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De la certification associative en France en 2008 et de la CPCA

Daniel Voillereau à PIerre Morange

 
 
NOTES  POUR LA COMMISSION MORANGE

Daniel Voillereau



Conseiller (H.) à la Cour des Comptes

Ancien Président de l’Association Française des Trésoriers d' Associations (1998-2007)

Trésorier de L’ENVOL pour les enfants européens (2004-  )

Membre du Conseil de Gouvernance et Certification
 
  
                Il y a deux façons d’aborder la sécurisation du cadre juridique et financier de l’action associative.
                    La première est l’approche administrative classique.  Le monde associatif prend une place grandissante et vit largement sur les deniers publics. Il faut donc le contrôler et  les contrôles seront d’autant plus faciles qu’on obligera les associations à plus de transparence . Comme pour les services publics (LOLF), il faut s’interroger sur l’évaluation de leur efficacité.  Les rapports avec la puissance publique doivent être clarifiés, ce qui suppose des contrats .Le rôle des association dans la dynamique de l’emploi est à suivre attentivement compte tenu du potentiel qu’elles représentent . Enfin, en ce second semestre 2008, il serait bon de contribuer à l’élaboration d’un modèle européen, ce qui sous-tend que nous devons tenter d’exporter notre modèle .
 
                    Il existe une version plus politisée de cette approche , celle d’une partie du CNVA et de la CPCA, dans l’idée que toute organisation d’intérêt général doit être traitée comme un quasi-service public si possible  avec plus de financements et un statut des bénévoles, mais avec moins de contrôles et surtout pas de contrôles externes, hormis ceux  de la Cour des Comptes.
 
Pour les associations fortement subventionnées , la réforme n’est qu’à mi-chemin
 
               Pour les associations dépendant fortement de l’argent public, la nécessité de contrôles et notamment du contrôle social induit par la transparence publique, est bien entrée dans la législation.

            Les termes de la lettre de mission, résumés en introduction, sont amplement justifiés.

Le premier texte important a été l’article 10 de la Loi du 1er avril 2000 qui  s’inscrit dans une longue évolution. En l’occurrence, il s’agissait de la mise à disposition du public des conventions de subventionnement , des comptes rendus et des comptes des organismes concernés . Sur le terrain , l’ accessibilité s’avéra douteuse et il fallut quelques dispositions de l’ ordonnance de simplification de 2005 – à la préparation de laquelle , l’AFTA a contribué – pour que le dispositif devienne cohérent : au-delà d’un seuil uniforme de subventions (153 K€) les comptes doivent être publiés par voie informatique , sous le contrôle des Commissaires aux comptes et de la Cour des Comptes .Ce dispositif est codifié en L 612 du Code de Commerce.
 
Cependant, les règlements d’application  peinent à sortir et  sont a minima. Les hommes du chiffre ( experts-comptables et commissaires aux comptes) n’ ont pas retenu la proposition de l’AFTA qui était d’inclure un Compte d’ emploi des ressources dans la définition des comptes publiés ( qui relève d’un décret), sous le motif que la présentation analytique des dépenses par projet ne relève pas de leur compétence. C’est pourtant la seule présentation que le public comprenne et celle que réclame les autorités dispensatrices de subventions.

Sous la pression de tous ceux qui n’apprécient pas la lumière, en invoquant les lourdes tâches des responsables financiers et comptables des associations (et fondations) , il a été finalement décidé – et les textes devraient sortir incessamment – que toutes les associations (et fondations) au dessus du seuil de subvention mettrontl leurs comptes sur un site informatique géré par le Journal Officiel  et s’ acquitteront d’une taxe annuelle de 40 €. Rien sur une  présentation unifiée ni sur l’existence d’outils permettant de trier, classer, comparer par secteur, par taille etc .
 
La proposition de l’AFTA était beaucoup moins coûteuse : un  site central public contenait un fichier des associations soumises à déclaration, avec quelques identifiants et une dizaines de données comptables et analytiques ,  un lien informatique permettant d’accéder instantanément aux détails sur les pages dédiées du site des associations . A faible prix, le site central pouvait avoir tous les outils de recherche . Du même coup , la Cour des Comptes avait un puissant outil pour orienter ses sondages. L ’Insee dégageait une image structurée de 80% de associations absorbant 80% des subventions et employant tout autant des salariés . Le paysage associatif pouvait devenir lisible.
 
                   On entend dire  aujourd’hui  que les comptes n’ont guère d’importance et qu’ il importe avant tout de regarder la qualité de la gouvernance, l’évaluation de  la bonne économie des  moyens pour un résultat donné ( « efficiency ») et la capacité de l’organisation à atteindre ses objectifs ( « effectiveness » ou « efficacy » en anglais) . Cette présentation est source de confusion :quantitatifs ou qualitatifs les facteurs ont autant d’importance . Le problème est de savoir s’ils sont  concrètement accessibles et analysables.
 
 Les citoyens sont aussi des contribuables qui, de plus en plus, savent lire des comptes avant de donner ; les entreprises mécènes sont évidemment attentives et les autorités administratives – LOLF et restrictions budgétaires obligent – également. Plus encore les banques qui jouent un rôle croissant dans la vie associative, exigent la transparence financière. Que fait l’Etat? Les contrôles quantitatifs  de l’Etat sont, pour l’instant et de puis 2006,  inexistants puisqu’il n’y a plus de remise de comptes « papier » aux Préfectures et que le grand dispositif informatique décidé par l’Administration est loin d’être prêt. Font exception les 2000 associations reconnues d’utilité publiques qui y sont tenues par leurs statuts. Et l’avenir risque de ne pas être satisfaisant .
 
          Quant aux outils pour apprécier les facteurs qualitatifs , ils n’existent pas parce que des réflexions préalables des experts et des associations elles-mêmes sont nécessaires . Le Conseil d’Etat  avait donné le signal après la seconde Guerre mondiale par le biais des statuts –types ,et il avait approuvé les recherches vers plus de gouvernance et d’évaluation dans son Rapport annuel de 2001 .  Ces recherches  se multiplient depuis sept à  huit ans et se sont fortement accélérées depuis deux ans . L’AFTA qui avait  imaginé un questionnaire d’évaluation pour ses candidats adhérents, voici quinze ans, en suit  les progrès et a salué les initiatives opérationnelles de KPMG (auto-évaluation) et des organismes de certification (BVQI et AFNOR/AFAQ) sous l’impulsion initiale de l’association Gouvernance et Certification.
 
Du côté des autorités subventionnaires , principalement les collectivités locales, le besoin est si fort que de procédures et des organisations se créent. Dans l’ombre de grandes villes et de certains départements , l’approche est pragmatique, nourrie de simple bon sens . Des services dédiés essaient d’ apprécier les demandes de subvention et concluent des conventions sur des projets de mieux en mieux définis : pas de projets avec des descriptifs des moyens . Pas d’évaluation possible mais alors pas de convention ni de subventions . L’AFTA,  sur ce plan, a recueilli d’ intéressants témoignages.
 
 
Pour sa part enfin, la Cour des Comptes  toute absorbée par le contrôle de quelques grandes associations qui recourent nationalement à la « générosité publique », ne semble pas trop s’attacher aux associations subventionnées . Peut-être les Cours régionales le font-elles, en vérifiant les collectivités locales. La question mériterait de leur être posée .
 
 
Une accumulation d’obligations et de contrôles sur les Associations recourant à la générosité publique
 
           Lors du scandale de l’ARC, on aurait pu concevoir que cette association disparaisse au profit d’une autre association ayant le même objet, la  Ligue contre le Cancer par exemple. L’existence d’ équipes de recherche bénéficiaires et l’honneur des équipes de base qui ne déméritaient en rien, ne l’a pas permis. L’Etat a choisi de s’instituer le défenseur des donateurs aux associations qui organisent des campagnes nationales . Si la Cour et l’ IGAS y consacrent effectivement beaucoup de temps , c’est aussi que la définition du contenu des comptes à publier,  facilite grandement leur travail. Le législateur de 1991, très intelligemment , a crée le compte d’ emploi. Un arrêté un peu bâclé l’a défini plus tard,  après qu’un décret ait monté une énorme structure pour le définir . Mal aimé par les hommes du
chiffre , pour les raisons déjà dites  , le CER n’a pas été étendu à toutes les associations sous contrôle . En revanche , le Conseil National de la Comptabilité s’est attaché , début 2008, à le toiletter et l’enrichir ( jeu des reports , prise en charge des investissements , imputation des frais généraux). Il n’est pas allé très loin par égard pour les comptables d’ association qui  ont la charge de faire les calculs, avec la coopération de tous les services qui entrent les imputations . Un travail utile a été fait . Il reste à souhaiter que l’ensemble des associations puisse en bénéficier.
 
 
Pour un changement de paradigme : les associations comme les autorités administratives doivent définir autrement leurs responsabilités
 
 
S’il est vrai , comme nous le souhaitons, que les idées directrices doivent être responsabilité et simplification , l‘Etat doit donner l’exemple et les associations doivent accepter un minimum de  règles formelles et, plus généralement,  quelques principes de bonne conduite dont le contrôle externe
par des organismes indépendants  fait partie.
 
 
L’Etat a beaucoup à faire en matière de simplification. Le Conseil d’Etat dans son Rapport annuel 2001 avait émis de nombreuses suggestions qui ne se sont pas concrétisées , ou de façon partielle, la moindre n’étant pas de résister à l’inflation réglementaire . Tout recueil juridique  complet fait au moins mille pages . Que peuvent en faire les centaines de milliers de petites associations ? La notion de PMI a droit de cité  depuis longtemps . Quid de PMA ?
 
 
En termes réglementaires, on peut relever à ce jour :
 
 
--  La complexité croissante des déductions fiscales.  L’effet incitatif desrelèvements de taux sur les particuliers n’est plus démontré depuis des années – les Britanniques en doutaient déjà voici dix ans . Leur multiplicité et l’existence de plafonds est peu lisible . Sans s’interroger sur le retour aux formules anglo-saxonnes de déduction  du revenu [1]<outbind://1/#_ftn1>  et vu les nécessaires économies budgétaires , on peutse demander s’il ne serait pas préférable d’aligner le taux des particuliers
à 50% en supprimant les plafonds.
 
-- Le mélange de complexité et d’imprécision de l’article 200 du CGI quant aux catégories   d’ utilité publique , d’intérêt général ou de cercle restreint de bénéficiaires. L’interprétation est ordinairement  confiée à l’appréciation, parfois divergente, des services fiscaux locaux .
 
-- Voila presque dix ans que les ministères concernés ne parviennent pas à s’accorder sur le régime fiscal des fusions et sur les règles de  placements des liquidités sujets qui ont fait l’objet de proposition circonstanciées par l’AFTA
 
-- Non seulement les contrôles de la Cour se réduisent pratiquement à quelques dizaines de grandes associations mais ces dernières adhèrent souvent au Comité de la Charte . Est-ce un double emploi ?
 
-- Des formes juridiques nouvelles sont créées (exemple des « fonds » auprès d’institutions publiques ) qui ne sont que des fondations modifiées : la clarté du langage ne peut qu’en pâtir.
 
