" Evangéliques" un regard "réformé "..... perspicace ! ?
Rencontres hors institutions.
Christianisme: Pierre-Patrick Kaltenbach, Un regard protestant perspicace sur les réalités françaises (Documents Expériences)
date: 2006-03-09 | rapporteur d'info: VOX DEI
Chrétiens en politique
Relations avec les médias
Actualités des églises
Pierre-Patrick Kaltenbach est une figure bien connue du protestantisme, personnalité de premier plan intervenant dans de nombreuses instances du pays comme dans les médias. Enarque, Conseiller-Maître honoraire à la Cour des Comptes, anˇcien président de l'Institut National des Etudes démographiques et de Fonds d'action sociale, actuel président des Associations Famiˇliales Protestantes, et membre du Conseil National consultatif des Droits de l'Homme, sa longue expérience, la diversité de ses resˇponsabilités et sphères d'intervention, ses connaissances multiples, font de lui un observateur et un analyste de la société française au regard particulièrement perspicace et autorisé. C'est avec les plus grandes disponibilité et gentillesse qu'il nous a accueillis à son domicile parisien pour de longs échanges et un riche entretien, dont nous publions ci-dessous l'essentiel.
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Comment analyseriez-vous, à grands traits, l'évolution générale de la société française au cours des dernières décennies ?
<< Comme Shakespeare le fait dire à Hamlet, « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume... » depuis le début des années 80, mais sans en accuser un bord politique plus qu'un autre. C'est une génération entière qui est en cause : celle qui, arrivée aux affaires à cette époque-là, s'est paradoxalement baptisée «Génération Morale».
Il faut prendre en compte ce qui la distingue des autres : celle qui a subi l'invasion allemande de 1940, celle de la «Grande boucherie» de 14-18, celle de l'Affaire Dreyfus et des lois de 1901 et 1905...
De la guerre elle n'a rien connu, même pas celle d'Algérie. De la reˇconstruction, elle a connu le confort mais pas l'effort. Surtout, ses classes d'âge de 800 000 enfants ont remplacé sans transition celles de 600 000 et son poids relatif s'en est trouvé accru d'autant, notamment dans le champ médiatique.
Trente ans après son avènement, ce qui la caractérise, c'est une exigence cumulée et contradictoire de libertés et de sécurités, de garanties et d'autonomie, d'individualisation des choix et de collectivisation de leurs conséquences. Cette contradiction ne compte pas pour peu dans le relativisme moral, social et politique actuel qui justifie le refus de juger - car « tout se vaut » - le refus de nommer, de définir - car « définir, c'est stigmatiser, culpabiliser, exclure » - le refus de chiffrer et compter -car « compter, c'est mettre en examen une légitimité et le bien-fondé d'une action, son efficacité au regard de son coût, comme la représentativité de ceux qui la demandent, en décident et en profitent. » Surtout, le fait de chiffrer permet de demander des comptes c'est-à-dire de rendre responsable. Ce double discours «moral» de libérations et d'égalité produit les deux nouveautés de la période : «Le Droit à » et l'irresponsabilité.Ceci aide à comprendre comment et pourquoi le système éducatif, scolaire et surtout universitaire actuel, lâche sur le « marché de la vie » des êtres jeunes, intellectuellemen inaptest et moralement désamés.
Tout cela ne pouvait que mener vers l'incivisme, l'effondrement de la démocratie, notamment financière, le déficit et la dette, le désespoir de nombreux jeunes.
Le dévoiement des Institutions mettant fin à la séparation des pouvoirs et des intérêts a permis au «Mal français» de s'aggraver en deux décennies. Au point que le rapport Camdessus évoque le risque de décrochage irrattrapable.
Il y a longtemps que notre pays n'avait connu une situation aussi navrante. C’est de fracture morale et politique qu'il faut parler et non de déclin. Des historiens pourraient en parler mieux que moi, mais je pense que la crise des années 30, ou celle qui a précédé la fin de l'Ancien Régime, comme le temps des Valois étaient un peu similaires dans l'effondrement de la morale politique, et l'affaissement des «élites». Un mois avant la révolution de 1848, Tocqueville écrivait : « Le plus sûr moyen pour des hommes de perdre le pouvoir, c'est de se montrer indignes de l'exercer. Quant à François I°, exaspéré et indigné par le conservatisme buté des universitaires de l’époque ( La Sorbonne !) il a crée le Collège de France pour permettre à des non mandarins et à des étrangers d’enseigner : c’était en 1536 !!, 470 ans !
