Laïcité, protestantisme, famille, associations et gouvernance

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Motion synodale du pasteur J.A. de Clermont au synode national réformé de Sochaux 17/20 mai 2007

La question associative ?

Motion synodale du pasteur J.A. de Clermont au synode national réformé de Sochaux 17/20 mai 2007.


<<.Le synode National de l'Eglise réformée de France, réuni à Sochaux du 17 au 20 mai 2007, demande au Conseil national de l'église réformée de France et au conseil national de la Fédération Protestante de France de vérifier si l'appartenance des Associations familiales protestantes, à ses instance, collèges des oeuvres et mouvements, forum de la vie associative est compatible avec les prises de position de son président. >>.

78 voix pour. Contre 0.
Les actes publiés qui détaillent le déroulement des opérations font foi . Le « sanctionné « n'a pas été prévenu. Le vote a eu lieu en soirée, le dernier jour du synode, sans débat, à mains levées. Trois principes fondamentaux du droit sont en cause : la présomption d'innocence, le contradictoire qui impose à tout juge d'entendre les deux parties, le droit du prévenu de se défendre et de se faire assister. Il n’y aurait pas de précédent.
++++
 
Le  pasteur Manoël, président du conseil national de l'ERF, a souhaité une rencontre. Ses deux délégués, M. de Casenove secrétaire  général de l'ERF et M. Widmer, chargé des associations au sein de l'ERF mais aussi de la Fédération  protestante  ont donc été reçus par cinq administrateurs des AFP :  Jean Hugues Carbonnier, vice président, P.De Felice Trésorier,M. Rives trésorier adjoint, Serge Oberkampf pasteur  réformé et J.M Potenti pasteur évangélique. A ce jour les suites de cette rencontre ne sont pas connues.

Aux abois. La CPCA suite III

Aux abois suite II

Aux abois ! I Charasse.. CPCA, Comité de la Charte, J.A. de Clermont

Tous unis contre le label associatif AFNOR. I

Pour la Réforme du recours au statut de la loi de 1901

Voies et moyens



DEMARCHE

Objectif, voies et moyens de la Réforme

I

Combler un triple déficit
de cohérence, de de connaissance et gouvernance.

Il ne s’agit plus du traditionnel débat gauche-droite mais de l’étroitesse de la relation à la dépense publique qu’il s’agisse de la décider, de la répartir ou d’en profiter .
Il s’agit de combler le triple déficit qui caractérise l’exception associative francaise .
Il s’agit non point de remettre en cause la justice sociale mais de mettre terme à l’opacité qui caractérise la gestion de l’Etat Providence. ( CF Rapports des Conseillers à la Cour des Comptes MM. Nasse et Bonnet pour deux premiers ministres successifs, MM Jospin et Raffarin en 1997 et 2001 ).

Une démarche politique refondatrice

Entendre par refondatrice le retour aux principes initiaux soit La Réforme, pour restaurer la confiance et la participation d’un nombre suffisant de citoyens bénévoles ; adaptation et transposition des expériences étrangères heureuses avec un souci de cohérence européenne.

La réussite passe par la mobilisation de forces montantes mais éparses qui ont pris conscience des impasses et contradictions actuelles : usagers, bénévoles, élus locaux, donateurs, entreprises mécènes, notariat, de nombreux agents publics tant locaux que natioaux. Et cette mobilisation a d ‘autant plus de chances de réussir que le débat proposé sera celui de la transparence, de la gouvernance, de la séparation des pouvoirs et des intérêts, valeurs négligées par une V° République finissante. ( Noter que l’Union Européenne attend une réforme en France),

Le succés dépendra en outre largement de la crédibilité des procédures publiques et privées convaincantes proposées et mises en œuvre. C’est ici que la Gouvernance associative aura un rôle déterminant ( CF Label associatif AFNOR ). Le retour de la confiance dépend de la crédibilité des procédures.

A preuve de cette évolution prometteuse de l’opinion, le soutien et des chefs d'entreprise du meilleur niveau.