-- Comme déjà souligné, la publicité financière n’est pas uniformisée sur la base d’un compte unique d’emploi des ressources. Là où il existait déjà -- domaine de la générosité publique – les experts se sont emparés du concept pour le perfectionner, ce qui facilitera le travail de la Cour des Comptes .
Là où il n’existait pas , personne n’a voulu y penser. Pourtant les deux vrais besoins qui le justifient existent.  D’une part l’utilité pour toutes les associations, moyennes ou grandes, d’avoir une comptabilité analytique pour mieux se gérer ;  d’autre part , comme dit plus haut, l’information que
les tiers financeurs et notamment les entreprises mécènes et les banques demandent tout naturellement.
 - -Non seulement les contrôles de la Cour se réduisent pratiquement à quelques dizaines de grandes associations mais ces dernières adhèrent souvent au Comité de la Charte . Est-ce un double emploi ?
  
En revanche , l’Etat a pris de bonnes mesures incitatives en faveur du bénévolat qui est l’essence de la vie associative. Ces mesures s’énoncent un peu difficilement parce qu’il  a plusieurs sortes de bénévolat. L’Etat doit préciser davantage et savoir dépenser . Moins de subventions et moins d’
avantages fiscaux aux donateurs (voir supra) et davantage  en faveur du bénévolat – à condition que le FDVA (Fonds de développement de la Vie Associatives ) soit géré dans la transparence, avec des critères reconnus.
 
 
De son côté , le monde associatif doit prendre mieux conscience de ses responsabilités en termes de gouvernance et d’évaluation , ce qui ouvre sur le sujet sensible de la certification.
 
Le souci de gouvernance ne date  pas d’hier : qui  lit les statuts des très anciennes associations s’en convainc aisément. Par ailleurs, depuis le début de ce siècle , les grands scandales mondiaux des entreprises industrielles et financières d’un côté et  de l’autre la  réflexion des entreprises marchandes , relayées par les sociétés de conseil, ont diffusé, approfondi le concept de qualité et imaginé des procédures concourant à la qualité : auto contrôle , contrôle externe , démarche de progrès .
 
 La situation, fortement obscurcie par des débats dont on souhaiterait qu’ ils ne soient qu’idéologiques, est pourtant simple : les  citoyens et leurs institutions s’interrogent de  plus en plus  sur  la gouvernance  et l’ efficacité de leurs administrations et leurs associations, et la solution la plus simple et sûre procède de contrôles externes assurées par des autorités compétentes et indépendantes :  le juge après mais l’expert avant . On peut certes débattre des effets collatéraux et les dérives d’un gouvernement des juges et des experts . Le fait est qu’ au niveau européen le concept est acquis, et aux Etats-Unis et au Canada  en application . La France ne peut être crédible sur le dossier de l’association de droit européen , si les pratiques de certification et de labellisation ne gagne pas droit de cité chez elle.
 
 
 Si le retard est grand , c’est probablement que nos associations , plus occupées à débrouiller le maquis des autorisations et à ployer sur des contrôles , n’ont pas encore senti la nécessité de se prendre en main . Des outils d’une grande puissance sont pourtant disponibles.
 
D’une part  KPMG, un des fondateurs de l’AFTA, a développé et mis en ligne un instrument  élaboré d’auto-évaluation , qu’il s’agisse de la gouvernance, de l’efficacité des moyens et des résultats ou de la transparence . Cette démarche correspond au  besoin des associations de connaître leurs points forts et faibles avant d’améliorer leur organisation et leurs procédures par elles-mêmes ou avec l’aide de conseils externes. 
 
D’autre part, deux organismes indépendants de « contrôle externe non financier » BVQI  et AFNOR/AFAQ,  mondialement connus,  existent déjà qui certifient  et labellisent. Le développement de leurs activités passe  par une  pédagogie plus large. Un large public associatif ne sait pas encore que
la certification de la qualité non financière complète celle des Commissaires aux comptes., tout en étant différente en ce qu’il n’existe pas de règles précises  comme le sont les règles comptables . La mission du certificateur est de vérifier si l’association (ou la fondation) s’est donnée les moyens, plus ou moins nombreux suivant sa taille , son organisation et son activité,  pour avoir une bonne gouvernance,  progresser en efficacité et communiquer de façon pertinente. Les solutions ne sont pas toutes faites encore qu’elles suscitent très souvent un large consensus.
 
 
Cette pédagogie est pour l’instant brouillée par la CPCA qui dans sa Charte  passée avec le Gouvernement le 1er Juillet 2001 dispose, à côté de dispositions tout à fait pertinentes, qu’un des principes du monde associatif doit être « l’auto -contrôle de la gestion et de l’emploi des ressources ». ( Charte du1er juillet 2001 art. 4-2) .
 
 
 
Il est donc souhaitable que la réglementation de la certification, conçue pour les produits et les services , soit adaptée aux associations , en précisant que les certificateurs  doivent être accrédités  comme le sont les Commissaires aux Comptes et  surveillés comme eux par une haute autorité – qui pourrait être issue de la Cour des Comptes.  Ainsi et alors, les associations sauront se gérer mieux , et auront les moyens d’une transparence pertinente et fiable. Elles seront naturellement crédibles au regard des tiers financeurs : autorités administratives , entreprises mécènes et particuliers.
                                                     
 
 
Daniel Voillereau
 
 
 
Conseiller (H.) à la Cour des Comptes
 
Ancien Président de l’AFTA (1998-2007)
 
Trésorier de L’ENVOL pour les enfants européens (2004-  )
 
Membre du Conseil de Gouvernance et Certification
 
 
 

Label associatif. Point de vue de Daniel Voillereau

Note pour la Commission Morange. Assemblée Nationale 2008

DV/20 juillet 2008

 
 

NOTES  POUR LA COMMISSION MORANGE
    
                Il y a deux façons d’aborder la sécurisation du cadre juridique et financier de l’action associative. La première est l’approche administrative classique.  Le monde associatif prend une place grandissante et vit  largement sur les deniers publics. Il faut donc le contrôler et  les  contrôles seront d’autant plus faciles qu’on obligera les associations à plus de transparence . Comme pour les services publics (LOLF), il faut s’interroger sur l’évaluation de leur efficacité.  Les rapports avec la puissance publique doivent être clarifiés, ce qui suppose des contrats . Le rôle des association dans la dynamique de l’emploi est à suivre attentivement  compte tenu du potentiel qu’elles représentent . Enfin, en ce second semestre 2008, il serait bon de contribuer à l’élaboration d’un modèle européen, ce qui sous-tend que nous devons tenter d’exporter notre modèle .
 
Il existe une version plus politisée de cette approche , celle d’une partie du CNVA et de la CPCA, dans l’idée que toute organisation d’intérêt général doit être traitée comme un quasi-service public si possible  avec plus de financements et un statut des bénévoles, mais avec moins de contrôles et surtout pas de contrôles externes, hormis ceux  de la Cour des Comptes.
 
Pour les associations fortement subventionnées , la réforme n’est qu’à mi-chemin
 
               Pour les associations dépendant fortement de l’argent public , la nécessité de contrôles et notamment du contrôle induit par la transparence publique, est bien entrée dans la législation. Les termes de la lettre de mission sont amplement justifiés. Le premier texte important est l’article 10 de la Loi du 1er avril 2000 qui s’inscrit dans une longue évolution. En l’occurrence , il s’agissait de la mise à disposition du public des conventions de subventionnement , des comptes rendus et des comptes des organismes concernés . Sur le terrain , l’accessibilité s’avéra douteuse et il fallut quelques dispositions de l’ordonnance de simplification de 2005 – à la préparation de laquelle , l’AFTA a contribué – pour que le dispositif devienne cohérent : au-delà d’un seuil uniforme de subventions ( 153 K€) les comptes doivent être publiés par voie informatique , sous le contrôle des Commissaires aux comptes et de la Cour des Comptes .Ce dispositif est codifié en L 612 du Code de Commerce.
 
Cependant, les règlements d’application  peinent à sortir et  sont a minima. Les hommes du chiffre ( experts-comptables et commissaires aux comptes) n’ont pas retenu la proposition de l’AFTA qui était d’inclure un Compte d’emploi des ressources dans la définition des comptes publiés ( qui relève d’un décret), sous le motif que la présentation analytique des dépenses par projet ne relève pas de leur compétence. C’est pourtant la seule présentation que le public comprenne et celle que réclame les autorités dispensatrices de subventions. Sous la pression de tous ceux qui n’apprécient pas la lumière, en invoquant les lourdes tâches des responsables financiers et comptables des associations (et fondations) , il a été finalement décidé – et les textes devraient sortir incessamment – que toutes les associations (et fondations) au dessus du seuil de subvention mettront leurs comptes sur un site informatique géré par le Journal Officiel  et s’acquitteront d’une taxe annuelle de 40 €. Rien sur une  présentation unifiée ni sur l’existence d’outils permettant de trier, classer, comparer par secteur, par taille etc .

La proposition de l’AFTA était moins coûteuse : un  site central public contenait un fichier des associations soumises à déclaration, avec quelques identifiants et une dizaines de données comptables et analytiques , un lien informatique permettant d’accéder instantanément aux détails sur les pages dédiées du site des associations . A faible prix, le site central pouvait avoir tous les outils de recherche . Du même coup , la Cour des Comptes avait un puissant outil pour orienter ses sondages. L ’Insee dégageait une image structurée de 80% de associations absorbant 80% des subventions et employant tout autant des salariés . Le paysage associatif pouvait devenir lisible.
 
 
La mode est aujourd’hui est de dire que les comptes n’ont guère d’importance et qu’il importe avant tout de regarder la qualité de la gouvernance , et l’évaluation de  la bonne économie des  moyens pour un résultat donné ( « efficiency »), d’autre part à la capacité de l’organisation à atteindre ses objectifs ( « effectiveness » ou « efficacy » en anglais) . Ce raisonnement fait fi de la réalité .
 
 Les citoyens sont aussi des contribuables qui, de plus en plus, savent lire des comptes avant de donner ; les entreprises mécènes sont évidemment attentives et les autorités administratives – LOLF et restrictions budgétaires obligent – également. Plus encore les banques qui jouent un rôle croissant dans la vie associative, exigent la transparence financière. Que fait l’Etat? Les contrôles quantitatifs  de l’Etat sont, pour l’instant et de puis 2006,  inexistants puisqu’il n’y a plus de remise de comptes « papier » aux Préfectures et que le grand dispositif informatique décidé par l’Administration est loin d’être prêt. Font exception les associations reconnues d’utilité publiques qui y sont tenues par leurs statuts. Et l’avenir risque de ne pas être satisfaisant . 
 
Quant aux outils pour apprécier les facteurs qualitatifs , ils n’existent pas parce que des réflexions préalables des experts et des associations elles-mêmes sont nécessaires . Le Conseil d’Etat  avait donné le signal après la seconde Guerre mondiale par le biais des statuts –types et il avait approuvé les recherches vers plus de gouvernance et d’évaluation dans son Rapport annuel de 2001 .  Ces recherches  se multiplient depuis sept à huit ans et se sont fortement accélérées depuis deux ans . L’AFTA qui avait imaginé un questionnaire d’évaluation pour ses candidats adhérents, voici quinze ans, en suit  les progrès et a salué les initiatives opérationnelles de KPMG (auto-évaluation) et des organismes de certification (BVQI et AFNOR/AFAQ) sous l’impulsion initiale de l’association Gouvernance et Certification.
 