Que pensez-vous de la laïcité à la française ?
Je considère que notre pays, outre sa culture, a contribué à l'universel en deux domaines : l'idée de nation, et l'idée de laïcité, même s'il ne les a pas appliquées de façon satisfaisante, surtout en matière de laïcité.
S'agissant de l'idée de nation, après la défaite de 1870 Renan écrit : « La nation est un plébiscite de tous les instants »...
La France est un pays où non seulement, comme l'a écrit Emmanuel Lévinas : « L'attachement aux formes culturelles semble équivaloir l'attachement à la terre », mais un pays dont les plus hautes valeurs éthiques ou spirituelles sont proposées à l'adhésion consciente de ses membres au lieu d'être enracinées dans leur inconscient collectif. Je crois que c'est même le mérite de la France que d'avoir proposé au monde une théorie élective de la nation, et non une théorie ethnique ou organique.
Et je crois que les fanatiques de l'identité culturelle ne procèdent pas autrement que des racistes, même si le déterminisme dans lequel ils enferment les individus n'est plus génétique, mais plutôt historique et traditionnel.( Ces deux paragraphes sont extraits de la communication que nous fit Alain Finkielkraut devant la Commission Marceau Long sur la Nationalité en 1986.)
Etre français, c'est donc vouloir l'être, c'est l'alliance contre l'appartenance. C'est l'un des problèmes des populations jeunes issues de l'immigration.
La laïcité ? Aux origines, et deux siècles durant, est ce flot de haines religieuses, de feu, de fer et de sang, né de la St Barthélemy en 1572 poursuivi après la Révocation de l'Edit de Nantes en 1685 et des Cévennes en Vendée, en 1790 avec la Constitution civile du clergé.
Les meilleurs des Français, et d'abord des catholiques sincères, ont réalisé qu'on ne pouvait pas imposer l'amour et la liberté à coups de sabre au nom du Christ. Et il a fallu deux siècles pour que l'idée perce l'épaisse carapace culturelle d'un peuple qui avait affirmé : « Un roi, une Foi, une Langue... ».Entre temps les massacres de Septembre comme la tuerie en Vendée ne furent pas dépourvus de tous liens avec la Saint Barthelemy.Il faut lire à ce sujet les travaux américains – donc neutres- sur les origines religieuses de la Révolution .
« Plus jamais cela ! Coupons le lien entre la religion catholique et l'Etat » C'est le sens de la loi de 1905. C'est le modèle américain de 1791 mais avec la hargne en prime. Surtout, il aurait fallu aller plus loin. Ne pas faire de ce progrès une arme de division, ne pas le cantonner à la seule question religieuse, mais au contraire imposer ce principe de séˇparation à tous les pouvoirs comme à quiconque se prévaut d'une quelconque transcendance pour en tirer des avantages sans contrôle. Tel est le modèle de laïcité politique des pays protestants. Nous en sommes restés à la laïcité religieuse et nos laïcards sont souvent plus cléricaux et sectaires que nos curés.
Le problème n’est-il pas, en France, que beaucoup ont de cette laïcité une conception «laïciste» ?
Sans doute, et en tout cas hargneuse, sectaire, quasi cléricale ! Et cela vient d'une vision hexagonale sommaire, inculte. Comment le reprocher aux Français quand on considère en ce domaine le niveau de réflexion de ce que l'on nomme un peu vite leurs élites, et ce qu'on leur enseigne à l'école ou qu'on leur dit à la télévision sur la religion !Ce climat explique pour partie le succés en librairie d’un Onfray
Voyez ce que l'on entend jusque dans nos églises, par exemeple, sur le thème de la «fraternité d'Abraham», sur l'air de «Nous sommes tous du Peuple du Livre»...
C'est une falsification dont les musulmans eux-mêmes ne veulent pas entendre parler : pour eux, le Coran n'est pas la Bible. Jacques Ellul l'a dit et redit.
