"Entre petite et grande laîcité. Cessons de parler comme en 1900"
Le Figaro 2 avril 2007
"Cessons de parler comme en 1900"
PAR PIERRE-PATRICK KALTENBACH, président des Associations familiales protestantes.
Publié le 02 avril 2007
La contribution de Pierre-Patrick Kaltenbach, président des Associations familiales protestantes.
De la laïcité, cessons de parler comme en 1900 et distinguons, selon les publics : l'ensemble de nos concitoyens ; nos compatriotes issus de terres où brûle l'islam ; les femmes de ce pays ; les adversaires de la loi qui vient d'être votée contre le voile à l'école ; enfin toutes les forces réactionnaires qui, dans tous les domaines, s'opposent à la séparation des pouvoirs et des intérêts.
Aux Français sans distinction d'origine, d'idéologie ou confession, rappelons l'extrême particularité de l'exception laïque française. Cette laïcité est tellement unique au monde que personne ne la comprend aisément, et que nous-mêmes l'avions un peu perdue de vue. Issue de l'atrocité du conflit religieux qui marque notre histoire, elle mêle ce qui doit être désormais clairement séparé : la grande et la petite laïcité.
Aux Français sans distinction d'origine, d'idéologie ou confession, rappelons l'extrême particularité de l'exception laïque française. Cette laïcité est tellement unique au monde que personne ne la comprend aisément, et que nous-mêmes l'avions un peu perdue de vue. Issue de l'atrocité du conflit religieux qui marque notre histoire, elle mêle ce qui doit être désormais clairement séparé : la grande et la petite laïcité.
Dire « petite laïcité », ce n'est pas en minorer l'importance historique. Héritée des furieux débats de 1901 et 1905, cette laïcité scolaire vit la République envoyer l'armée française dans les couvents. Il s'ensuivit près d'un siècle de batailles sans merci jusqu'au grand soulèvement populaire de 1984, pour la liberté, contre le monopole scolaire. Bilan de ces luttes aux frontières de la guerre civile : de l'école publique, ironie du vocabulaire, les Français ont fait un sanctuaire que l'Europe se prend depuis peu à nous envier.
La « grande laïcité » ? C'est à Rome, Athènes et jusqu'à Jérusalem qu'il faut la chercher. C'est la laïcité fondatrice, celle qui depuis la Bible tranche au rasoir entre le temple et la loi, la politique et la religion, le pouvoir et le message, le trône et l'autel, l'Église et l'État. Ce qui la fonde, ce n'est pas « Rendez à César » mais « Je reconstruirai le Temple en trois jours ». C'est au nom du message de Moïse et du Christ que l'Europe du XVIe siècle subvertit le christianisme dans un fleuve de feu, de fer et de sang, se délectant à humilier, enfermer, condamner aux galères, égorger, brûler, bref à détruire des êtres et d'abord des juifs. Il faut attendre la fin du XVIIe siècle - la révocation de l'édit de Nantes est de 1685 - pour que les défenseurs de la liberté - et non du « libéralisme commercial » -, Bayle et Jurieux pour les Français, l'Anglais Locke, sans oublier le juif Spinoza, pourchassés dans toute l'Europe pour cause de religion, s'assemblent au refuge d'Amsterdam pour jeter les bases du socle politique le plus précieux de notre civilisation : « L'éradication de tout religieux du champ politique pour raison biblique. »
La « grande laïcité » ? C'est à Rome, Athènes et jusqu'à Jérusalem qu'il faut la chercher. C'est la laïcité fondatrice, celle qui depuis la Bible tranche au rasoir entre le temple et la loi, la politique et la religion, le pouvoir et le message, le trône et l'autel, l'Église et l'État. Ce qui la fonde, ce n'est pas « Rendez à César » mais « Je reconstruirai le Temple en trois jours ». C'est au nom du message de Moïse et du Christ que l'Europe du XVIe siècle subvertit le christianisme dans un fleuve de feu, de fer et de sang, se délectant à humilier, enfermer, condamner aux galères, égorger, brûler, bref à détruire des êtres et d'abord des juifs. Il faut attendre la fin du XVIIe siècle - la révocation de l'édit de Nantes est de 1685 - pour que les défenseurs de la liberté - et non du « libéralisme commercial » -, Bayle et Jurieux pour les Français, l'Anglais Locke, sans oublier le juif Spinoza, pourchassés dans toute l'Europe pour cause de religion, s'assemblent au refuge d'Amsterdam pour jeter les bases du socle politique le plus précieux de notre civilisation : « L'éradication de tout religieux du champ politique pour raison biblique. »