Monsieur Jean-Marie Bockel. Sénateur maire de Mulhouse, conseiller général, conseiller régional d’Alsace, président de l’association des grandes villes de France.(PS)

Madame Christine Boutin. Députée des Yvelines. Vice Présidente du Conseil Général. (UMP)

Monsieur Jean-Pierre Brard. Député maire de Montreuil sous Bois, vice président de l’Association des maires des grandes ville de France. (CR. PC))

Monsieur Charles Amédée du Buisson de Courson. Député de la Marne. Conseil municipal de Varnault les Dames. Conseiller Général. Conseiller régional de Champagne Ardennes ( UDF)

On consultera en annexe les réponses positives en Isère de MM D.Migaud, Destot, maire de Grenoble, A. Carignon, Madame Tardy, maire de M eylan .

Chefs d’entreprises soutenant le projet. : B Collomb , F . Mer.

Personnes ressources : Maitre Bernard Monassier, administrateur du Figaro. L’UNAF représentée par son trésorier B. Laune. Eric Molinié. Ancien président de l’AFM. EDF. Secteur Handicap. Philippe Marescaux ancien secrétaire général des Restaux du cœur. Ancien censeur du Comité de la Charte. Noël Pons . Service Central de prévention de la corruption.

++
COHERENCE

I Au titre de la cohérence institutionnelle, un statut « d’entreprise sociale » doit être inventé pour les 30 à 40.000 organismes qui n’ont plus d’associatif que le statut et dont l’importance en termes d’effectifs salariaux, de moyens financiers mis en oeuvre et d’aides publiques reçues réclame une gestion plus rigoureuse et plus respectueuse de la démocratie financière. (CF rapport du Conseil d’Etat 2001).Personnes ressources : Philippe Mettoux ancien chef du service de prévention de la corruption. Conseiller d’Etat. Philippe Kaminski, INSEE. ADDES . Philippe Marescaux.

II Une gestion interministérielle effective de la vie associative.

De ce progrès de cohérence dépendent les progrès de connaissance et de gouvernance. D’où la suggestion de transposer à la vie associative la formule qui a réussi pour la recherche scientifique et technique.

Pour une Délégation Générale à la Vie Associative ( DGVA)

S’agissant de la coordination nécessairement interministérielle d’une action déterminante pour l’intérêt général, l’héritage du Général de Gaulle le plus pertinent est à coup sûr celui de la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique. ( DGRST).

CONNAISSANCE

La France a besoin que les assemblées élues conduisent un audit associatif national dont le produit final devrait être triple :

I En termes de comptabilité nationale la « Dépense Nationale Associative »
regroupant la totalité des fonds publics et privés transitant sous statut de la loi de 1901.

II Au plan statistique, un compte associatif INSEE.

III En termes de dépense publique. Elaboration d’une enveloppe « budgétaire » globale -à l’instar de l’enveloppe scientifique- consolidant la totalité des fonds issus des prèlèvements obligatoires quelle qu’en soient l’origine et les modalités d’attribution.

En la matière tout est à faire. Le « jaune « qui tous deux ans depuis 1961 donne la liste des associations directement aidées par l’Etat est une mascarade budgétaire. Seul le Parlement peut imposer le programme scientifique et statistique qui fait actuellement défaut. Personnes ressources : Gérard Sarracanie .Directeur de la Vie Associative, ancien Délégué à l’innovation sociale et à l’économie sociale. Philippe Kaminski. INSEE/ ADDES

GOUVERNANCE

Trois pistes.

I Parlement. Instituer un contrôle parlementaire doté de moyens « à l’anglaise » : National Audit Office.

II Cour des Comptes. Mettre la Cour des Comptes en état de répondre à sa vocation en matière de dépense publique associative.
Actuellement le principal obstacle est l’absence de cohérence due à la division de la juridiction en sept chambres jalouses de leurs compétences sectorielles. Second obstacle majeur: pour des raisons d’un juridisme « talmudique », la Cour se refuse à vérifier les comptes des 25.000 organismes de Sécurité Sociale. Deux solutions s’offrent au législateur pour compléter la Loi Evin de 1991 : soit une nouvelle chambre chargée du dossier associatif, soit une formation inter-chambre placée sous la responsabilité d’un magistrat ayant statut de président de chambre.
Au cas où aucune de ces propositions ne serait jugée acceptable ne resterait plus que la solution britannique d’une agence d’évaluation et certification associative extérieure à la Cour sur le modèle de la Charity Commission créée en 1853 .