Mais ceci étant, le discours réclamant que la foi soit cantonnée à la «sphère privée» est inepte. Qui pourrait empêcher la Bible de sortir des maisons, d'aller dans les rues, les marchés et les prisons ?
En revanche, nous devons repousser la tentation diabolique d'organiser le quartier ou la société, de contrôler la vie d'autrui, ou d'accepter que des religieux se mêlent de pouvoir, y compris en église. »
Les évangéliques (souvent appelés «évangélistes»...!) ont été récemment très attaqués, et le sont encore. Que pensez-vous de cette «campagne», notamment menée dans les médias? Où mène-t-elle, sur quoi peut-elle déboucher ?
Je viens de consacrer à cette campagne surréaliste un pamphlet intitulé : « La secte Bush à l'assaut de la seconde religion de France ». Les deux préjugés qu'évoque ce titre sont aussi ineptes l'un que l'autre, mais ils sont véhiculés par tous les médias !
Je partage sur ce point l'avis de Régis Debray : nous avons en France un énorme problème de médias, une «emprise», une concentration entre quelques mains et un conformisme extraordinaire, surtout à la TV. Dans les médias français, la parole libre et la controverse se font rares. La plus grande réforme en France, la plus urgente aussi serait d'inventer un contre-pouvoir aux médias. De ce point de vue le WEB est mieux qu'une promesse.
Face aux attaques médiatiques, les évangéliques ne doivent surtout pas tenter de répliquer sur un mode médiatique classique. C'est voué à l'échec. Il leur faut poursuivre leur route, forts de leur foi et de leur liˇberté, sans essayer de faire en sorte que les médias disent du bien d'eux. Puisse au contraire la Providence les vacciner contre l'obsession de visibilité, cette maladie de sépulcres blanchis, institutions vides.
Qu'ils communiquent eux-mêmes. Et surtout que leurs actions parlent. L'église n'a pas d'autre chemin pour retrouver une visibilité dévaluée par trop de concessions aux techniques de «com».
Sans sous-estimer les médiocres petitesses de certains sous-chefs de bureaux laïcards en matière d'agréments ou de subventions, il n'y a pas aujourd'hui de persécution. Ne prenons point la pose victimaire chère à ceux qui courent subvention, télévision et élection. Ou alors, demandons que la Saint-Barthélemy soit reconnue crime contre l'humanité !
En revanche, le phénomène «évangélique» comme celui de l'islam, en tant qu'événement nouveau dans l'histoire de notre pays, modifie son paysage religieux et suscite une incompréhension qu'il faut lever, par un débat public, ferme et fort, informé, raisonnable, cultivé, statistiquement fondé, avec une claire connaissance des effectifs humains et des grandeurs financières concernés.
L'on ne peut continuer à traiter des sujets aussi importants dans le désordre intellectuel qui prévaut depuis vingt ans. Médire des «évangéliques» est devenu une mode médiatique ; on se jette dessus pour se faire plaisir, avec tous les amalgames possiˇbles : La «secte Bush», l'impériaˇlisme américain, le sionisme, l'ultralibéralisme. Imbécillité de la part de ceux qui se prêtent à ce jeu ! Conformisme faussement passionné ! Rabâchage sans sources ni preuves véritables...». Nous allons donc engager nous même le travail de définition et de dénombrement, au sein des AFP, évangéliques et réformés ensemble en commençant par en bas.
Quel regard portez-nous sur le monde évangélique ?
Dans un «Monde désenchanté» (selon Marcel Gauchet), dans une France déchristianisée en mal de religion civile (selon Régis Debray et Jacques Julliard), ils risquent fort de créer la surprise. C’est l’opinion d’un Sébastien Fath et d’un Odon Vallet. En toute hypothèse, ils sont d'ores et déjà le réveil et l'avenir d'un mouvement associatif et familial dans les milieux issus de la Réforme. Au-delà du monde de la Réforme, ils vont sans doute peser lourd localement en termes de militantisme citoyen et social. Les élus locaux seront les premiers à s'en rendre compte si ce n'est déjà le cas. Et que personne ne parle de complot! Ils sont ingouvernables... Comme disait Burke, célèbre conservateur admonestant la Droite Anglaise fin XVIII° à propos des dissidents partis fonder l'Amérique en 1620 : Vous n’en viendrez jamais à bout !!ils sont les protestants du protestantisme !. »
Même s'il est difficile à appréhender de l'extérieur en raison de sa diversité, et de son développement récent et foisonnant (ils disent eux-mêmes que le décrire revient à manger son potage avec une fourchette), je pense qu'il est - à 20% près de ses effectifs - le pur héritier de la Réforme dont il incarne aujourd'hui le Réveil, tout comme en 1920 et 1830. Ceci se produit à chaque effondrement des églises officielles.