Du côté des autorités subventionnaires , principalement les collectivités locales, le besoin est si fort que de procédures et des organisations se créent. Dans l’ombre de grandes villes et de certains départements , l’ approche est pragmatique, nourrie de simple bon sens . Des services dédiés essaient d’ apprécier les demandes de subvention et concluent des conventions sur des projets de mieux en mieux définis : pas de projets avec des descriptifs des moyens . Pas d’évaluation possible  mais alors pas de convention ni de subventions . L’AFTA,  sur ce plan, a recueilli d’intéressants témoignages.
 
 
 
Pour sa part enfin, la Cour des Comptes  toute absorbée par le contrôle de quelques grandes associations qui recourent nationalement à la « générosité publique », ne semble pas trop s’attacher aux associations subventionnées . Peut-être les Cours régionales le font-elles, en vérifiant les collectivités locales. La question mériterait de leur être posée .
 
 
Une accumulation d’obligations et de contrôles sur les Associations recourant à la générosité publique
 
 
Lors du scandale de l’ARC, on aurait pu concevoir que l’ARC disparaisse au profit d’une autre association ayant le même objet, la  Ligue contre le Cancer par exemple. La rivalité des équipes de recherche bénéficiaires et l’honneur des équipes de base qui ne déméritaient en rien, ne l’a pas permis. L’Etat a choisi de s’instituer le défenseur des donateurs aux associations qui organisent des campagnes nationales . Si la Cour et l’IGAS y consacrent effectivement beaucoup de temps , c’est aussi que la définition du contenu des comptes à publier, n’est pas la même et facilite grandement leur travail. Le législateur de 1991, très intelligemment , a crée le compte d’emploi. Un arrêté un peu bâclé l’a défini plus tard,  après qu’un décret ait  monté une énorme structure pour le définir . Mal aimé par les hommes du chiffre , pour les raisons déjà dites  , le CER n’a pas été étendu à toutes les associations sous contrôle . En revanche , le Conseil National de la Comptabilité s’est attaché , début 2008, à le toiletter et l’enrichir ( jeu des reports , prise en charge des investissements , imputation des frais généraux). Il n’est pas allé très loin par égard pour les comptables d’association qui en ont la charge de faire les calculs, avec la coopération de tous les services qui entrent les imputations . Un travail utile a été fait . Il reste à souhaiter que l’ensemble des associations 
 
Pour un changement de paradigme : les associations comme les autorités administratives doivent définir autrement leurs responsabilités
 
S’il est vrai , comme nous le souhaitons, que les idées directrices doivent être : responsabilité et simplification , l‘Etat doit donner l’exemple et les associations doivent accepter un minimum de  règles formelles et, plus généralement,  quelques principes de bonne conduite dont le contrôle externe par des organismes indépendants  fait partie. 
 
L’Etat a beaucoup à faire en matière de simplification. Le Conseil d’Etat dans son Rapport annuel 2001 avait émis de nombreuses suggestions qui ne se sont pas concrétisées , ou de façon partielle, la moindre n’étant pas de résister à l’inflation réglementaire . Tout recueil juridique  complet fait au moins mille pages . Que peuvent en faire les centaines de milliers de petites associations ?La notion de PMI a droit de cité  depuis longtemps . Quid de PMA ?
 
En termes réglementaire, on peut relever à ce jour :
 
--  La complexité croissante des déductions fiscales.  L’effet incitatif des relèvements de taux sur les particuliers n’est plus démontré depuis des années – les Britanniques en doutaient déjà voici dix ans . Leur multiplicité et l’existence de plafonds est peu lisible . Sans s’interroger sur le retour aux formules anglo-saxonnes de déduction  du revenu  et vu les nécessaires économies budgétaires , on peut se demander s’il ne serait pas préférable d’aligner le taux des particuliers à 50% en supprimant les plafonds.
 
-- Le mélange de complexité et d’imprécision de l’article 200 du CGI quant aux catégories   d’ utilité publique , d’intérêt général ou de cercle restreint de bénéficiaires. L’interprétation est ordinairement  confiée à l’appréciation, parfois divergente, des services fiscaux locaux .
 
-- Voila presque dix ans que les ministères concernés ne parviennent pas à s’accorder sur le régime fiscal des fusions et sur les règles de  placements des liquidités sujets qui ont fait l’objet de proposition circonstanciées par l’AFTA
 
-- Non seulement les contrôles de la Cour se réduisent pratiquement à quelques dizaines de grandes associations mais ces dernières adhèrent souvent au Comité de la Charte . Est-ce un double emploi ?
 
-- Des formes juridiques nouvelles sont créées (exemple des « fonds » auprès d’institutions publiques ) qui ne sont que des fondations modifiées : la clarté du langage ne peut qu’en pâtir.
 
-- Comme déjà souligné, la publicité financière n’est pas uniformisée sur la base d’un compte unique d’emploi des ressources. Là où il existait déjà -- domaine de la générosité publique – les experts se sont emparés du concept pour le perfectionner, ce qui facilitera le travail de la Cour des Comptes . Là où il n’existait pas , personne n’a voulu y penser. Pourtant les deux vrais besoins qui le justifient existent.  D’une part l’utilité pour toutes les associations, moyennes ou grandes, d’avoir une comptabilité analytique pour mieux se gérer ;  d’autre part , comme dit plus haut,l’information que les tiers financeurs et notamment les entreprises mécènes et les banques demandent tout naturellement.
 
 
En revanche , l’Etat a pris de bonnes mesures incitatives en faveur du bénévolat qui est l’essence de la vie associative. Ces mesures s’énoncent un peu difficilement parce qu’il  a plusieurs sortes de bénévolat. L’Etat doit préciser davantage et savoir dépenser . Moins de subventions et moins d’avantages fiscaux aux donateurs (voir supra) et davantage  en faveur du bénévolat – à condition que le FDVA (Fonds de développement de la Vie Associatives ) soit géré dans la transparence, avec des critères reconnus.
 
 
De son côté , le monde associatif doit prendre mieux conscience de ses responsabilités en termes de gouvernance et d’évaluation , ce qui ouvre sur le sujet sensible de la certification.
 
Le souci de gouvernance ne date  pas d’hier : qui  lit les statuts des très anciennes associations s’en convainc aisément. Par ailleurs, depuis le début de ce siècle , les grands scandales mondiaux des entreprises industrielles et financières d’un côté et , de l’autre, la  réflexion des entreprises marchandes , relayées par les sociétés de conseil, ont diffusé  et approfondi le concept de qualité et des procédures concourant à la qualité : auto contrôle , contrôle externe , démarche de progrès .
 
 La situation, fortement obscurcie par des débats dont on souhaiterait qu’ils ne soient qu’idéologiques, est pourtant simple : les  citoyens et leurs institutions s’interrogent de  plus en plus  sur  la gouvernance  et l’efficacité de leurs administrations et leurs associations , et la solution la plus simple et sûre procède de contrôles externes assurées par des autorités compétentes et indépendantes :  le juge après mais l’expert avant . On peut certes débattre des effets vollatéraux et les dérives d’un gouvernement des juges et des experts . Le fait est qu’ au niveau européen  le concept est acquis, et aux Etats-Unis et au Canada  en application . La France ne peut être crédible sur le dossier de l’association de droit européen , si les pratiques de certification et de labellisation ne gagne pas droit de cité. 
 
 Si le retard est grand , c’est probablement que nos associations , plus occupées à débrouiller le maquis des autorisations et à ployer sur des contrôles , n’ont pas encore senti la nécessité de se prendre en main . Du coup , les deux organismes indépendants de « contrôle externe non financier » BVQI et  AFNOR/AFAQ ont un rayon d’action encore limité.
 
 Cette limitation tient  pour  une part lié aux campagnes de désinformation menées sous l’égide de la CPCA  dont la doctrine est parfaitement claire ( Charte du 1er juillet 2001 art. 4-2) qui défend le principe de « l’auto -contrôle de la gestion et de l’emploi des ressources »  Il est urgent que la législation , conçue pour les produits et les services , soit revue pour les associations, tout en maintenant que la profession de certificateur, dûment libérée,  fasse l’objet d’ accréditations comme pour les Commissaires aux Comptes. Ainsi et alors, les associations sauront se gérer mieux , et auront les moyens d’une transparence pertinente et fiable. Elles seront naturellement crédibles au regard des  tiers financeurs : autorités administratives , entreprises mécènes et particuliers. 
 
                                                                     
 
Daniel Voillereau 

Conseiller (Hon) à la Cour des Comptes
Ancien Président de l’AFTA (1998-2007
Trésorier de L’ENVOL pour les enfants européens 
Membre du Conseil de Gouvernance et Certification


 
 
PJ : Article sur la certification publié dans  la Revue de l’AFTA en Annexe
 
 
 
 
 
ANNEXE


Cercle d’Analyse et de Prospective de l’AFTA (CAP/AFTA)

                                                                
TRANSPARENCE , REFERENTIEL  et CERTIFICATION
 
Synthèse historique augmentée de quelques remarques sur le Forum des Associations et Fondations du 1er décembre 2007
 
 
 
 
 « La révolution intellectuelle pour moi  c’est celle de la certification qui oblige à la transparences à la sincérité des comptes, et c’est celle de l’évaluation qui oblige chacun à se soucier des conséquences de ce qu’il décide et des résultat de ce qu’il entreprend » ( Le Président de la République . 5 novembre 2007, 200 ième anniversaire de la Cour des Comptes)
 
 
Les  associations et fondations  dépensent au moins 60 milliards d’euros par an , dont la moitié vient de   fonds publics. Les citoyens n’ont pas encore une cartographie renseignée et chiffrée des associations et fondations qui bénéficient de l’argent public, directement ou indirectement. Cette situation devrait évoluer  rapidement par la volonté de l’Etat , pourvu cependant que certaines conditions  simples soient respectées . Le public n’a que partiellement le moyen de savoir si toutes les associations auxquelles il donne son argent par ses dons ou par ses impôts et son temps par le bénévolat, sont bien gérées. A cet égard, c’est aux associations elles-mêmes de prendre leurs responsabilités mais elles doivent savoir que des démarches convergentes leur permettent aujourd’hui d’améliorer leur gouvernance, leur gestion, l’évaluation de leurs résultats et leur transparence, et de le faire savoir par la labellisation ou la certification. Si elles s’engagent dans ce processus, elles gagneront de façon durable la confiance de l’Etat, des donateurs , des mécènes, des collectivités publiques , des banquiers et des média.
 