III Le label associatif
«Gouvernance et Certification » -AFNOR : promouvoir cette démarche volontaire et privée de certification notamment à des fins pédagogiques ; sensibilisation ert mobilisation.

Une action privée engagée par « Gouvernance et Certification » depuis 2001, avec BVQI d’abord puis en 2006 avec AFNOR, anticipe déjà la réforme . C’est une première en Europe.
Dans le cadre de l’accord signé le 15 novembre 2006 entre «Gouvernance et Certification » et l’AFNOR, un référentiel permet un label associatif. Une commission de labellisation a été installée ce 23 avril par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative.
La procédure mise en œuvre se distingue des autres formes de contrôle publiques comme privées en ce qu’elle est volontaire et repose sur la séparation des pouvoirs et des intérêts, tant au sein de l’organisme certificateur que de l’association certifiée.
Le label associatif a pour objectif de favoriser la confiance du public envers les associations de qualité. Sont concernés outre les associations qui le souhaitent, les financeurs privés et publics, les personnels bénévoles et salariés enfin les populations intéressées par l’action associative.

« L’attribution du label exige le respect des principes fondateurs de l’association : la liberté d’entreprendre, le désintéressement, un fonctionnement démocratique. L’application de ces principes implique la mise en œuvre de procédures de transparence et de gouvernance soumises à la certification d’experts compétents, indépendants, extérieurs aux organisations certifiées comme à leurs partenaires.

« La séparation des pouvoirs et des intérêts tant au sein de l’organisme certificateur que des associations certifiées garantit seule la crédibilité de la démarche.

« Le monde associatif, de par la diversité et la liberté qui le caractérisent, se prête mal à la mesure de la valeur sociale ajoutée par rapport aux moyens humains et financiers engagés. La certification, avec ses exigences, apporte une garantie que :

• les moyens d'une bonne gouvernance ont été mis en place pour permettre à la fois une bonne prise de décisions et un pilotage convenable des activités,
• toutes les précautions ont été prises pour éviter les dérives et des appropriations, matérielles ou symboliques, personnelles ou non
• la transparence est effective,
• La représentativité est averée
• les droits des donateurs, des financeurs publics et privés, des bénéficiaires, des bénévoles et des salariés sont respectés.
C'est une combinaison d'obligations de moyens et d'impératifs de résultats.

La CPCA a écrit au ministre compétent, R. Bachelot, pour exiger la suppression du projet AFNOR.Personnes ressources : P.P.Kaltenbach, B. Monassier, Eric Molinié, François Moutot, Patrick Node Langlois., Michel Rives.

IV. Systématiser le dispositif institué par LOI n° 2006-586 du 23 mai 2006 relative au volontariat associatif et à l'engagement éducatif (DECRET n° 2006-887 du 17 juillet 2006 relatif à la publication par voie électronique des subventions versées aux associations de droit français et aux fondations reconnues d'utilité publique. J.O n° 165 du 19 juillet 2006 . L’ARRETE du 25 septembre 2006 fixant le modèle prévu par l’article 3 du décret n°2006-887 du 17 juillet 2006 relatif à la publication par voie électronique des subventions versées aux associations de droit français et aux fondations reconnues d’utilité publique a été publié au Journal Officiel le 7 octobre 2006.) imposant à toute personne morale publique de publier les subventions aux associations.


II


Reprise détaillée de propositions formulées depuis 2001.