Je connaissais mal les évangéliques il y a seulement un an. La première Association Familiale Protestante évangélique date de 1997. Le véritable développement restera daté de 2004-2005. Et je reconnais qu'il est malaisé de comprendre qui est qui dans la diversité de leurs sensibilités et de leurs églises !
Entre les évangéliques déjà anciens en France, l'explosion des nouveaux depuis les années 70, les nouvelles églises ethniques (antillaises, asiatiques, etc.), la tradition du protestantisme européen et français, les pentecôtistes, les darbystes, les baptistes, les mennonites, les adventistes, la mission tzigane... le Français moyen, qui a perdu la foi mais qui est resté d'esprit catholique, s'y perd complètement.
Ce Français ne conçoit pas qu'il puisse exister quelque chose de bon en dehors du monopole : l'enseignant ne voit que par l'école unique ; le transport public ? monopole ; E.D.F ? monopole. C'est la traduction, dans l'organisation de la société d'une conviction française qu'il n'y a point de salut hors de Rome, hors de l'unité institutionnelle. C'est structurel et culturel. Son réflexe est de rejeter tout ce qui n'est pas monopolistique, surtout quand il a perdu toute culture, toute référence historique, toute connaissance des autres pays.
Il est donc difficile d'expliquer en France que la tradition du protestantisme est la diversité, le désordre apparent, que foisonnement et désordre sont dans l'essence et la logique de la Réforme qui vit de « réveils » successifs dans un climat d'internationalisme. Il y a beaucoup plus de protestants francophones hors de France qu’au sein de l’hexagone !
Ceci dit, il faut expliquer, mettre en place les dialogues, organiser les procédures qui permettront de savoir «qui est qui» et «qui fait quoi». Plus encore, il faut «pratiquer» localement, car on ne juge jamais l'arbre qu'à ses fruits.
Dans deux domaines tabous qui font actuellement problème, la Famille et la dépense publique au travers de l'Association subventionnée, les «évangéliques» semblent porteurs de valeurs et de forces qui répondent à de graves souffrances et contradictions de la société. Enfance, adolescence, éducation, décompositions familiales, solitudes, dépendance, effondrement de l'Etat Providence, corruption de l'idéal associatif, conformisme médiatique, etc.
Si cette prévision se révèle juste, les évangéliques, avec leurs priorités et leur démarche spécifiques , parce qu'ils répondront à une demande forte, vont rencontrer la société de demain, celle des nouvelles générations...
S. Fath ne croyait pas si bien dire en annonçant que les évangéliques vont peser sur les débats de société (le Monde du 23 décembre 2005).
Quelle évolution vous semble souhaitable dans la mentalité du peuple français et de ses gouvernants ? Et quelle prise de conscience serait nécessaire dans les médias, au sein du peuple, parmi les gouvernants ?Il faut prendre en compte ce qui la distingue des autres : celle qui a subi l'invasion allemande de 1940, celle de la «Grande boucherie» de 14-18, celle de l'Affaire Dreyfus et des lois de 1901 et 1905...
De la guerre elle n'a rien connu, même pas celle d'Algérie. De la reˇconstruction, elle a connu le confort mais pas l'effort. Surtout, ses classes d'âge de 800 000 enfants ont remplacé sans transition celles de 600 000 et son poids relatif s'en est trouvé accru d'autant, notamment dans le champ médiatique.