 
La transparence financière et comptable
 
Pendant longtemps les associations  ont réservé leurs comptes financiers à leur Assemblée générale. Les associations reconnues d’utilité publique qui doivent statutairement les déposer  en Préfecture, faisaient exception. Entre 1991 et 2005 , l’évolution est profonde , marquée par la loi de 1991 qui réglemente les appels nationaux à la générosité publique, prévoit la publicité des comptes pour les donateurs et créé le compte d’emploi des ressources ; le Plan comptable adapté aux associations (1999) ; la loi de 2000 qui organise le dépôt en Préfecture des comptes-rendus financiers et des comptes, avec accès du public, pour les associations subventionnées ; enfin l’Ordonnance de 2005 qui rationalise et unifie presque complètement le dispositif autour de quelques principes clairs : les associations et les collecteurs de dons assortis d’avantages fiscaux, au delà d’un certain montant (153 K€), doivent avoir un ou deux Commissaires aux Comptes et  publier leurs comptes . Le compte d’emploi des ressources prévu par la loi de 1991 doit figurer dans l’Annexe qui fait partie des comptes annuels. Les fondations sont alignées sur les associations. Le mode de diffusion est renvoyé à un décret, mais il est admis qu’il s’agira de la Toile. Corrélativement, le dépôt des comptes en Préfecture est supprimé. La Cour des Comptes contrôle la totalité de ce dispositif qui sera complété en 2006 par un inventaire des subventions à partir des collectivités attribuantes .et par la publicité des rémunérations les plus élevées.
 
Voici vingt ans, les organismes sans but lucratif n’avaient de comptes financiers à rendre qu’à l’Etat , pour autant que ce dernier leur avait attribué la rare distinction de l’utilité publique . Aujourd’hui, quiconque utilise de l’argent public doit rendre compte, financièrement, au public. On ne sait pas encore combien d’organismes seront concernés, mais on sait que la transparence financière sera assurée, avec des comptes certifiés.  Cette évolution a été ralentie pour des raisons techniques et surtout politiques : le 1er juillet 2001 , le Premier Ministre avait signé avec le Président de la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA) une Charte dont l’article 4-2  défend le principe d’une transparence financière « limitée aux adhérents, donateurs et pouvoirs publics ». Le public n’y figure pas.
 
Les décrets d’application. sont encore attendus  La question est de savoir s’ils rendront les données comptables lisibles, accessibles et exploitables, à faible coût pur la Collectivité, les associations et le public.
 
Tout le monde sait lire un  compte d’exploitation analytique. On y voit les ressources éclatées par origine et les dépenses éclatées par projet , frais généraux et coût de collecte et de communication mis à part. Le lecteur mesure la part faite aux différentes missions et la capacité de l’organisation à les remplir avec peu de frais généraux et de collecte. Pour l’instant ce compte n’est prévu que pour les 165 associations  faisant appel nationalement à la générosité publique. La forme est en voie d’amélioration par le Conseil National de la Comptabilité(CNC) . Sa généralisation  à toutes les associations couvertes par l’Ordonnance de 2005 serait un progrès de lisibilité. Elle aurait l’avantage supplémentaire de simplifier le travail des responsables financiers et comptables de base, ces oubliés qui sont exaspérés par la  disparité des « comptes administratifs » .
 
Plus lisibles, les comptes publiés doivent être véritablement accessibles. Si les associations et fondations envoient leurs comptes en bloc sans normalisation  sur un site public, celui-ci sera gigantesque , impénétrable et coûteux. L’A.F.T.A.pour sa part propose depuis un an de publier sur un site public national la totalité des comptes d’emplois des ressources, sachant que tout  consultant pourrait basculer par un lien sur le site de l’Association. Il y trouverait les données comptables détaillées, le reste de l’Annexe, le Rapport du Commissaire aux Comptes , tels que prévus et normés par la réglementation , ainsi que tous les commentaires que l’Association aurait souhaité faire pour en améliorer la compréhension -- ce que font excellemment toutes les grandes associations réunies au sein du Comité de la Charte --.
 
Enfin , il faut que cette base de données soit exploitable . Tout professionnel  des bases de données sait parfaitement que, pour cela :
 
-- toutes les données doivent être normées,
-- au compte d’emploi doit être joint une fiche d’identification économique et juridique
-- le serveur doit avoir les logiciels nécessaires pour permettre des tris par un ou plusieurs critères et les comparaisons.
 
Pourquoi ? Ceux qui ont vécu le monde des entreprises  connaissent les effets induits d’une information économique et financière ainsi conçue : l’opacité se dissout ; les acteurs s’interrogent sur eux-mêmes et sur les autres ; ils prennent conscience des contraintes de gestion et de possibilités stratégiques, partenariats ou  fusions ;  la confiance des banquiers, des financeurs et du public se construit sur des bases claires. Il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement pour le monde associatif .
 
Pour une gestion transparente
 
De récents débats  ont montré que les donateurs , grands ou petits, particuliers ou entreprises, fondations ou collectivités publiques, ne se contentent plus de chiffres   comptables. La logique comptable ne suffit plus .Ils veulent savoir si l’argent est géré avec efficacité des moyens , si les risques potentiels sont prévenus,  les résultats concrets évalués, la gouvernance dûment structurée, attachée à un ou plusieurs  projets explicités et à une stratégie d’avenir, attentive à l’identité et à l’image dont elle a la garde et  que véhicule sa communication.
 
Cette priorité que les entreprises connaissent depuis longtemps , que l’Etat met en œuvre au travers de la LOLF, a de très grandes conséquences : si une Association doit pouvoir répondre sur sa gestion , il faut évidemment d’abord qu’elle s’interroge sur elle-même (« Connais-toi toi-même ») ,  ensuite qu’elle choisisse un modèle d’organisation reconnu ( « le référentiel »), enfin que toute l’équipe assimile ce modèle. 
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A la poursuite de bonnes règles de gestion, le Conseil d’Etat a depuis longtemps apporté sa contribution avec les statuts-types . Ceux-ci concernent essentiellement la gouvernance. Durant la seconde moitié du siècle dernier , les réflexions se sont multipliées dans les pays anglo-saxons, et plus tardivement en France, au sein des entreprises marchandes. Elles ont nourri le Code de Commerce. Notamment ce qui concerne  la prévention des risques et les conflits d’intérêt a été étendu au secteur associatif. Depuis cinq ans , des modèles concrets apparaissent à plusieurs sources : les Experts comptables et Commissaires aux Comptes par les travaux de l’Académie des Sciences comptables et techniques financières (2005) ; les avocats conseils comme FIDAL ; des associations  comme l’A.D.E.M.A , IDEASou l’Institut français des administrateurs ; enfin des groupes d’experts et de praticiens qui se  constituent pour élaborer des « référentiels » de pratiques reconnues comme efficaces.
 
 En l’occurrence, il y en a eu deux : les adhérents du Comité de la Charte dont les travaux collectifs sont formalisés au début  au début de 1990,  et des experts et praticiens réunis autour de l’Association des Familles Protestantes (AFP) . Ces derniers  font  un premier référentiel vers 2000, à partir d’un schéma établi par L’Institut de l’Entreprise . BVQI (Bureau VERITAS Qualité International l’a repris, fait évoluer et l’utilise avec l’ARC, l’Armée du Salut et l’A.F.M. (Téléthon). La Chaire Entreprenariat Social de l’ESSEC a produit un « Référentiel de bonnes pratiques et de Transparence Associatives». L’expérience a conduit une équipe renforcée autour de l’AFP, à  remanier complètement son premier référentiel et à le remettre entre les mains de l’AFNOR au début de 2006. Le texte de ce référentiel se trouve sur le site de l’A.F.A.Q./ A.F.N.OR , filiale de l’AFNOR responsable de l’exécution des contrôles.
 
Le débat est souvent brouillé par le fait qu’on imagine un référentiel comme un énorme répertoire de règles imposées. Un référentiel est un répertoire de tout ce qu’on devrait, a priori, vérifier dans une organisation pour qu’elle fonctionne bien. Sur chaque point , le référentiel dit une règle ou prescrit une orientation ou demande seulement que les dirigeants s’étant interrogés, arrêtent par écrit leur propre décision . Evidemment , les points d’audit réellement utilisés dépendent beaucoup de la taille et moins du secteur , du mode d’activité et des buts poursuivis. Le contenu de la communication, qui puise transversalement dans toutes les parties de l’organisation , doit être lui-même  adapté aux destinataires , internes ou externes. Pour ne prendre que l’exemple de la gouvernance , le Conseil d’Etat l’a bien compris qui admet des adaptations aux statuts-types.  Il reste que l’expérience a  montré qu’un certain nombre de règles se retrouvent dans tous les cas de figure et sont incontournables.
 
 
Des règles de bonne gestion existent . Encore faut-il que les dirigeants les assimilent et que les équipes tout entières les partagent . Plusieurs voies sont ouvertes ; la plus directe est de se référer aux référentiels existants : les associations qui recrutent des cadres sortis d’écoles de gestion ou d’entreprises, bénéficient de leurs connaissances ; dans le cadre de juniors-entreprises , les élèves d’ écoles de commerce (ESSEC ,HEC ..), déjà initiés au monde associatif, proposent maintenant leurs services .
 
 L’initiative la plus ingénieuse et structurée est celle de KPMG qui développe depuis un an sur ses clients un outil pédagogique qui permet aux  dirigeants qui le souhaitent de s’initier aux principales règles.  Il utilise un questionnaire. Ce n’est autre que l’antique méthode socratique : «  Connais-toi toi-même »  L’A.F.TA. en avait conçu les prémisses entre 1985 et 1990  pour sélectionner ses adhérents et  publié ses conclusions en 1990  . KPMG a complètement enrichi et formalisé la démarche. Des notes, positives ou négatives, correspondent aux  différentes réponses. Les associations pourront ainsi s’initier au management et  s’organiser en conséquence, se comparer avec la moyenne de leur catégorie et apprécier la valeur de leur organisation et de leur communication au regard des différents tiers ( donateurs, administrations subventionnaires etc.) car  KPMG  a  étudié les données, financières ou non, quantitatives ou non, qui intéressent particulièrement chaque catégories de tiers. C’est donc une démarche d’auto -évaluation érigée en méthode pédagogique , d’application  volontaire . Nul doute qu’elle n’ait des effets discrets mais réels  à plus  grande échelle .
 
 
Label et certification
 
Il ne suffit pas de communiquer sur ses comptes et de mettre en valeur la qualité de  sa gestion pour convaincre. Encore faut-il prouver qu’on applique effectivement les règles de gestion. L’intermédiation d’un tiers qui atteste à la fois l’existence de règles internes pertinentes, le respect effectif de ces règles et donc la véracité de la communication les concernant,  est nécessaire. Pour  les comptes financiers, ce rôle est assuré par les Commissaires aux Comptes , obligatoires pour les associations et fondations du périmètre de l’Ordonnance  de 20O5. Pour les autres données  l’association (ou la Fondation) doit recourir à un organisme qui, sur la base d’un référentiel,  audite et délivre un label ou une certification. Ce faisant , si l’Association est un peu importante, elle se trouve exonérée de développements fastidieux sur toutes ses procédures : elle peut ne citer, dans son rapport d’activité, que les centres d’intérêt traditionnellement sensibles chez les tiers (donateurs, mécènes, financeurs publics , banquiers, medias..) .
 
Un label ou une certification ne sont  véritablement des garanties pour les tiers que si  l’organisme qui les délivre est compétent , extérieur, indépendant et reconnu . La première condition va de soi pourvu que la compétence inclue la connaissance des spécificités associatives . Les deux suivantes, d’ailleurs liées,  préviennent les conflits d’intérêt. La dernière est plus importante pour les organismes qui délivrent un label car ils engagent leur réputation que pour les certificateurs qui sont civilement responsables des erreurs qu’ils commettent . 
 