REFORME GLOBALE


1) Il est mis en oeuvre un programme statistique et scientifique lourd à la mesure de l’enjeu. L’INSEE recense sous cinq ans les structures, les moyens humains ( salariat et bénévolat) et financiers, (fonds publics, générosité publique, ressources commerciales) les activités du monde associatif concernant les 30/40.000 principaux employeurs , les 2000 RUP, les 100 associations de la loi de 1991 relative à la générosité publique.Le Ministère de la Recherche engage un programme socio-économique global sur la vie associative, géré par appel d’offre selon la procédure des actions concertées de la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique.L’obectif est de trier entre les 900.0a. associations selon la taille, le secteur, le rapport entre bénévoiles et salériés etc .. Les décisions d’attribution de moyens financiers et humains de recherche sont prises en instance interministérielle et rendues publiques comme les résultats
2) Le document budgétaire “jaune” institué par l’article 41 de la loi de finances pour 1962 est remplacé par un document utilisable. A l’instar du rapport annuel de la Charity Commission Anglaise. Il recense et consolide annuellement les comptes des 30/40.000 associations, 2000 RUP et 100 asociations de la loi de 1991( contre 184.000 en Grande Bretagne) les plus importantes par leur bilan, leur compte de résultat, leur effectif salarié. Loin de se réduire aux seules subventions directes de l’Etat, il fait somme de toutes les ressources tirées de prélèvements obligatoires quelle qu’en soit l’origine, la nature, les modalités de versement. Sont également recensées les ressources tirées d’activités marchandes et de la générosité publique.
3) Des missions provisoires de la légalité associative sont créés au sein des ministères des Finances, de l’Intérieur, de l’Education Nationale, de Jeunesse et Sport, des Affaires Sociales, de l’Emploi, de la Culture pour veiller à l’application des circulaires du premier ministre J.Chirac de 1986 et du ministre du budget M. Charasse de 1998 et Jospin “”Charte de 2001, tendant à supprimer les associations para administratives.
4) Il est créé soit, à la Cour des Comptes, soit sous son contrôle, soit sous le contrôle du Parlement présidé par un député de l'Opposition une instance administrative indépendante compétente en matière associative selon les principes et les moyens de la Charity Commission anglaise sous controle du NAO et des Communes. Outre les 100 associations faisant appel à la générosité publique, la Cour des Comptes ( ou la nouvelle instance aidée par des experts en certification) est chargée de mettre en oeuvre progressivement le contrôle annuel des 2000 associations reconnues d’utilité publique, puis des 30/40 000 principales associations, puis de toutes celles ( seuils définir) recevant plus de ....... euros de fonds issus des prélèvements obligatoires, effectuant plus de .... euros de chiffre d’affaire, employant plus de 20 salariés A terme de cinq ans, la nouvelle institution devra contrôler et publier annuellement les comptes des organismes contrôlés. A l’instar de la Charity Commission, un registre des associations complété d’un registre des dirigeants, sera tenu et publié, les comportements critiquables seront publiés, les dirigeants indélicats sanctionnés, leurs noms publiés. La Cour sera autorisée à publier une appréciation sur l’activité des inspections des ministères et des commissaires aux Comptes en fonction auprés de ces associations;
5) Les associations réalisant plus de ..... euros de ressources tirées d’activités marchandes et/ou employant 20 salariés et plus sont tenues aux obligations des entreprises industrielles et commerciales: inscription au registre du commerce, droit du travail et droit fiscal. La gratuité désinteressée des bénévoles est la condition des avantages fiscaux et des aides publiques. Si nécessaire, un statut législatif ad hoc pour les associations administratives et marchandes d’une certaine taille est élaboré.