Trente ans après son avènement, ce qui la caractérise, c'est une exigence cumulée et contradictoire de libertés et de sécurités, de garanties et d'autonomie, d'individualisation des choix et de collectivisation de leurs conséquences. Cette contradiction ne compte pas pour peu dans le relativisme moral, social et politique actuel qui justifie le refus de juger - car « tout se vaut » - le refus de nommer, de définir - car « définir, c'est stigmatiser, culpabiliser, exclure » - le refus de chiffrer et compter -car « compter, c'est mettre en examen une légitimité et le bien-fondé d'une action, son efficacité au regard de son coût, comme la représentativité de ceux qui la demandent, en décident et en profitent. » Surtout, le fait de chiffrer permet de demander des comptes c'est-à-dire de rendre responsable. Ce double discours «moral» de libérations et d'égalité produit les deux nouveautés de la période : «Le Droit à » et l'irresponsabilité.Ceci aide à comprendre comment et pourquoi le système éducatif, scolaire et surtout universitaire actuel, lâche sur le « marché de la vie » des êtres jeunes, intellectuellemen inaptest et moralement désamés.
Tout cela ne pouvait que mener vers l'incivisme, l'effondrement de la démocratie, notamment financière, le déficit et la dette, le désespoir de nombreux jeunes.
Le dévoiement des Institutions mettant fin à la séparation des pouvoirs et des intérêts a permis au «Mal français» de s'aggraver en deux décennies. Au point que le rapport Camdessus évoque le risque de décrochage irrattrapable.
Il y a longtemps que notre pays n'avait connu une situation aussi navrante. C’est de fracture morale et politique qu'il faut parler et non de déclin. Des historiens pourraient en parler mieux que moi, mais je pense que la crise des années 30, ou celle qui a précédé la fin de l'Ancien Régime, comme le temps des Valois étaient un peu similaires dans l'effondrement de la morale politique, et l'affaissement des «élites». Un mois avant la révolution de 1848, Tocqueville écrivait : « Le plus sûr moyen pour des hommes de perdre le pouvoir, c'est de se montrer indignes de l'exercer. Quant à François I°, exaspéré et indigné par le conservatisme buté des universitaires de l’époque ( La Sorbonne !) il a crée le Collège de France pour permettre à des non mandarins et à des étrangers d’enseigner : c’était en 1536 !!, 470 ans !
Que pensez-vous de la laïcité à la française ?
Je considère que notre pays, outre sa culture, a contribué à l'universel en deux domaines : l'idée de nation, et l'idée de laïcité, même s'il ne les a pas appliquées de façon satisfaisante, surtout en matière de laïcité.
S'agissant de l'idée de nation, après la défaite de 1870 Renan écrit : « La nation est un plébiscite de tous les instants »...
La France est un pays où non seulement, comme l'a écrit Emmanuel Lévinas : « L'attachement aux formes culturelles semble équivaloir l'attachement à la terre », mais un pays dont les plus hautes valeurs éthiques ou spirituelles sont proposées à l'adhésion consciente de ses membres au lieu d'être enracinées dans leur inconscient collectif. Je crois que c'est même le mérite de la France que d'avoir proposé au monde une théorie élective de la nation, et non une théorie ethnique ou organique.
Et je crois que les fanatiques de l'identité culturelle ne procèdent pas autrement que des racistes, même si le déterminisme dans lequel ils enferment les individus n'est plus génétique, mais plutôt historique et traditionnel.( Ces deux paragraphes sont extraits de la communication que nous fit Alain Finkielkraut devant la Commission Marceau Long sur la Nationalité en 1986.)
Etre français, c'est donc vouloir l'être, c'est l'alliance contre l'appartenance. C'est l'un des problèmes des populations jeunes issues de l'immigration.
La laïcité ? Aux origines, et deux siècles durant, est ce flot de haines religieuses, de feu, de fer et de sang, né de la St Barthélemy en 1572 poursuivi après la Révocation de l'Edit de Nantes en 1685 et des Cévennes en Vendée, en 1790 avec la Constitution civile du clergé.
Les meilleurs des Français, et d'abord des catholiques sincères, ont réalisé qu'on ne pouvait pas imposer l'amour et la liberté à coups de sabre au nom du Christ. Et il a fallu deux siècles pour que l'idée perce l'épaisse carapace culturelle d'un peuple qui avait affirmé : « Un roi, une Foi, une Langue... ».Entre temps les massacres de Septembre comme la tuerie en Vendée ne furent pas dépourvus de tous liens avec la Saint Barthelemy.Il faut lire à ce sujet les travaux américains – donc neutres- sur les origines religieuses de la Révolution .