Trois organisations, déjà citées, existent. Deux proposent un label : le «  Comité de la Charte du don en confiance » et l’A.F.NOR/A.F.A.Q.  ;  BVQI filiale du Bureau VERITAS, délivre  des certifications . Le Comité de la Charte pour le Don en confiance est  une association fermée qui labellise ses propres adhérents au nombre d’une soixantaine et  les qualifie  dans la  perspective des donateurs . BVQI  certifie l’ARC, l’A.F.M. et l’Armée du Salut , également dans la perspective des donateurs. L’AFNOR , sur la base d’un référentiel établi et entretenu par l’Association « Gouvernance et Certification » délivre son label « Gouvernance et Gestion responsable des Associations et Fondations » ,  avec la perspective d’en faire une norme européenne.
 
Créé le dernier, ce label est le plus général  car il ne vise pas seulement l’économie du don mais les relations de toutes les associations avec des tiers . Il répond surtout aux quatre conditions de compétence d’externalité, d’indépendance  et de notoriété tant  pour la conception du référentiel que pour sa mise en œuvre. Il a été établi en référence aux valeurs et aux risques  spécifiques du monde associatif, pour y permettre « un pilotage convenable des activités dans un souci d’efficacité, d’efficience et de désintéressement au service de l’intérêt général et pour y éviter les dérives et  les appropriations, matérielles ou symboliques, personnelles ou non». 
 
Ce dispositif a été vivement critiqué, dès  la première version de 2000. L’accusation, relayée par notre plus célèbre journal satirique , était celle d’un détournement de fichiers au profit du grand capital ! Cette interprétation consternante  a encore circulé tout récemment, s’agissant de l’AFNOR.  Quoiqu’il en soit , l’A.F.T.A. découvrant en 2000 l’existence de la  certification de  gestion y avait consacré un large débat au Sénat suivi de deux réunions dont les procès-verbaux ont été conservés . A nouveau des critiques  ont été articulées lors du Forum des Associations et des Fondations tenu au Palais des Congrès  le 1er décembre dernier, venant de la CPCA ( Conférence Permanente des Coordinations Associatives) . Elles  reflètent une position regrettable qui figure  à l’article 4.2 de la Charte du 1er juillet 2001, déjà cité, dont la dernière ligne défend le principe de « l’auto -contrôle de la gestion et de l’emploi des ressources ».  Ce principe a été passé sous silence lors du Forum, au profit d’arguments pratiques, en italique ci-après, qui méritent  d’être objectivement examinés. 
 
 
¬ L’auto -contrôle se répand , à l’initiative de la CPCA, et le fait que nous avons connu deux scandales seulement en sept ans montre que les dispositifs actuels sont largement suffisants La réponse est évidemment non . Comme le faisait remarquer Martin HIRSCH lors du même Forum, «  il y a des affaires tous les ans mais on ne le sait pas ».Et la Cour , en surplomb, doit continuer ses réflexions et ses investigations qui sont indispensables pour la fiabilité globale du dispositif.
 
¬ Les contrôles des administrations accablent les associations . Ce n’est pas nécessaire d’y ajouter une certification privée. L’excès de contrôle tue le contrôle. Il faut admettre que pour les associations les contrôles de toutes parts sont souvent intolérables et le CAP/AFTA contribuera aux réflexions pour que les contrôles publics soient mieux coordonnés , réduits à l’essentiel et mis en cohérence avec les labellisations privées.
 
¬ Les référentiels qu’utilisent BVQI ou l’AFNOR sont inutilement compliqués . Ils sont conçus par des « idéologues et des marchands de certification »  qui ne connaissent pas la vie associative. La labellisation  privilégie « le contractuel » au détriment du « fonctionnement  associatif »,  et il y a banalisation de « l’Associatif » par rapport à l’Entrepreneur  ». Les réponses figurent plus haut : les référentiels sont des répertoires de tous les points qui méritent attention et des  réponses  retenues quand elles existent, s’il y a consensus sur ces réponses. Le référentiel comptable – le plan de comptes – est lui aussi incroyablement détaillé, mais dans les applications courantes , il se résume à un nombre de lignes bien moins grands. Quant à la compétence des auteurs, se reporter au site « Gouvernance et Certification » qui en donne la liste. En quoi vérifier  que le contrat -- entre l’Association   et les donateurs privés ou publics -- est respecté, à savoir on  fait ce qu’on dit et on dit  ce qu’on fait, et on le fait  efficacement   serait-il un délit de Lèse-Associatif ?
 
¬ La procédure de certification est excessivement lourde et coûteuse . Seules les grandes associations pourront se l’offrir. L’A.F.T.A. s ‘est inquiétée de ce point dès 2003 et a réuni des représentants concernés de l’Armée du Salut et de l’A.F.M. pour recueillir le témoignage de deux organisations qui se soumettaient précisément à la certification . La réponse fut claire : lissés dans le temps et ramenés sur une base annuelle, les coûts des certifications des comptes et de la gestion avaient été comparables. Toutefois si la certification de gestion avait été longue et par conséquent coûteuse, c’est que les organismes avaient du se mettre « aux normes », chemin faisant , ce qui avait beaucoup majoré le temps passé et donc le prix. Il faut donc distinguer le prix de la mise en ordre , qui est élevé si l’on part de zéro et qu’on recourt à  des conseils extérieurs coûteux , et celui de la certification qui devient faible si ce travail  préalable a été fait . L’auto -contrôle ne vaut rien pour la crédibilité. L’auto -organisation est décisive pour permettre une certification ou une labellisation à peu de frais. L’effort paie.
 
¬ Les riches et grosses associations pourront seules se faire certifier et seront avantagées pour obtenir des dons et des subventions . C’est un argument de poids quand on considère que les 56 adhérents du Comité de la Charte collectent sans doute près de la moitié des dons . L’objectif  du label AFNOR est précisément de permettre à des centaines et, peu à peu, des milliers d’autres associations de disposer d’armes au moins égales. Compte tenu de ce qu’on vient de dire de la charge réelle de la procédure , cela ne leur est plus impossible. 
 
                                                                                                              Daniel VOILLEREAU
                                                                                                              
 
                                                                                                              13 décembre 2007
 
 
 
 
 
DV/20 juillet 2008

 
 
       
 
 
 
 
 
 
 
 
NOTES  POUR LA COMMISSION MORANGE
    
 
                Il y a deux façons d’aborder la sécurisation du cadre juridique et financier de l’action associative. La première est l’approche administrative classique.  Le monde associatif prend une place grandissante et vit  largement sur les deniers publics. Il faut donc le contrôler et  les  contrôles seront d’autant plus faciles qu’on obligera les associations à plus de transparence . Comme pour les services publics (LOLF), il faut s’interroger sur l’évaluation de leur efficacité.  Les rapports avec la puissance publique doivent être clarifiés, ce qui suppose des contrats . Le rôle des association dans la dynamique de l’emploi est à suivre attentivement  compte tenu du potentiel qu’elles représentent . Enfin, en ce second semestre 2008, il serait bon de contribuer à l’élaboration d’un modèle européen, ce qui sous-tend que nous devons tenter d’exporter notre modèle .
 
Il existe une version plus politisée de cette approche , celle d’une partie du CNVA et de la CPCA, dans l’idée que toute organisation d’intérêt général doit être traitée comme un quasi-service public si possible  avec plus de financements et un statut des bénévoles, mais avec moins de contrôles et surtout pas de contrôles externes, hormis ceux  de la Cour des Comptes.
 
Pour les associations fortement subventionnées , la réforme n’est qu’à mi-chemin
 
               Pour les associations dépendant fortement de l’argent public , la nécessité de contrôles et notamment du contrôle induit par la transparence publique, est bien entrée dans la législation. Les termes de la lettre de mission sont amplement justifiés. Le premier texte important est l’article 10 de la Loi du 1er avril 2000 qui s’inscrit dans une longue évolution. En l’occurrence , il s’agissait de la mise à disposition du public des conventions de subventionnement , des comptes rendus et des comptes des organismes concernés . Sur le terrain , l’accessibilité s’avéra douteuse et il fallut quelques dispositions de l’ordonnance de simplification de 2005 – à la préparation de laquelle , l’AFTA a contribué – pour que le dispositif devienne cohérent : au-delà d’un seuil uniforme de subventions ( 153 K€) les comptes doivent être publiés par voie informatique , sous le contrôle des Commissaires aux comptes et de la Cour des Comptes .Ce dispositif est codifié en L 612 du Code de Commerce.
 
Cependant, les règlements d’application  peinent à sortir et  sont a minima. Les hommes du chiffre ( experts-comptables et commissaires aux comptes) n’ont pas retenu la proposition de l’AFTA qui était d’inclure un Compte d’emploi des ressources dans la définition des comptes publiés ( qui relève d’un décret), sous le motif que la présentation analytique des dépenses par projet ne relève pas de leur compétence. C’est pourtant la seule présentation que le public comprenne et celle que réclame les autorités dispensatrices de subventions. Sous la pression de tous ceux qui n’apprécient pas la lumière, en invoquant les lourdes tâches des responsables financiers et comptables des associations (et fondations) , il a été finalement décidé – et les textes devraient sortir incessamment – que toutes les associations (et fondations) au dessus du seuil de subvention mettront leurs comptes sur un site informatique géré par le Journal Officiel  et s’acquitteront d’une taxe annuelle de 40 €. Rien sur une  présentation unifiée ni sur l’existence d’outils permettant de trier, classer, comparer par secteur, par taille etc .
 
La proposition de l’AFTA était moins coûteuse : un  site central public contenait un fichier des associations soumises à déclaration, avec quelques identifiants et une dizaines de données comptables et analytiques , un lien informatique permettant d’accéder instantanément aux détails sur les pages dédiées du site des associations . A faible prix, le site central pouvait avoir tous les outils de recherche . Du même coup , la Cour des Comptes avait un puissant outil pour orienter ses sondages. L ’Insee dégageait une image structurée de 80% de associations absorbant 80% des subventions et employant tout autant des salariés . Le paysage associatif pouvait devenir lisible.
 
 
La mode est aujourd’hui est de dire que les comptes n’ont guère d’importance et qu’il importe avant tout de regarder la qualité de la gouvernance , et l’évaluation de  la bonne économie des  moyens pour un résultat donné ( « efficiency »), d’autre part à la capacité de l’organisation à atteindre ses objectifs ( « effectiveness » ou « efficacy » en anglais) . Ce raisonnement fait fi de la réalité .
 
 Les citoyens sont aussi des contribuables qui, de plus en plus, savent lire des comptes avant de donner ; les entreprises mécènes sont évidemment attentives et les autorités administratives – LOLF et restrictions budgétaires obligent – également. Plus encore les banques qui jouent un rôle croissant dans la vie associative, exigent la transparence financière. Que fait l’Etat? Les contrôles quantitatifs  de l’Etat sont, pour l’instant et de puis 2006,  inexistants puisqu’il n’y a plus de remise de comptes « papier » aux Préfectures et que le grand dispositif informatique décidé par l’Administration est loin d’être prêt. Font exception les associations reconnues d’utilité publiques qui y sont tenues par leurs statuts. Et l’avenir risque de ne pas être satisfaisant . 
 