6) Les prestations de services “achetées” par le secteur public à des associations sont soumises au code des marchés publics et aux règles de la concurrence. Les autres formes de “consommation publique”, par exemple les subventions, sont soumises aux contraintes et contrôles de droit public.
7) Les administrations fiscales proposent au Parlement sous deux ans d’adapter le droit fiscal des dons et legs selon le modèle britannique, les avantages consentis aux contribuables étant compensés à due proportion par des réductions du montant des aides publiques issues des prélèvements obligatoires et distribuées sous forme de subventions.
8) La Commission de contrôle des dépenses électorales, sous contrôle du Conseil d’Etat, est chargée par la loi de définir et mettre en oeuvre sous le contrôle du Parlement une procédure juridictionnelle de contrôle de l’impartialité électorale des associations aidées.
9) Les responsables des secteurs publics et privés concernés, Entreprises, associations d’usagers, grandes associations, commissaires aux comptes, etc .... promeuvent le développement de la procédure de certification instituée selon la loi du 3 juin 1994 mise en oeuvre en 2001 par AFM, ARC, Armée du Salut avec le bureau BVQI/Véritas, reprise par AFNOR en 2006. Il est confié à la Cour des Comptes un rôle de certification supérieure des controles effectués par les inspections techniques et/ou les cabinets privés à titre expérimental dans les secteurs sensibles comme la formation professionnelle, la lutte contre les exclusions, le handicap
10) Il est créé une commission nationale des aides publique aux associations sur le modèle de la commission de contrôle des aides aux entreprises.
11) Les 25.000 associations et organismes principaux employeurs du secteur social relevant de la loi de 1975 sont soumises aux contrôles des juridictions financières.
12) Les associations bénéficiant d’une aide publique s’interdisent toute action à finalité électorale sous peine de voir l’aide suspendue. Les fonctionnaires démissionnent de leur administration avant de se présenter à toute élection d’importance et par exemple concernant plus de 100.000 électeurs inscrits. En cas de cumul des mandats, le cumul des subventions par les obligés de l’élu est interdit. Les contrôles des
“subventionnés” ne sont plus assurés par les seuls services subventionneurs et leurs corps d’inspection mais par des organismes indépendants (Cour ou agence ..). Toute personne condamnée à raison de l’usage des fonds publics est inéligible et ne peut appartenir à titre bénévole ou salarié à une association subventionnée ou en charge de gestion paritaire de fonds tirés des prélèvements obligatoires. L’infraction est sanctionnée par le retrait de la subvention et de toute aide publique. Il est interdit aux fonctionnaires des corps de contrôle de “pantoufler” dans les les organismes contrôlés.
13) Dans les secteurs cogérés par les partenaires sociaux (retraites complémentaires, formation professionnelle, aides aux chômeurs, aide aux handicapés aide au logement etc .. les rémunérations supérieures à 7076 euros(46.000 F) par an sont publiées sous le contrôle des commissaires aux comptes;
14) Toute rémunération intéressant un bénévole dirigeant associatif employeur entraîne la requalification fiscale de l’association et le retrait des aides publiques conformément ) à l’arrêt de la Cour de Justice des Comunautés Européennes en date du 21 mars2002
15) MEDEF et syndicats décident de la publication des rémunérations de leurs représentants dans les instances “associatives” du paritarisme social.
16 ) Au cas où la décision législative de décembre 2001 ( loi de finances pour 2002) autorisant la rémunération des bénévoles au taux plafond de 7056 euros serait maintenue, une nouvelle loi serait prise imposant outre le non cumul avec d’autres rémunérations et avec les pensions de retraite, la publication du patrimoine, des revenus et des impôts des dirigeants bénévoles rémunérés. Dans un premier temps, les collectivités locales retirent les aides accordées au associations rémunérant leurs dirigeants bénévoles en application de la loi de finances pour 2002. A terme les associations rémunérant leurs dirigeants bénévoles se voient retirer le statut d’ associations de la loi de1901.