« Plus jamais cela ! Coupons le lien entre la religion catholique et l'Etat » C'est le sens de la loi de 1905. C'est le modèle américain de 1791 mais avec la hargne en prime. Surtout, il aurait fallu aller plus loin. Ne pas faire de ce progrès une arme de division, ne pas le cantonner à la seule question religieuse, mais au contraire imposer ce principe de séˇparation à tous les pouvoirs comme à quiconque se prévaut d'une quelconque transcendance pour en tirer des avantages sans contrôle. Tel est le modèle de laïcité politique des pays protestants. Nous en sommes restés à la laïcité religieuse et nos laïcards sont souvent plus cléricaux et sectaires que nos curés.
Le problème n’est-il pas, en France, que beaucoup ont de cette laïcité une conception «laïciste» ?
Sans doute, et en tout cas hargneuse, sectaire, quasi cléricale ! Et cela vient d'une vision hexagonale sommaire, inculte. Comment le reprocher aux Français quand on considère en ce domaine le niveau de réflexion de ce que l'on nomme un peu vite leurs élites, et ce qu'on leur enseigne à l'école ou qu'on leur dit à la télévision sur la religion !Ce climat explique pour partie le succés en librairie d’un Onfray
Voyez ce que l'on entend jusque dans nos églises, par exemeple, sur le thème de la «fraternité d'Abraham», sur l'air de «Nous sommes tous du Peuple du Livre»...
C'est une falsification dont les musulmans eux-mêmes ne veulent pas entendre parler : pour eux, le Coran n'est pas la Bible. Jacques Ellul l'a dit et redit.
Mais ceci étant, le discours réclamant que la foi soit cantonnée à la «sphère privée» est inepte. Qui pourrait empêcher la Bible de sortir des maisons, d'aller dans les rues, les marchés et les prisons ?
En revanche, nous devons repousser la tentation diabolique d'organiser le quartier ou la société, de contrôler la vie d'autrui, ou d'accepter que des religieux se mêlent de pouvoir, y compris en église. »
Les évangéliques (souvent appelés «évangélistes»...!) ont été récemment très attaqués, et le sont encore. Que pensez-vous de cette «campagne», notamment menée dans les médias? Où mène-t-elle, sur quoi peut-elle déboucher ?
Je viens de consacrer à cette campagne surréaliste un pamphlet intitulé : « La secte Bush à l'assaut de la seconde religion de France ». Les deux préjugés qu'évoque ce titre sont aussi ineptes l'un que l'autre, mais ils sont véhiculés par tous les médias !
Je partage sur ce point l'avis de Régis Debray : nous avons en France un énorme problème de médias, une «emprise», une concentration entre quelques mains et un conformisme extraordinaire, surtout à la TV. Dans les médias français, la parole libre et la controverse se font rares. La plus grande réforme en France, la plus urgente aussi serait d'inventer un contre-pouvoir aux médias. De ce point de vue le WEB est mieux qu'une promesse.
Face aux attaques médiatiques, les évangéliques ne doivent surtout pas tenter de répliquer sur un mode médiatique classique. C'est voué à l'échec. Il leur faut poursuivre leur route, forts de leur foi et de leur liˇberté, sans essayer de faire en sorte que les médias disent du bien d'eux. Puisse au contraire la Providence les vacciner contre l'obsession de visibilité, cette maladie de sépulcres blanchis, institutions vides.
Qu'ils communiquent eux-mêmes. Et surtout que leurs actions parlent. L'église n'a pas d'autre chemin pour retrouver une visibilité dévaluée par trop de concessions aux techniques de «com».
Sans sous-estimer les médiocres petitesses de certains sous-chefs de bureaux laïcards en matière d'agréments ou de subventions, il n'y a pas aujourd'hui de persécution. Ne prenons point la pose victimaire chère à ceux qui courent subvention, télévision et élection. Ou alors, demandons que la Saint-Barthélemy soit reconnue crime contre l'humanité !
En revanche, le phénomène «évangélique» comme celui de l'islam, en tant qu'événement nouveau dans l'histoire de notre pays, modifie son paysage religieux et suscite une incompréhension qu'il faut lever, par un débat public, ferme et fort, informé, raisonnable, cultivé, statistiquement fondé, avec une claire connaissance des effectifs humains et des grandeurs financières concernés.