Quant aux outils pour apprécier les facteurs qualitatifs , ils n’existent pas parce que des réflexions préalables des experts et des associations elles-mêmes sont nécessaires . Le Conseil d’Etat  avait donné le signal après la seconde Guerre mondiale par le biais des statuts –types et il avait approuvé les recherches vers plus de gouvernance et d’évaluation dans son Rapport annuel de 2001 .  Ces recherches  se multiplient depuis sept à huit ans et se sont fortement accélérées depuis deux ans . L’AFTA qui avait imaginé un questionnaire d’évaluation pour ses candidats adhérents, voici quinze ans, en suit  les progrès et a salué les initiatives opérationnelles de KPMG (auto-évaluation) et des organismes de certification (BVQI et AFNOR/AFAQ) sous l’impulsion initiale de l’association Gouvernance et Certification.
 
Du côté des autorités subventionnaires , principalement les collectivités locales, le besoin est si fort que de procédures et des organisations se créent. Dans l’ombre de grandes villes et de certains départements , l’ approche est pragmatique, nourrie de simple bon sens . Des services dédiés essaient d’ apprécier les demandes de subvention et concluent des conventions sur des projets de mieux en mieux définis : pas de projets avec des descriptifs des moyens . Pas d’évaluation possible  mais alors pas de convention ni de subventions . L’AFTA,  sur ce plan, a recueilli d’intéressants témoignages.
 
 
 
Pour sa part enfin, la Cour des Comptes  toute absorbée par le contrôle de quelques grandes associations qui recourent nationalement à la « générosité publique », ne semble pas trop s’attacher aux associations subventionnées . Peut-être les Cours régionales le font-elles, en vérifiant les collectivités locales. La question mériterait de leur être posée .
 
 
Une accumulation d’obligations et de contrôles sur les Associations recourant à la générosité publique
 
 
Lors du scandale de l’ARC, on aurait pu concevoir que l’ARC disparaisse au profit d’une autre association ayant le même objet, la  Ligue contre le Cancer par exemple. La rivalité des équipes de recherche bénéficiaires et l’honneur des équipes de base qui ne déméritaient en rien, ne l’a pas permis. L’Etat a choisi de s’instituer le défenseur des donateurs aux associations qui organisent des campagnes nationales . Si la Cour et l’IGAS y consacrent effectivement beaucoup de temps , c’est aussi que la définition du contenu des comptes à publier, n’est pas la même et facilite grandement leur travail. Le législateur de 1991, très intelligemment , a crée le compte d’emploi. Un arrêté un peu bâclé l’a défini plus tard,  après qu’un décret ait  monté une énorme structure pour le définir . Mal aimé par les hommes du chiffre , pour les raisons déjà dites  , le CER n’a pas été étendu à toutes les associations sous contrôle . En revanche , le Conseil National de la Comptabilité s’est attaché , début 2008, à le toiletter et l’enrichir ( jeu des reports , prise en charge des investissements , imputation des frais généraux). Il n’est pas allé très loin par égard pour les comptables d’association qui en ont la charge de faire les calculs, avec la coopération de tous les services qui entrent les imputations . Un travail utile a été fait . Il reste à souhaiter que l’ensemble des associations 
 
Pour un changement de paradigme : les associations comme les autorités administratives doivent définir autrement leurs responsabilités
 
S’il est vrai , comme nous le souhaitons, que les idées directrices doivent être : responsabilité et simplification , l‘Etat doit donner l’exemple et les associations doivent accepter un minimum de  règles formelles et, plus généralement,  quelques principes de bonne conduite dont le contrôle externe par des organismes indépendants  fait partie. 
 
L’Etat a beaucoup à faire en matière de simplification. Le Conseil d’Etat dans son Rapport annuel 2001 avait émis de nombreuses suggestions qui ne se sont pas concrétisées , ou de façon partielle, la moindre n’étant pas de résister à l’inflation réglementaire . Tout recueil juridique  complet fait au moins mille pages . Que peuvent en faire les centaines de milliers de petites associations ?La notion de PMI a droit de cité  depuis longtemps . Quid de PMA ?
 
En termes réglementaire, on peut relever à ce jour :
 
--  La complexité croissante des déductions fiscales.  L’effet incitatif des relèvements de taux sur les particuliers n’est plus démontré depuis des années – les Britanniques en doutaient déjà voici dix ans . Leur multiplicité et l’existence de plafonds est peu lisible . Sans s’interroger sur le retour aux formules anglo-saxonnes de déduction  du revenu  et vu les nécessaires économies budgétaires , on peut se demander s’il ne serait pas préférable d’aligner le taux des particuliers à 50% en supprimant les plafonds.
 
-- Le mélange de complexité et d’imprécision de l’article 200 du CGI quant aux catégories   d’ utilité publique , d’intérêt général ou de cercle restreint de bénéficiaires. L’interprétation est ordinairement  confiée à l’appréciation, parfois divergente, des services fiscaux locaux .
 
-- Voila presque dix ans que les ministères concernés ne parviennent pas à s’accorder sur le régime fiscal des fusions et sur les règles de  placements des liquidités sujets qui ont fait l’objet de proposition circonstanciées par l’AFTA
 
-- Non seulement les contrôles de la Cour se réduisent pratiquement à quelques dizaines de grandes associations mais ces dernières adhèrent souvent au Comité de la Charte . Est-ce un double emploi ?
 
-- Des formes juridiques nouvelles sont créées (exemple des « fonds » auprès d’institutions publiques ) qui ne sont que des fondations modifiées : la clarté du langage ne peut qu’en pâtir.
 
-- Comme déjà souligné, la publicité financière n’est pas uniformisée sur la base d’un compte unique d’emploi des ressources. Là où il existait déjà -- domaine de la générosité publique – les experts se sont emparés du concept pour le perfectionner, ce qui facilitera le travail de la Cour des Comptes . Là où il n’existait pas , personne n’a voulu y penser. Pourtant les deux vrais besoins qui le justifient existent.  D’une part l’utilité pour toutes les associations, moyennes ou grandes, d’avoir une comptabilité analytique pour mieux se gérer ;  d’autre part , comme dit plus haut,l’information que les tiers financeurs et notamment les entreprises mécènes et les banques demandent tout naturellement.
 
 
En revanche , l’Etat a pris de bonnes mesures incitatives en faveur du bénévolat qui est l’essence de la vie associative. Ces mesures s’énoncent un peu difficilement parce qu’il  a plusieurs sortes de bénévolat. L’Etat doit préciser davantage et savoir dépenser . Moins de subventions et moins d’avantages fiscaux aux donateurs (voir supra) et davantage  en faveur du bénévolat – à condition que le FDVA (Fonds de développement de la Vie Associatives ) soit géré dans la transparence, avec des critères reconnus.
 
 
De son côté , le monde associatif doit prendre mieux conscience de ses responsabilités en termes de gouvernance et d’évaluation , ce qui ouvre sur le sujet sensible de la certification.
 
Le souci de gouvernance ne date  pas d’hier : qui  lit les statuts des très anciennes associations s’en convainc aisément. Par ailleurs, depuis le début de ce siècle , les grands scandales mondiaux des entreprises industrielles et financières d’un côté et , de l’autre, la  réflexion des entreprises marchandes , relayées par les sociétés de conseil, ont diffusé  et approfondi le concept de qualité et des procédures concourant à la qualité : auto contrôle , contrôle externe , démarche de progrès .
 
 La situation, fortement obscurcie par des débats dont on souhaiterait qu’ils ne soient qu’idéologiques, est pourtant simple : les  citoyens et leurs institutions s’interrogent de  plus en plus  sur  la gouvernance  et l’efficacité de leurs administrations et leurs associations , et la solution la plus simple et sûre procède de contrôles externes assurées par des autorités compétentes et indépendantes :  le juge après mais l’expert avant . On peut certes débattre des effets vollatéraux et les dérives d’un gouvernement des juges et des experts . Le fait est qu’ au niveau européen  le concept est acquis, et aux Etats-Unis et au Canada  en application . La France ne peut être crédible sur le dossier de l’association de droit européen , si les pratiques de certification et de labellisation ne gagne pas droit de cité. 
 
 Si le retard est grand , c’est probablement que nos associations , plus occupées à débrouiller le maquis des autorisations et à ployer sur des contrôles , n’ont pas encore senti la nécessité de se prendre en main . Du coup , les deux organismes indépendants de « contrôle externe non financier » BVQI et  AFNOR/AFAQ ont un rayon d’action encore limité.
 
 Cette limitation tient  pour  une part lié aux campagnes de désinformation menées sous l’égide de la CPCA  dont la doctrine est parfaitement claire ( Charte du 1er juillet 2001 art. 4-2) qui défend le principe de « l’auto -contrôle de la gestion et de l’emploi des ressources »  Il est urgent que la législation , conçue pour les produits et les services , soit revue pour les associations, tout en maintenant que la profession de certificateur, dûment libérée,  fasse l’objet d’ accréditations comme pour les Commissaires aux Comptes. Ainsi et alors, les associations sauront se gérer mieux , et auront les moyens d’une transparence pertinente et fiable. Elles seront naturellement crédibles au regard des  tiers financeurs : autorités administratives , entreprises mécènes et particuliers. 
 
                                                                     
 
Daniel Voillereau 
 
Conseiller (Hon) à la Cour des Comptes
Ancien Président de l’AFTA (1998-2007
Trésorier de L’ENVOL pour les enfants européens 
Membre du Conseil de Gouvernance et Certification
 
 
                                                        
                                                         
                                                                        
 
PJ : Article sur la certification publié dans  la Revue de l’AFTA en Annexe
 
 
 
ANNEXE


Cercle d’Analyse et de Prospective de l’AFTA (CAP/AFTA)

                                                                
TRANSPARENCE , REFERENTIEL  et CERTIFICATION
 
Synthèse historique augmentée de quelques remarques sur le Forum des Associations et Fondations du 1er décembre 2007
 
 
 
 
 « La révolution intellectuelle pour moi  c’est celle de la certification qui oblige à la transparences à la sincérité des comptes, et c’est celle de l’évaluation qui oblige chacun à se soucier des conséquences de ce qu’il décide et des résultat de ce qu’il entreprend » ( Le Président de la République . 5 novembre 2007, 200 ième anniversaire de la Cour des Comptes)
 
 
 
Les  associations et fondations  dépensent au moins 60 milliards d’euros par an , dont la moitié vient de   fonds publics. Les citoyens n’ont pas encore une cartographie renseignée et chiffrée des associations et fondations qui bénéficient de l’argent public, directement ou indirectement. Cette situation devrait évoluer  rapidement par la volonté de l’Etat , pourvu cependant que certaines conditions  simples soient respectées . Le public n’a que partiellement le moyen de savoir si toutes les associations auxquelles il donne son argent par ses dons ou par ses impôts et son temps par le bénévolat, sont bien gérées. A cet égard, c’est aux associations elles-mêmes de prendre leurs responsabilités mais elles doivent savoir que des démarches convergentes leur permettent aujourd’hui d’améliorer leur gouvernance, leur gestion, l’évaluation de leurs résultats et leur transparence, et de le faire savoir par la labellisation ou la certification. Si elles s’engagent dans ce processus, elles gagneront de façon durable la confiance de l’Etat, des donateurs , des mécènes, des collectivités publiques , des banquiers et des média.
 
