dont la source est très vraisemblablement ailleurs. Au même moment, on assiste à un surinvestissement du haut des classes moyennes, en particulier de celles qui disposent de ressources économiques confortables au-delà d’une certaine dotation scolaire, dont les enfants parviennent à rattraper, voire à dépasser, ceux des groupes sociaux qui jusqu’à présent avaient le plus bénéficié de l’école comme lieu de reproduction scolaire.
Comme l’école n’est pas le seul lieu de reproduction et que l’entreprise agit aussi comme filtre socialement sélectif - en effet, les enfants de cadres bacheliers parviennent deux fois plus souvent à la catégorie cadre que les enfants d’ouvriers de même niveau scolaire -, les groupes sociaux disposant tout à la fois d’une bonne dotation scolaire mais aussi des ressources économiques et sociales, et notamment une bonne implantation dans le tissu managérial des entreprises, sont en situation d’asseoir une domination à la défaveur des groupes disposant de plus de ressources culturelles ou éducatives « .
Pierre Savidan , conseiller de ségolène, valide l’analyse
L’Observatoire des Inégalités Pierre Savidan.
« Classes moyennes » est un terme ambigu qui exige clarification. En revenant sur les deux oppositions classiques (« ancienne » versus « nouvelle » classe moyenne et « intermédiaire » versus « supérieure ») il est possible de distinguer quatre fractions spécifiques, dont le lien à l’école est bien tranché. La dynamique démographique de ces quatre fractions a été profondément modifiée au cours des trente dernières années, ainsi que leurs chances relatives d’accès à l’école.
Très concrètement, les fractions à fort capital culturel, démographiquement en perte de vitesse dans les nouvelles générations, voient se dégrader leur avantage relatif dans l’accès de leurs enfants à l’élite scolaire, en particulier face aux fractions mieux dotées économiquement.
Même s’il est difficile en l’état de trancher entre les explications possibles (relâchement du travail ou impossibilité de soutenir la concurrence économique dans l’accès aux bons établissements des beaux quartiers), c’est le statut même des groupes sociaux les plus liés à l’école qui est ici en question. » ».
Jacques Delors Novembre 2006 Président du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale vient confirmer de toute son autorité la thèse de Chauvel mais sans le dire. Outre que Jacques Delors fait figure de « gardien moral » du PS et de caution européenne de la gauche, sa fille Martine Aubry laissera à l’Histoire le dossier surréaliste des 35 heures et le souvenir de protectrice inconditionnelle d’une ANPE séparée de l’UNEDIC .
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" Le plus grand privilège source des pires inégalités, c'est l'emploi à vie. La seconde source d'inégalités, c'est le système éducatif notamment supérieur" voici à mots couverts le discours de J. Delors
« L'emploi instable est l'une des principales causes de la croissance des inégalités de revenus en France », Chargé par Dominique de Villepin de lui remettre son rapport sur « la France en transition 1993-2005 » pour préparer la conférence sur les revenus, le président du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc) a lancé à sa manière une charge contre la précarité. « Le problème de l'instabilité de l'emploi creuse de fait les inégalités de revenus beaucoup plus que les taux de rémunération »
Ce faisant, l'ancien président de la Commission européenne renforce l'analyse des syndicats. La CGT a d'ailleurs salué le contenu d'un rapport ayant « le mérite de poser la question de l'accès de tous à un véritable travail et à une rémunération suffisante ». C'est un fait, plus le chômage baisse, plus les syndicats dénoncent l'accroissement de la précarité. Avec un argument à la clé : le nombre de RMistes n'a jamais tant augmenté depuis que le nombre de chômeurs se réduit. Corollaire : c'est de ce transfert des revenus de l'assurance-chômage vers des revenus d'assistance que proviendrait le sentiment diffus des Français de subir une perte de pouvoir d'achat et ce, en contradiction avec les chiffres officiels de l'Insee. L'institut statistique assure en effet que, depuis 1993, le revenu disponible des ménages a progressé au taux annuel moyen de 2,2 %.
Alors « d'où vient le sentiment des ménages que leur situation financière s'est sensiblement dégradée ? D'où vient la polémique sur ce sujet qui s'est développée ces derniers temps ? », s'interroge le Cerc dans son rapport. (Aujour d ‘hui on parlerait de pouvoir d’achat) . Réponse : De la précarité de l'emploi. « La fin du contrat de travail avec une entreprise peut avoir des conséquences importantes sur le revenu s'il y a passage plus ou moins long par le chômage ; elle en a aussi dans d'autres domaines, notamment du fait de l'arrêt de la protection sociale complémentaire d'entreprise en matière de santé ou concernant l'accès au logement ou au crédit »,.
Le Cerc ajoute d'autres propositions. Notamment celle d'« ouvrir un chantier d'intérêt national [...] pour les 190 000 jeunes qui sortent tous les ans de l'école ou de l'université sans diplôme et qui se retrouvent sans moyens pour se défendre sur le marché du travail ».. Une critique en creux du système éducatif français, et plus précisément du supérieur puisque, comme le rappelle le rapport, s'il était encore possible il y a quinze ans de sortir de l'université sans diplôme et de trouver facilement du travail, « ce n'est plus le cas aujourd'hui ». « Après un échec dans les deux premières années d'université, les étudiants sont même désavantagés par rapport à ceux qui entrent dans la vie active avec seulement le baccalauréat », souligne le rapport.