L'on ne peut continuer à traiter des sujets aussi importants dans le désordre intellectuel qui prévaut depuis vingt ans. Médire des «évangéliques» est devenu une mode médiatique ; on se jette dessus pour se faire plaisir, avec tous les amalgames possiˇbles : La «secte Bush», l'impériaˇlisme américain, le sionisme, l'ultralibéralisme. Imbécillité de la part de ceux qui se prêtent à ce jeu ! Conformisme faussement passionné ! Rabâchage sans sources ni preuves véritables...». Nous allons donc engager nous même le travail de définition et de dénombrement, au sein des AFP, évangéliques et réformés ensemble en commençant par en bas.
Quel regard portez-nous sur le monde évangélique ?
Dans un «Monde désenchanté» (selon Marcel Gauchet), dans une France déchristianisée en mal de religion civile (selon Régis Debray et Jacques Julliard), ils risquent fort de créer la surprise. C’est l’opinion d’un Sébastien Fath et d’un Odon Vallet. En toute hypothèse, ils sont d'ores et déjà le réveil et l'avenir d'un mouvement associatif et familial dans les milieux issus de la Réforme. Au-delà du monde de la Réforme, ils vont sans doute peser lourd localement en termes de militantisme citoyen et social. Les élus locaux seront les premiers à s'en rendre compte si ce n'est déjà le cas. Et que personne ne parle de complot! Ils sont ingouvernables... Comme disait Burke, célèbre conservateur admonestant la Droite Anglaise fin XVIII° à propos des dissidents partis fonder l'Amérique en 1620 : Vous n’en viendrez jamais à bout !!ils sont les protestants du protestantisme !. »
Même s'il est difficile à appréhender de l'extérieur en raison de sa diversité, et de son développement récent et foisonnant (ils disent eux-mêmes que le décrire revient à manger son potage avec une fourchette), je pense qu'il est - à 20% près de ses effectifs - le pur héritier de la Réforme dont il incarne aujourd'hui le Réveil, tout comme en 1920 et 1830. Ceci se produit à chaque effondrement des églises officielles.
Je connaissais mal les évangéliques il y a seulement un an. La première Association Familiale Protestante évangélique date de 1997. Le véritable développement restera daté de 2004-2005. Et je reconnais qu'il est malaisé de comprendre qui est qui dans la diversité de leurs sensibilités et de leurs églises !
Entre les évangéliques déjà anciens en France, l'explosion des nouveaux depuis les années 70, les nouvelles églises ethniques (antillaises, asiatiques, etc.), la tradition du protestantisme européen et français, les pentecôtistes, les darbystes, les baptistes, les mennonites, les adventistes, la mission tzigane... le Français moyen, qui a perdu la foi mais qui est resté d'esprit catholique, s'y perd complètement.
Ce Français ne conçoit pas qu'il puisse exister quelque chose de bon en dehors du monopole : l'enseignant ne voit que par l'école unique ; le transport public ? monopole ; E.D.F ? monopole. C'est la traduction, dans l'organisation de la société d'une conviction française qu'il n'y a point de salut hors de Rome, hors de l'unité institutionnelle. C'est structurel et culturel. Son réflexe est de rejeter tout ce qui n'est pas monopolistique, surtout quand il a perdu toute culture, toute référence historique, toute connaissance des autres pays.
Il est donc difficile d'expliquer en France que la tradition du protestantisme est la diversité, le désordre apparent, que foisonnement et désordre sont dans l'essence et la logique de la Réforme qui vit de « réveils » successifs dans un climat d'internationalisme. Il y a beaucoup plus de protestants francophones hors de France qu’au sein de l’hexagone !
Ceci dit, il faut expliquer, mettre en place les dialogues, organiser les procédures qui permettront de savoir «qui est qui» et «qui fait quoi». Plus encore, il faut «pratiquer» localement, car on ne juge jamais l'arbre qu'à ses fruits.
Dans deux domaines tabous qui font actuellement problème, la Famille et la dépense publique au travers de l'Association subventionnée, les «évangéliques» semblent porteurs de valeurs et de forces qui répondent à de graves souffrances et contradictions de la société. Enfance, adolescence, éducation, décompositions familiales, solitudes, dépendance, effondrement de l'Etat Providence, corruption de l'idéal associatif, conformisme médiatique, etc.