 
La transparence financière et comptable
 
Pendant longtemps les associations  ont réservé leurs comptes financiers à leur Assemblée générale. Les associations reconnues d’utilité publique qui doivent statutairement les déposer  en Préfecture, faisaient exception. Entre 1991 et 2005 , l’évolution est profonde , marquée par la loi de 1991 qui réglemente les appels nationaux à la générosité publique, prévoit la publicité des comptes pour les donateurs et créé le compte d’emploi des ressources ; le Plan comptable adapté aux associations (1999) ; la loi de 2000 qui organise le dépôt en Préfecture des comptes-rendus financiers et des comptes, avec accès du public, pour les associations subventionnées ; enfin l’Ordonnance de 2005 qui rationalise et unifie presque complètement le dispositif autour de quelques principes clairs : les associations et les collecteurs de dons assortis d’avantages fiscaux, au delà d’un certain montant (153 K€), doivent avoir un ou deux Commissaires aux Comptes et  publier leurs comptes . Le compte d’emploi des ressources prévu par la loi de 1991 doit figurer dans l’Annexe qui fait partie des comptes annuels. Les fondations sont alignées sur les associations. Le mode de diffusion est renvoyé à un décret, mais il est admis qu’il s’agira de la Toile. Corrélativement, le dépôt des comptes en Préfecture est supprimé. La Cour des Comptes contrôle la totalité de ce dispositif qui sera complété en 2006 par un inventaire des subventions à partir des collectivités attribuantes .et par la publicité des rémunérations les plus élevées.
 
Voici vingt ans, les organismes sans but lucratif n’avaient de comptes financiers à rendre qu’à l’Etat , pour autant que ce dernier leur avait attribué la rare distinction de l’utilité publique . Aujourd’hui, quiconque utilise de l’argent public doit rendre compte, financièrement, au public. On ne sait pas encore combien d’organismes seront concernés, mais on sait que la transparence financière sera assurée, avec des comptes certifiés.  Cette évolution a été ralentie pour des raisons techniques et surtout politiques : le 1er juillet 2001 , le Premier Ministre avait signé avec le Président de la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA) une Charte dont l’article 4-2  défend le principe d’une transparence financière « limitée aux adhérents, donateurs et pouvoirs publics ». Le public n’y figure pas.
 
Les décrets d’application. sont encore attendus  La question est de savoir s’ils rendront les données comptables lisibles, accessibles et exploitables, à faible coût pur la Collectivité, les associations et le public.
 
Tout le monde sait lire un  compte d’exploitation analytique. On y voit les ressources éclatées par origine et les dépenses éclatées par projet , frais généraux et coût de collecte et de communication mis à part. Le lecteur mesure la part faite aux différentes missions et la capacité de l’organisation à les remplir avec peu de frais généraux et de collecte. Pour l’instant ce compte n’est prévu que pour les 165 associations  faisant appel nationalement à la générosité publique. La forme est en voie d’amélioration par le Conseil National de la Comptabilité(CNC) . Sa généralisation  à toutes les associations couvertes par l’Ordonnance de 2005 serait un progrès de lisibilité. Elle aurait l’avantage supplémentaire de simplifier le travail des responsables financiers et comptables de base, ces oubliés qui sont exaspérés par la  disparité des « comptes administratifs » .
 
Plus lisibles, les comptes publiés doivent être véritablement accessibles. Si les associations et fondations envoient leurs comptes en bloc sans normalisation  sur un site public, celui-ci sera gigantesque , impénétrable et coûteux. L’A.F.T.A.pour sa part propose depuis un an de publier sur un site public national la totalité des comptes d’emplois des ressources, sachant que tout  consultant pourrait basculer par un lien sur le site de l’Association. Il y trouverait les données comptables détaillées, le reste de l’Annexe, le Rapport du Commissaire aux Comptes , tels que prévus et normés par la réglementation , ainsi que tous les commentaires que l’Association aurait souhaité faire pour en améliorer la compréhension -- ce que font excellemment toutes les grandes associations réunies au sein du Comité de la Charte --.
 
Enfin , il faut que cette base de données soit exploitable . Tout professionnel  des bases de données sait parfaitement que, pour cela :
 
-- toutes les données doivent être normées,
-- au compte d’emploi doit être joint une fiche d’identification économique et juridique
-- le serveur doit avoir les logiciels nécessaires pour permettre des tris par un ou plusieurs critères et les comparaisons.
 
Pourquoi ? Ceux qui ont vécu le monde des entreprises  connaissent les effets induits d’une information économique et financière ainsi conçue : l’opacité se dissout ; les acteurs s’interrogent sur eux-mêmes et sur les autres ; ils prennent conscience des contraintes de gestion et de possibilités stratégiques, partenariats ou  fusions ;  la confiance des banquiers, des financeurs et du public se construit sur des bases claires. Il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement pour le monde associatif .
 
Pour une gestion transparente
 
De récents débats  ont montré que les donateurs , grands ou petits, particuliers ou entreprises, fondations ou collectivités publiques, ne se contentent plus de chiffres   comptables. La logique comptable ne suffit plus .Ils veulent savoir si l’argent est géré avec efficacité des moyens , si les risques potentiels sont prévenus,  les résultats concrets évalués, la gouvernance dûment structurée, attachée à un ou plusieurs  projets explicités et à une stratégie d’avenir, attentive à l’identité et à l’image dont elle a la garde et  que véhicule sa communication.
 
Cette priorité que les entreprises connaissent depuis longtemps , que l’Etat met en œuvre au travers de la LOLF, a de très grandes conséquences : si une Association doit pouvoir répondre sur sa gestion , il faut évidemment d’abord qu’elle s’interroge sur elle-même (« Connais-toi toi-même ») ,  ensuite qu’elle choisisse un modèle d’organisation reconnu ( « le référentiel »), enfin que toute l’équipe assimile ce modèle. 
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A la poursuite de bonnes règles de gestion, le Conseil d’Etat a depuis longtemps apporté sa contribution avec les statuts-types . Ceux-ci concernent essentiellement la gouvernance. Durant la seconde moitié du siècle dernier , les réflexions se sont multipliées dans les pays anglo-saxons, et plus tardivement en France, au sein des entreprises marchandes. Elles ont nourri le Code de Commerce. Notamment ce qui concerne  la prévention des risques et les conflits d’intérêt a été étendu au secteur associatif. Depuis cinq ans , des modèles concrets apparaissent à plusieurs sources : les Experts comptables et Commissaires aux Comptes par les travaux de l’Académie des Sciences comptables et techniques financières (2005) ; les avocats conseils comme FIDAL ; des associations  comme l’A.D.E.M.A , IDEASou l’Institut français des administrateurs ; enfin des groupes d’experts et de praticiens qui se  constituent pour élaborer des « référentiels » de pratiques reconnues comme efficaces.
 
 En l’occurrence, il y en a eu deux : les adhérents du Comité de la Charte dont les travaux collectifs sont formalisés au début  au début de 1990,  et des experts et praticiens réunis autour de l’Association des Familles Protestantes (AFP) . Ces derniers  font  un premier référentiel vers 2000, à partir d’un schéma établi par L’Institut de l’Entreprise . BVQI (Bureau VERITAS Qualité International l’a repris, fait évoluer et l’utilise avec l’ARC, l’Armée du Salut et l’A.F.M. (Téléthon). La Chaire Entreprenariat Social de l’ESSEC a produit un « Référentiel de bonnes pratiques et de Transparence Associatives». L’expérience a conduit une équipe renforcée autour de l’AFP, à  remanier complètement son premier référentiel et à le remettre entre les mains de l’AFNOR au début de 2006. Le texte de ce référentiel se trouve sur le site de l’A.F.A.Q./ A.F.N.OR , filiale de l’AFNOR responsable de l’exécution des contrôles.
 
Le débat est souvent brouillé par le fait qu’on imagine un référentiel comme un énorme répertoire de règles imposées. Un référentiel est un répertoire de tout ce qu’on devrait, a priori, vérifier dans une organisation pour qu’elle fonctionne bien. Sur chaque point , le référentiel dit une règle ou prescrit une orientation ou demande seulement que les dirigeants s’étant interrogés, arrêtent par écrit leur propre décision . Evidemment , les points d’audit réellement utilisés dépendent beaucoup de la taille et moins du secteur , du mode d’activité et des buts poursuivis. Le contenu de la communication, qui puise transversalement dans toutes les parties de l’organisation , doit être lui-même  adapté aux destinataires , internes ou externes. Pour ne prendre que l’exemple de la gouvernance , le Conseil d’Etat l’a bien compris qui admet des adaptations aux statuts-types.  Il reste que l’expérience a  montré qu’un certain nombre de règles se retrouvent dans tous les cas de figure et sont incontournables.
 
 
Des règles de bonne gestion existent . Encore faut-il que les dirigeants les assimilent et que les équipes tout entières les partagent . Plusieurs voies sont ouvertes ; la plus directe est de se référer aux référentiels existants : les associations qui recrutent des cadres sortis d’écoles de gestion ou d’entreprises, bénéficient de leurs connaissances ; dans le cadre de juniors-entreprises , les élèves d’ écoles de commerce (ESSEC ,HEC ..), déjà initiés au monde associatif, proposent maintenant leurs services .
 
 L’initiative la plus ingénieuse et structurée est celle de KPMG qui développe depuis un an sur ses clients un outil pédagogique qui permet aux  dirigeants qui le souhaitent de s’initier aux principales règles.  Il utilise un questionnaire. Ce n’est autre que l’antique méthode socratique : «  Connais-toi toi-même »  L’A.F.TA. en avait conçu les prémisses entre 1985 et 1990  pour sélectionner ses adhérents et  publié ses conclusions en 1990  . KPMG a complètement enrichi et formalisé la démarche. Des notes, positives ou négatives, correspondent aux  différentes réponses. Les associations pourront ainsi s’initier au management et  s’organiser en conséquence, se comparer avec la moyenne de leur catégorie et apprécier la valeur de leur organisation et de leur communication au regard des différents tiers ( donateurs, administrations subventionnaires etc.) car  KPMG  a  étudié les données, financières ou non, quantitatives ou non, qui intéressent particulièrement chaque catégories de tiers. C’est donc une démarche d’auto -évaluation érigée en méthode pédagogique , d’application  volontaire . Nul doute qu’elle n’ait des effets discrets mais réels  à plus  grande échelle .
 
 
Label et certification
 
Il ne suffit pas de communiquer sur ses comptes et de mettre en valeur la qualité de  sa gestion pour convaincre. Encore faut-il prouver qu’on applique effectivement les règles de gestion. L’intermédiation d’un tiers qui atteste à la fois l’existence de règles internes pertinentes, le respect effectif de ces règles et donc la véracité de la communication les concernant,  est nécessaire. Pour  les comptes financiers, ce rôle est assuré par les Commissaires aux Comptes , obligatoires pour les associations et fondations du périmètre de l’Ordonnance  de 20O5. Pour les autres données  l’association (ou la Fondation) doit recourir à un organisme qui, sur la base d’un référentiel,  audite et délivre un label ou une certification. Ce faisant , si l’Association est un peu importante, elle se trouve exonérée de développements fastidieux sur toutes ses procédures : elle peut ne citer, dans son rapport d’activité, que les centres d’intérêt traditionnellement sensibles chez les tiers (donateurs, mécènes, financeurs publics , banquiers, medias..) .
 