Présenté comme un simple état des lieux, le rapport du Cerc va en fait bien au-delà. En abordant le thème du pouvoir d'achat par la précarité de l'emploi, en dénonçant implicitement le fonctionnement du système éducatif, en relevant par ailleurs les inégalités territoriales, le Cerc met le doigt sur des enjeux qui se retrouveront au coeur de la campagne présidentielle.>> Figaro 18 novembre 2006
GRAND SOIR
Un boulevard pour l’extrême gauche ?
Le Monde Diplomatique. ACCARDO 2002
" Contester le système tout en l'utilisant"
" Contester le système tout en l'utilisant"
« Les classes moyennes, en effet, quelle que soit leur position dans l’ espace social, doivent constamment se définir par leur double rapport à ceux du dessus et à ceux du dessous. Dominants-dominés et dominés-dominants, ils ne cessent de proclamer, telle la chauve-souris de la fable : « Je suis oiseau, voyez mes ailes ; je suis souris, vivent les rats ! » D’où le caractère fondamentalement équivoque, ambivalent, comme dirait la psychanalyse, de leurs rapports avec la bourgeoisie, d’une part, et avec les classes populaires, d’autre part. Dans les deux cas, on peut observer un rapport contrasté d’attraction/répulsion qui se manifeste dans des stratégies compliquées d’alliance ou d’opposition avec le « bourge » et avec le « prole ».
C’est ainsi que les membres des classes moyennes, souvent issus des classes populaires, ou redoutant d’y plonger, sont tiraillés entre l’inclination à une rupture distinctive irréversible avec la masse indistincte et la tendance à la solidarité et à la compassion envers les petites gens, parfois si proches.
La composition de ces deux tendances spontanées engendre nombre de pratiques de condescendance qui consistent à se pencher avec bienveillance sur le sort des « gens du peuple » pour les instruire, les animer, les insérer, les soigner, les conseiller, s’en faire les porte-parole, en particulier au plan politique, et utiliser à son profit le crédit de l’alliance avec les plus dominés dans la compétition avec les plus dominants.
Dissension ou dissidence ?
Toutefois, il serait impossible aux dominants d’instaurer leur hégémonie sans la collaboration complaisante et diversement intéressée des différentes fractions des classes moyennes, et singulièrement des corporations assurant des fonctions d’encadrement, de direction, de formation et information, etc., obligées de servir pour se servir.
Il faut insister sur cet aspect des choses, et particulièrement sur le fait que, en accomplissant ce travail de maintien de l’ordre symbolique indispensable au règne des puissants, les cadres et autres auxiliaires de la domination parviennent à se convaincre qu’ils défendent vraiment des valeurs universelles de liberté, de justice et d’humanité. Ils n’ont pas ˇ sauf cas particulier de cynisme ˇ le sentiment, ni a fortiori la volonté, de servir un système d’exploitation, d’oppression et de corruption puisque à leurs yeux ce système, pour autant qu’il fasse l’objet d’une réflexion explicite, est globalement bénéfique, conformément au credo du catéchisme néolibéral dont ils sont imprégnés.
Quoi qu’il en soit, la plupart se contentent de penser leurs expériences en particulier et le monde en général au moindre coût intellectuel et affectif au moyen d’une panoplie idéologique de mythes et de lieux communs sans cesse revivifiés et réactualisés par des médias assez représentatifs, dans l’ensemble, de l’ahurissant bricolage intellectuel, à la fois hétéroclite et paresseux, qui caractérise la culture des classes moyennes et qui fait d’elles les comparses et les victimes de toutes les impostures.
" La culture des classes moyennes, dont la presse, quotidienne et magazine, se repaît tout en la thématisant, fournit une espèce de prêt-à-penser témoignant en fait de la démission d’une pensée qui prend acte de ce que le monde est devenu, comme si l’histoire avait atteint son stade terminal et qu’il n’y avait plus rien d’autre à faire qu’à aménager et gérer l’existant, ici et maintenant, le plus esthétiquement possible. La vacuité théorique et l’indigence philosophique de la vision médiatique de l’histoire n’ont d’égal que celles de la vision de l’établissement politique en général."
Conclusion prospective.
Louis Chauvel : « Les classes moyennes représentent un contre pouvoir politique considérable dont la puissance de mobilisation reste impressionnante même au sein des nouvelles générations, l’histoire française de derniers mois de 2005-2006 l’a prouvé . Les classes moyennes feront donc dans les années à venir l’objet de plus grandes attentions des politiques ».
Quelles qu’en soient les modalités, les classes moyennes protégées vont engager une mobilisation politique sans précédent dont le premier objectif sera d’interdire toute réforme du systême éducatif et toute diminution du recrutement public. Le système éducatif a perdu le soutien moral de sa principale clientèle ; la dépense publique a perdu le respect religieux des français. Tout va se jouer sur l’évaluation.
Par PPK
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| 12/05/2008 12:17
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| Ass. familiales protestantes
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