Si cette prévision se révèle juste, les évangéliques, avec leurs priorités et leur démarche spécifiques , parce qu'ils répondront à une demande forte, vont rencontrer la société de demain, celle des nouvelles générations...
S. Fath ne croyait pas si bien dire en annonçant que les évangéliques vont peser sur les débats de société (le Monde du 23 décembre 2005).
Je doute qu'une prise de conscience soit possible dans les médias : les Etats Généraux de 1789 ne pouvaient sortir de Versailles ni la Réforme du Vatican !...
C'est du Peuple militant, animé par des personnes qui veuillent bien «sortir de la tranchée», que peut venir le changement. Il faut que des chrétiens se saisissent de sujets déterminants parce que symboliques tels que l’homoparentalité ou la corruption associative, l'école ou les médias, autant de tabous, pour forcer la controverse, agir dans la vie de la cité, déranger les professionnels des institutions bloquées.
Surtout ne pas créer de partis politiques ni faire de la «politique» dans les églises. Il faut ville par ville, paroisse par paroisse, inventer des actes qui soient autant de grains de sable porteurs de signe au service de la gouvernance, de la transparence, de la participation, de la certification. Il ne faut pas faire «pour» les gens, à leur place... il faut les aider à «faire eux-mêmes». Soigner c'est bien ! Libérer c'est mieux !
La Réforme nous a donné une promesse de liberté et d'engagement - celle de la foi et de la grâce - qui nous rendent forts et heureux même face à cette situation sans issue apparente, qui va de séismes sociaux en séismes électoraux via l'incendie des banlieues.
Une modification de la législation vous paraît-elle nécessaire ?
Certainement pas. La meilleure façon de tuer une église, c'est de la payer à l'aveugle. Regardez le concordat «à fa française» en Alsace Moselle. De surcroît, j'estime impossible de financer le seul islam ; dans ce pays frénétiquement égalitaire, ce sera l'explosion. Résoudre les difficultés fiscales ? Oui ! Mettre le feu aux poudres ? Non ! C'est pourquoi je dis et répète que si l'on veut financer la construction de mosquées, il faut aussi financer celle de temples... Alors que je suis opposé à l'une comme à l'autre ! Mais cela ne m'a pas empêché de conclure un accord avec le député-maire de Montreuil, J.P. Brard. Aux termes de cet accord, cet élu irascible, grand pourfendeur de sectes, a décidé d'étendre au protestantisme de sa ville les aides municipales jusqu'alors réservées aux juifs et aux musulmans.En ontrepartie il a demandé aux évangéliques de se coordonner . Une coordination vient de naître à Montreuil en le 8 mars 2006, à l’initiative d’un ancien communiste qui avait demandé à me rencontrer le 16 septembre 2005 au Sénat. Je m’amuse !!
Comme quoi les voies du Seigneur sont vraiment impénétrables.
Par PPK
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| 19/03/2006 10:59
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3 commentaires
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par beyegue (213.186.57.165), le Jeudi 2 Novembre 2006, 15:46
Répondre à ce commentairejuste pour dire que je suis de cet avis que si les mosquées ont bénéficié des dons pour leurs constructions de même il faut que le monde chretien soit également soutenu pour la construction de plusieurs temples dans le monde et pas seulement en France ;Ici au Cameroun l'oeuvre évangélique est très négligée et on a toujours besoin de l'aide occidentale pour l'implantation des temples protestants et evangéliques.Personnellement je conduit un peuple mais demunis nous n'arrivons pas au Nom du Seigneur à faire l'oeuvre .Aidez-moi je vous en pris pour l'amour du Seigneur Jesus-christ.je voudrai mettre sur pied un édifice mais l'équivalent financière est estimé à au moins 20 000 $ canadien.Puisse Dieu convaincre vos coeurs à m'aider. c'est un cri de pitié et d'aide .Merci d'avance.le Revérend Pasteur Fabrice-Aimé beyegue depuis le Cameroun à Douala .bp 2691 portable +237 978 78 67.
Commentaires
1 - Lien croisépar Anonyme, le Lundi 27 Mars 2006, 08:20 Répondre à ce commentaire