Philosophie politique du projet de réforme associative

Philosophie politique du projet


”Gouvernance et Certification “
une idée neuve,
un outil de bénévolat politique


Rédigé aprés les élections de 2002; revu aprés celles de 2007.


APRES LES “SEISMES”
PRESIDENTIELLE 2002 !
REGIONALES 2004,
CONSTITUTION EUROPEENNE 2005.
QUE SERA 2007 ? UN TSUNAMI ?
ET 2012 ?
&nbsp;

La classe publique française découvre le concept de” Gouvernance Civile” en politique au moment même où l’Amérique qui a inventé la “Corporate Governance” d’entreprise affronte le cataclysme provoqué hier par l’affaire Andersen/Enron, demain par le comportement des trois grandes agences de notation financières.

L’objectif de la présente note est d’éviter que par un contresens doublé d’un contretemps dont les relations franco américaines sont coutumières, la Réforme soit privée en France des avantages d’une démarche de Gouvernance Civile dont la philosophie repose sur la transparence et la séparation, des pouvoirs et des intérêts.

Aprés une analyse du concept de Gouvernance Civile, il est proposé une démarche pédagogique de sensibilisation et de mobilisation par un nouveau modèle de parti politique et une expérimentation pratique locale et personnelle en matière associative.

L’urgence politique ?


GOUVERNANCE et TRANSPARENCE

CERTIFICATION et PARTICIPATION


Il s’agit de transposer à la sphère publique et politique, partout où il y a de l’argent public, des pratiques de transparence et de contrôle, crédibles utilisées dans le monde économique et privé. La France ne sera jamais Enron, et ce n’est pas le moment de transformer la Cour des Comptes en Arthur Andersen ou autre agence de notation, mais le statu quo en matière d’emploi de l’argent public n’est plus supportable, n’est plus supporté: pour deux raisons

En France, la principale fracture n’est pas économique et sociale, elle est politique et morale. Sa cause n’est pas à rechercher dans le rapport aux moyens de production mais dans la relation à la dépense publique , » qu'il s'agisse d'en décider, de la distribuer ou d'en profiter », aussi dans la relation aux médias. En France les professionnels se battent pour le Pouvoir alors que le Peuple souhaiterait plus de contre pouvoirs, surtout dans le monde médiatique.

D’autres causes de fracture sont certes importantes: France ouverte-France fermée, France d’en Haut-France d’en Bas, France branchée-France des banlieues, rapport à l’insécurité et à l’immigration etc.. elles restent secondes par rapport à la fracture politique et morale. Des preuves? Le vote Le Pen progressait dans les électorats de Saint Josse, Laguiller, dans les zones d’effondrement rural ( La diagonale des rides Charleville Meyzières-Foix), parmi les immigrés portugais et magrébins de Vitroles, de préférence chez les jeunes hommes frustrés.

C’est pourquoi l’anti racisme subventionné, la chasse au fascisme telle que conduite par les médias entre les deux tours de la présidentielle de 2002 ne pouvait qu’aggraver le mal dans la mesure où elle fonde une sorte de haine partisane sur un déni de réalité

C’est pourtant une évidence qu’en France, le citoyen est moins bien traité par les organisations censées placées sous son contrôle que ne l’est dans son domaine l’actionnaire des sociétés cotées, voir le consommateur de produits congelés. Même insuffisantes, les informations données sur le secteur boursier sont devenues en France plus fiables que celles données sur les finances publiques et le secteur public. Ceci est vrai des militants des partis, des syndicats, des grandes associations et autres mutuelles: effectifs incertains, finances impénétrables, choix fondamentaux effectués de manière opaque par de petites coteries, modes de désignation ”à vie” des dirigeants, budgets illisibles, rémunérations occultes, cumuls en tous genres.

Telle est sans doute la cause majeure de l’exception française.

L’exception française ? Des partis politiques sans militants, des syndicats sans salariés, des églises officielles sans fidèles, de grandes associations sans bénévoles, des coopératives sans idéal, des mutuelles..comme la MNEF !
Bref, une démocratie non participative qui exclut ses citoyens, vacille sous le cumul des mandats dans l’espace et dans le temps, le privilège électoral des fonctionnaires, le poids de la dépense et de l’emploi publics, le manque de transparence, d’alternance, de contre pouvoirs au sein du système politico administratif, la montée de la corruption et l’inefficacité des contrôles techniques, la rareté des contrôles démocratiques.
Comble de régression démocratique, les médias loin d’assurer la liberté d’information en organisent la confiscation. Les propriétaires de TV vivent de contrats publics ( canon, béton, eau ....) mais les journalistes sont à 80% “de gauche”. Le “séisme” électoral du printemps 2002, a frappé les salles de rédaction autrement que les urnes. Même stupéfaction face à la réélection de Bush.