Un label ou une certification ne sont  véritablement des garanties pour les tiers que si  l’organisme qui les délivre est compétent , extérieur, indépendant et reconnu . La première condition va de soi pourvu que la compétence inclue la connaissance des spécificités associatives . Les deux suivantes, d’ailleurs liées,  préviennent les conflits d’intérêt. La dernière est plus importante pour les organismes qui délivrent un label car ils engagent leur réputation que pour les certificateurs qui sont civilement responsables des erreurs qu’ils commettent . 
 
Trois organisations, déjà citées, existent. Deux proposent un label : le «  Comité de la Charte du don en confiance » et l’A.F.NOR/A.F.A.Q.  ;  BVQI filiale du Bureau VERITAS, délivre  des certifications . Le Comité de la Charte pour le Don en confiance est  une association fermée qui labellise ses propres adhérents au nombre d’une soixantaine et  les qualifie  dans la  perspective des donateurs . BVQI  certifie l’ARC, l’A.F.M. et l’Armée du Salut , également dans la perspective des donateurs. L’AFNOR , sur la base d’un référentiel établi et entretenu par l’Association « Gouvernance et Certification » délivre son label « Gouvernance et Gestion responsable des Associations et Fondations » ,  avec la perspective d’en faire une norme européenne.
 
Créé le dernier, ce label est le plus général  car il ne vise pas seulement l’économie du don mais les relations de toutes les associations avec des tiers . Il répond surtout aux quatre conditions de compétence d’externalité, d’indépendance  et de notoriété tant  pour la conception du référentiel que pour sa mise en œuvre. Il a été établi en référence aux valeurs et aux risques  spécifiques du monde associatif, pour y permettre « un pilotage convenable des activités dans un souci d’efficacité, d’efficience et de désintéressement au service de l’intérêt général et pour y éviter les dérives et  les appropriations, matérielles ou symboliques, personnelles ou non». 
 
Ce dispositif a été vivement critiqué, dès  la première version de 2000. L’accusation, relayée par notre plus célèbre journal satirique , était celle d’un détournement de fichiers au profit du grand capital ! Cette interprétation consternante  a encore circulé tout récemment, s’agissant de l’AFNOR.  Quoiqu’il en soit , l’A.F.T.A. découvrant en 2000 l’existence de la  certification de  gestion y avait consacré un large débat au Sénat suivi de deux réunions dont les procès-verbaux ont été conservés . A nouveau des critiques  ont été articulées lors du Forum des Associations et des Fondations tenu au Palais des Congrès  le 1er décembre dernier, venant de la CPCA ( Conférence Permanente des Coordinations Associatives) . Elles  reflètent une position regrettable qui figure  à l’article 4.2 de la Charte du 1er juillet 2001, déjà cité, dont la dernière ligne défend le principe de « l’auto -contrôle de la gestion et de l’emploi des ressources ».  Ce principe a été passé sous silence lors du Forum, au profit d’arguments pratiques, en italique ci-après, qui méritent  d’être objectivement examinés. 
 
 
¬ L’auto -contrôle se répand , à l’initiative de la CPCA, et le fait que nous avons connu deux scandales seulement en sept ans montre que les dispositifs actuels sont largement suffisants La réponse est évidemment non . Comme le faisait remarquer Martin HIRSCH lors du même Forum, «  il y a des affaires tous les ans mais on ne le sait pas ».Et la Cour , en surplomb, doit continuer ses réflexions et ses investigations qui sont indispensables pour la fiabilité globale du dispositif.
 
¬ Les contrôles des administrations accablent les associations . Ce n’est pas nécessaire d’y ajouter une certification privée. L’excès de contrôle tue le contrôle. Il faut admettre que pour les associations les contrôles de toutes parts sont souvent intolérables et le CAP/AFTA contribuera aux réflexions pour que les contrôles publics soient mieux coordonnés , réduits à l’essentiel et mis en cohérence avec les labellisations privées.
 
¬ Les référentiels qu’utilisent BVQI ou l’AFNOR sont inutilement compliqués . Ils sont conçus par des « idéologues et des marchands de certification »  qui ne connaissent pas la vie associative. La labellisation  privilégie « le contractuel » au détriment du « fonctionnement  associatif »,  et il y a banalisation de « l’Associatif » par rapport à l’Entrepreneur  ». Les réponses figurent plus haut : les référentiels sont des répertoires de tous les points qui méritent attention et des  réponses  retenues quand elles existent, s’il y a consensus sur ces réponses. Le référentiel comptable – le plan de comptes – est lui aussi incroyablement détaillé, mais dans les applications courantes , il se résume à un nombre de lignes bien moins grands. Quant à la compétence des auteurs, se reporter au site « Gouvernance et Certification » qui en donne la liste. En quoi vérifier  que le contrat -- entre l’Association   et les donateurs privés ou publics -- est respecté, à savoir on  fait ce qu’on dit et on dit  ce qu’on fait, et on le fait  efficacement   serait-il un délit de Lèse-Associatif ?
 
¬ La procédure de certification est excessivement lourde et coûteuse . Seules les grandes associations pourront se l’offrir. L’A.F.T.A. s ‘est inquiétée de ce point dès 2003 et a réuni des représentants concernés de l’Armée du Salut et de l’A.F.M. pour recueillir le témoignage de deux organisations qui se soumettaient précisément à la certification . La réponse fut claire : lissés dans le temps et ramenés sur une base annuelle, les coûts des certifications des comptes et de la gestion avaient été comparables. Toutefois si la certification de gestion avait été longue et par conséquent coûteuse, c’est que les organismes avaient du se mettre « aux normes », chemin faisant , ce qui avait beaucoup majoré le temps passé et donc le prix. Il faut donc distinguer le prix de la mise en ordre , qui est élevé si l’on part de zéro et qu’on recourt à  des conseils extérieurs coûteux , et celui de la certification qui devient faible si ce travail  préalable a été fait . L’auto -contrôle ne vaut rien pour la crédibilité. L’auto -organisation est décisive pour permettre une certification ou une labellisation à peu de frais. L’effort paie.
 
¬ Les riches et grosses associations pourront seules se faire certifier et seront avantagées pour obtenir des dons et des subventions . C’est un argument de poids quand on considère que les 56 adhérents du Comité de la Charte collectent sans doute près de la moitié des dons . L’objectif  du label AFNOR est précisément de permettre à des centaines et, peu à peu, des milliers d’autres associations de disposer d’armes au moins égales. Compte tenu de ce qu’on vient de dire de la charge réelle de la procédure , cela ne leur est plus impossible. 
 
                                                                                                              Daniel VOILLEREAU
                                                                                                              
 
                                                                                                              13 décembre 2007
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                                                                  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                                                                  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

L' Hotellerie Française veut la certification

Emission Envoyé Spécial:10 juillet 2008

lorraine kaltenbach 11 juillet 2008 9:54

à PPK

Emission adorable hier soir sur Envoyé spécial avec un documentaire sur l'hostellerie française.

Les classification une, deux , trois ou quatre étoiles ne veulent plus rien dire. 50% du parc hôtelier français serait dans un état lamentable. Les établissements sont contrôlés par l'état à raison d'une fois tous les 8 ans, dans le meilleur des cas et avec des critères obsolètes.

Résultat, les chambres d'hôtes qui offrent moins de surprise deviennent de sérieux concurrents.

Du coup la profession s'organise pour réagir. Comme l'Etat n'a pas les moyens de contrôler nous allons avoir recours à des organismes privés qui assureront des contrôles réguliers et indépendants. Et une des représentantes de la profession de dire devant la caméra : vous ne voulez tout de même pas qu'on fasse de l'auto-contrôle et qu'on se délivre entre nous des bons points ! Le contrôle doit être extérieur;

L'Exception associative anglaise ? Une démocratie

Politique associative en France et en Angleterre




Février 2008


La politique associative en Grande Bretagne

et en  France


En France , il n’y a pas de politique associative. La preuve?


L’étude du paysage associatif anglais donne donc une idée de l’effort qui attend les pouvoirs français s’ils souhaitent honnêtement aider le monde associatif à retrouver ses principes fondateurs. Il s’agit de combler un triple déficit de connaissance, de cohérence et de gouvernance collectives.

+++

Clareté et rigueur des principes et définitions de ce qui relève de la bienfaisance et du bien public réunis. (13 rubriques sont établies.)

L’objectif est de renforcer la confiance du public par le moyen. d’une bonne gouvernance

La générosité et l’apport au bien public ne se présument pas.( Avant 2006  la présomption était de droit)

Les bénévoles dirigeants ne peuvent être rémunérés à raison de leur engagement.( En Angleterre l'AFM/ Téléthon serait interdite de générosité publique)


Volonté et cohérence politique :

La Charity Commission est un service public rattaché au Cabinet Office et qui ne répond que devant le Parlement ; la Charity Commission est contrôlée par le National Audi Office présidé par un député de l’Opposition : séparation des pouvoirs oblige.
Outre les rapports avec le Gouvernement et le Schadow cabinet, une coopération systématique et est organisée avec les parlementaires. En France il aura fallu attendre 2008 pour qu'une mission parlementaire de 12 déutés pose la question de la Gouvernance et du financement des structures associatives. La mission n'a même pas les crédits qui lui aurait permis de se rendre en Angleterre.

Ampleur des moyens humains (511 agents) et financiers ( 50 millions d’euros) : autant que la Cour des Comptes.

La Commission a sous contrôle  annuel 194.000 charities qui pèsent 50 milliards d’euros en 2006. En 2006 5081 nouvelles charities ont été enrégistrées sur le Régistre et 4576 radiées. En France on compte 187.000 associations employeurs d'au moins un salarié;

Minutie des procédures de vérification ; nombre d’auditeurs, temps passé  sont chiffrés.

La rigueur des sanctions et la publicité qui leur est donnée garantit l’efficacité  du système: déclaration et inscription au Régistre conditionnent les avantages fiscaux. Les manquements sont sanctionnés par la radiation de l‘organisme, les dirigeants bénévoles comme salariés et les employés peuvent être suspendus ou renvoyés, leurs noms publiés.
La quantité, la qualité et la certification des informations qui doivent être fournies pour publication varient fortement selon le volume des ressources et des actifs comptables imposées aux candidats varient fortement selon les ressources et les actifs. Ainsi le recours à un expert agrée pour certification ne s’impose qu’au dessus de 650.000 et 3.600.000 euros d’actifs. Les dirigeants doivent signaler tout événement grave survenu dans l’année.

Concertation permanente et générale avec tout le milieux qu’il s’agisse du concept de bien public secteur par secteur ou des objectifs généraux de l’Institution. La Charity Commission se veut au service des Charities et multiplie ses efforts pour réduire les coûts et la charge administrative de ses administrés.

Respect scrupuleux des droits des citoyens qui peuvent saisir un Tribunal spécial moins lourd et moins onéreux que la Haute Cour de Justice.

L’apport de la tradition. Le premier Charity A