Les Américains, que nous jugeons volontiers bondieusards, « évangéliques » et hypocrites, en ont fait le socle de leurs libertés. Il est bon de relire par ces temps de pugilats de bords de Seine, la première phrase du premier amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique en date du 15 décembre 1791, moins d'un an avant les massacres parisiens de septembre 1792, préludes à la Terreur : « Le Congrès ne fera aucune loi visant à l'établissement d'une religion ou interdisant le libre exercice de la religion ; ou réduisant la liberté de parole ou d'impression ; ou le droit des gens de s'assembler pacifiquement et d'adresser au gouvernement des pétitions pour obtenir réparation de torts. »
Dans la logique de cette première séparation fondatrice, ces mêmes hommes ont conçu en politique la séparation des pouvoirs, en économie la séparation des intérêts. De cette « grande laïcité », les Français ne conçoivent même pas les conséquences : le Parlement contrôle la dépense publique, les fonctionnaires démissionnent avant de courir les urnes, les juges sont respectés et respectables. Déficit et dette publique sont sous contrôle démocratique, les fonctionnaires qui s'engagent politiquement quittent leur poste en cas d'alternance, les grandes associations caritatives font l'objet de contrôles annuels par des instances dotées de grands moyens et placées sous contrôle de l'opposition. Bref, certification, gouvernance et transparence progressent. En France, elles régressent depuis trente ans. C'est cela la grande laïcité qu'il va falloir inventer, faute pour les Français de l'avoir jamais pratiquée.
Considérons maintenant ceux de nos compatriotes qui se sentiraient agressés en tant que musulmans par la loi de 2004 contre le voile. C'est un contresens total.
L'objet et le résultat de cette loi sont de leur garantir sur notre sol les avantages d'une liberté individuelle et d'une paix civile dont trop de terres d'islam sont encore privées. C'est à double titre que la France peut être dite « une chance pour l'islam ». Tout d'abord parce qu'en France, les multiples mouvances, obédiences, écoles et nations d'islam seront obligées de compromettre entre elles au meilleur d'un terme qui ne veut pas dire céder mais « s'entendre ». En France aucun islam ne pourra s'imposer à son voisin musulman d'Hexagone : le sunnite pas plus que le chiite, le malékite ou le wahhabite pas plus que l'hanéfite, le Marocain et l'Algérien, le Turc et l'Arabe, l'Arabe et Persan. Mais surtout, minoritaire en France, l'islam français que nous souhaitons réconcilié en son sein, devra « compromettre » avec la République. C'est la loi de la majorité. C'est la loi de la démocratie. C'est notre modèle de liberté et de justice. Qui ose encore la dire : « accommodable » ? Négociable ? Qui veut négocier ? Pourquoi ?
En cela, et en cela seulement, du seul fait de ces deux contraintes, l'islam de France sera « réformé » ou ne sera pas. Enfin, chacun entend ici ou là les adversaires de la loi brandir la pudeur, la liberté, la culture propre, les convictions, la foi de jeunes collégiennes et lycéennes. C'est se montrer bien aveugles sur la corrélation absolue qui existe depuis que le monde est monde entre le statut de la femme et la grande laïcité au sens biblique du terme.
Transposons la formule de Thommy Fallot, pasteur favorable à la séparation : « Dieu seul est laïc, malheureusement l'homme a des maladies religieuses, cléricalement transmissibles par voie masculine chez les peuples abusivement dits du Livre, francs-maçons, anticléricaux, athées et laïcards compris. »
Que personne ne sourie ou ne proteste trop vite. Sous le sourire se cache le rappel de ce que tous les clergés de tous les temps ont fait subir à la femme en religion. Et leurs dignes héritiers mâles et laïcards de 1901 n'ont fait que les imiter en politique comme en société. Prenons-en pour preuve suffisante que les pères de la « petite laïcité » n'ont pas songé un instant à donner le droit de vote aux femmes. Et que penser de ces historiens, sociologues et autres « spécialistes » qui dans l'affaire du voile n'ont pas vu la Femme.
Certains, pour travestir la réalité, ont voulu disqualifier le débat en parlant d'un pugilat de chiffonniers autour d'un morceau de tissu. Sous le chiffon se cachaient la laïcité et la liberté, pas plus l'extrême droite que le sionisme ultralibéral.
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Par PPK
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| 02/04/2007 20:56
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Commentaires
1 - Lien croisépar Anonyme (213.251.136.98), le Dimanche 1 Juillet 2007, 14:07 Répondre à ce commentaire