Le monde associatif, outil d’un Etat Providence opaque, obèse et politisé !
Interview dans le Cri – 2e trimestre 2005
NB: Cet interview a été réalisée un mois avant le séisme électotal du 29 mai 2005 . Des modifications sont apportées dans la présente version pour tenir compte de ce " tsunami" politique et de la Conférence Annuelle de la Vie Associative en préparation sous le contrôle étroit de la Corporation Associative .
Conseiller maître à la Cour des comptes, ancien président du Fonds d’action sociale (FAS) et de l’INED, président des Associations familiales protestantes et spécialiste de la vie associative, Pierre-Patrick Kaltenbach dénonce depuis plusieurs années l’opacité qui caractérise la gestion des associations. Il met en lumière les limites des procédures de contrôle et en appelle à la réforme pour inventer des contre-pouvoirs capables de résister aux dérives d’une démocratie financière en pleine crise.
Le Cri: Pierre-Patrick Kaltenbach, en dénonçant les dérives du monde associatif, vous ne vous êtes pas faits que des amis !
La réforme de la vie associative est-elle un tabou en France ?
Oui, l’association est devenue l'un des rares tabous politiques c'est une véritable loi du silence, une chape de plomb ! Dans un climat idéologique où, depuis trente ans, il est interdit d'interdire, il reste pourtant interdit de seulement s'interroger sur les associations et d'envisager de trier le bon grain de l'ivraie, dans l'intérêt même des bonnes et vraies associations. Autrement dit, avant toute autre considération sur la réforme à imaginer, nous devons nous interroger calmement : qu'avons-nous fait de la vie associative depuis trente ans ?
Quel est votre diagnostic ?
En trente ans, le paysage associatif est devenu méconnaissable. Il y a deux choses à appréhender: d'abord un véritable raz de marée, ensuite une authentique subversion.
Le raz de marée, c'est l'explosion quantitative : 15 à 25 000 déclarations annuelles avant 1975, 50 à 60 000 après 1995.
Ce que nos compatriotes nomment avec un rien d'emphase : L'ETAT, en fait l'assemblage de l'état régalien, des collectivités territoriales et de la Sécurité Sociale s'est transmuté en employeur honteux .
Comment se caractérise cette machine infernale ?
Au petit monde des donateurs et des bénévoles, soit 95% des associations, s'oppose un grand monde d'employeurs associatifs financés sur prélèvements obligatoires, soit 30 à 40 000 grosses structures. Ils agissent dans les secteurs idéologiquement et électoralement les plus sensibles : le "bloc laïc" s'occupe d'école, d'éducation, de famille, de jeunesse, de sport ou de culture quand le "bloc confessionnel" s'affaire dans le sanitaire, le médical, les handicapés ou la vieillesse. D'autres éléments de "modernité" sont venus aggraver cette mutation : le très médiatique secteur caritatif et humanitaire et les activités para-commerciales et para artisanales qui sont autant d'entreprises uni personnelles
Ce nouveau monde mixte, public par ses financements et privé par ses revendications, emploie 80 % du million de salariés associatifs et gère 80 % des fonds publics associatifs, soit 125 milliards d'euros.
Comment sont contrôlés ces 125 milliards d'euros ?
Cette situation est unique parmi les pays civilisé s et démocratiques ! Tel est, en matière associative, le bilan mesurable de la génération morale aux affaires depuis trente ans. L'impensable est aurvcnu : l'association se retourne contre le citoven !
Comment expliquer une telle dérive ?
C'est l'exception politique française : des partis sans militants, des syndicats sans salariés du privé, des églises officielles sans fidèles, des médias sans public et les plus grosses associations sans bénévoIes ! L'argent public sollicité par tout ce petit monde est dépensé pour maintenir, en vain, une illusion de représentativité. Et cette extraordinaire fracture entre le peuple et ceux qui pensent, parlent, décident et dépensent en son nom est constitutive d'une situation politique marquée par l'abstention électorale croissante et des secousses que les intéressés qualifient de séismes, faute de vouloir affronter la réalité. Ce bilan navrant résulte d'un affaiblissement moral et politique autrement plus corrosif que les fractures économiques et sociales. Dans le champ associatif, 1,5millions de salariés font face à 7 millions de bénévoles-donateurs. Et quoi qu'on dise pour masquer cette réalité,tout sépare ces deux mondes. On pourra sans doute le vérifier lors des proches grandes consultations électorales.
Les finances publiques sont-elles gravement menacées ?
Au cours de ces trente dernières années, nous avons tourné le dos à trois principes de la Déclaration des droits de l'homme :
- l'article 14, qui veut que le peuple contrôle la levée de l'argent publie ;
- l'article 15, qui spécifie que tout agent public doit rendre compte de sa gestion ;
- et l'article 16, qui affirme qu'une société qui n'institue pas la séparation des pouvoirs n'a pas de Constitution.
Appelez-vous le peuple à la révolte, à la réforme ou à la révolution ?
Concrètement, comment peut se matérialiser l'action citoyenne ?
Les Associations familiales protestantes, groupuscule dépourvu d'importance et de moyens, ont instauré, en 1995, deux procédures pédagogiques : BVQI et l'OBRAL. La première action concerne la certification des associations caritatives, selon la loi du 3 juin 1994, de concert avec un organisme agréé : BVQI.VERITAS.
La Cour des Comptes ne suffirait-elle pas ?
P.-P.K. : La Cour des Comptes vient de proclamer, par la voix de son premier président, Philippe Séguin, l'impérieuse nécessité de contrôler l'utilisation des milliards d'euros du Tsunami (N.B. : la Cour est commissaire aux comptes de l'ONU). Or, jusqu'à présent, les pouvoirs publics ont refusé à la Cour les moyens d'appliquer les contrôles instaurés par la loi de 1991, dite loi Evin, votée après le scandale de l'ARC.
Par PPK
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| 27/04/2005 19:08
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7 commentaires
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par Anonyme, le Jeudi 12 Mai 2005, 18:35
Adverbe » Blog Archive » Démocratie locale, répression et assoc : "ne font pas non plus dans la dentelle pour s’en prendre aux associations officielles subventionnées et aux moeurs publiques douteuses de leur chère île de Ré. Ils citent abondamment un billet du blog de Pierre-Patrick Kaltenbach, spécialiste reconnu des associations et conseiller-maître à la Cour des comptes."Répondre à ce commentaire
Commentaires
2 - Lien croisépar Anonyme, le Jeudi 12 Mai 2005, 16:04 Répondre à ce commentaire