CONFERENCE ANNUELLE DE LA FAMILLE

ADOLESCENCE
Contribution des Associations Familiales Protestantes à Matignon le 29 juin 2004


Monsieur le premier ministre,

On retiendra de cette Conférence de la Famille de 2004 qu’elle a ouvert le dossier de l’adolescence. Il ne sera pas refermé de sitôt : perspective redoutable pour deux écoles de pensée qui dominaient la scène familiale depuis plusieurs décennies et nous conduisaient à l'impasse.

Celle tout d’abord qui présentait l’adolescence comme une situation à risques, un état quasi pathologique, justifiant intervention publique et prévention collectives.

Cette école découvre à contre-cœur la réalité des chiffres: on compte 14 millions de mineurs de 18 ans, 5,4 millions d’adolescents dont 500.000 à 700.000 (10 à 15 %) présentent des troubles comportementaux graves et 61.000 (1,5%) relèvant de soins psychiatriques.

Premier acquis intellectuel de cette conférence : 80 à 90% des adolescents ne relèvent pas de la prévention médicale. L’adolescence vient d’échapper au docteur Knock.

Celle ensuite pour laquelle il n’est de solutions familiales, individuelles comme collectives, qu’administratives, financières, institutionnelles et professionnelles.

Cette option « politique », pur produit de l'exception française, n’est plus tenable qui dispensait jusqu’à ce jour de s’interroger sur les causes du désastre et notamment sur les conséquences des déchirures familiales.

500 000 à 700 000 adolescents qui souffrent jusqu’à la dépression, l’anorexie, l’obésité, l’échec scolaire, les conduites addictives, la violence contre autrui et le suicide, c’est un désastre humain dont chacun- s’il veut sincèrement y remédier- doit rechercher les causes ailleurs que dans les documents budgétaires.

Le dernier ouvrage d’Ado Naouri « Les pères et les mères » ed Odile Jacob, interdit désormais cette politique de l’autruche : ce second acquis intellectuel de la conférence 2004 est bienvenu, l’année du « mariage de Bègles ».

Dans cette perspective, s’il apparaît raisonnable d’expérimenter deux ou trois maisons de l’adolescence à partir d’innovations jugées satisfaisantes, prenons pour une fois la précaution de protéger les familles contre ce que F. Bloch Lainé appelait la dictature de l’offre sociale. C’était il y a un quart de siècle, au congrés de l’UNIOPSS, en 1979, à Vittel.

A titre expérimental, au sein des instances dirigeantes de ces nouvelles « maisons », inventons la certification sociale et familiale, confions-la à des associations familiales authentiques et représentatives c’est-à-dire distinctes des salariés et des usagers. Ne renouvelons pas la triste expérience des tutelles.

La société civile profiterait de ce qui constitue la vocation politique du mouvement familial, sa différence utile : l’invention de la certification tant financière que familiale et sociale, tant locale que nationale, applicable pourquoi pas à la représentativité des grands ensembles d’employeurs associatifs aidés comme des divers partenaires sociaux.

Il s’agit de promouvoir l’évaluation, la transparence, la participation et partant la gouvernance de la dépense publique associative sociale, éducative, sportive et culturelle. Il s’agit de 10 à 12 % du PIB et de 1 million de salariés, mobilisés par l’Etat Providence, sous statut de la loi de 1901.

Compte tenu des perspectives ouvertes par la décentralisation, les conditions actuelles de gestion de ces moyens considérables constituent une offense à la démocratie financière, offense rendue insupportable par la perte de maîtrise de la dépense publique.

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