Une autre idée se répand, c’est qu’il y a un lien étroit entre l’efficacité de la direction d’une organisation et la “gouvernance” (règles et contrôle de leur respect ) à laquelle cette direction est soumise.

On peut donc imaginer qu’une compétition s’engage. Le parti, le syndicat, la grande association “lucrative sans but”, l’ONG qui proposerait à ses homologues une charte de bonnes pratiques de “gouvernance publique” et s’engagerait à la respecter de façon exemplaire et crédible pourrait espérer gagner beaucoup en image, en confiance du public, et en définitive en moyens. Reste qu’il ne faut rien idolâtrer et que les meilleures procédures sont toutes et toujours à réformer (semper reformandae) comme l’a démontré l’affaire Andersen.

CONSENSUS INTELLECTUEL ?

-Que disait J.Julliard en 1977 dans “Contre la politique professionnelle”?

&lt;&lt;J’écris ce livre sous l’emprise du sentiment profond que la politique n’est pas tout et qu’elle a pour premier devoir de s’en souvenir. La seconde conviction qui m’anime est la suivante: pour que la politique devienne quelque chose pour tous, il faut qu’elle cesse d'être tout pour quelques uns.&gt;&gt;.

-Que disait J.Julliard 20 ans plus tard dans “La Faute aux élites”en 1997?

&lt;&lt; Il faut inventer une nouvelle alliance entre le peuple et les élites. La nouvelle alliance ne reposera pas sur un contenu idéologique mais sur un nouveau partage des responsabilités entre le bas et le sommet. Il faut donc inventer des mécanismes nouveaux. Une mutation de nos protocoles politiques est nécessaire&gt;&gt;

-Que disait M. Gauchet dans “La religion dans la démocratie”en 1998 ?

&lt;&lt;Il y a quelque chose de pathétique dans la situation des dirigeants actuels. Alors qu’ils se tracassent comme jamais d’écouter, de sonder, de comprendre, d’expliquer, alors qu’ils se multiplient en assises, états généraux et colloques, la distance ne cesse de croître entre la base et le sommet. Ce qui monte dans le Peuple, ce n’est pas une demande d’écoute, de sondages, d’images ou de bruit, de “comm”, en un mot de démagogie médiatique, c’est une demande véhémente et désordonnée de reconnaissance, d’impartialité de probité, de légitimité et de participation, demande qui si elle n’est pas canalisée, organisée, dans le cadre de procédures précises, contractuelles, acceptées et respectées de tous ouvre grand la porte au déchaînement des rapports de force.&gt;&gt;.

Cela donne les transports publics ou les routiers, les éleveurs de porcs ou les casseurs de banlieues, les Corses et les Bove, les professionnels des “sans papiers clandestins” appelant à l’insurrection, les envahisseurs de cliniques d’IVG, les incendies de synagogues par revendication identitaire et les Week End “sans toubibs”.
Lorsque chaque groupe prétend détenir la seule morale qui vaille, la sienne, et veut se la faire financer sur fonds publics, lorsque chaque corporation estime avoir droit à la satisfaction de toutes ses revendications et d’abord la demande de statu quo, le seul rempart de la démocratie réside en des procédures, des protocoles protégés par la Loi et par le Juge.

La seule protection contre cet Ordre Moral en miettes, c’est l’Ordre légitime.

Il faut éradiquer l’affrontement meurtrier entre le Camp du Bien et le Camp du Mal; hier encore baptisé Gauche-Droite.

Et Gauchet de conclure: Cette exigence implique, outre un système de règles voir un protocole strictement codifié, de descendre l’Etat de son piédestal, de déhierérarchiser et désacraliser le politique et le social, on peut ajouter de laiciser la dépense publique.

PROPOSITIONS
APPLICATION A UN ORGANISME PUBLIC

L’application de la gouvernance à un parti politique comme à tout organisme public et par exemple, un syndicat, l’ UNAF, une ONG peut prend les formes suivantes.

I Une définition stricte de la qualité de membre militant et des incompatibilités

C’est ici l’occasion d’afficher l’originalité par la rigueur et la “déprofessionnalisation”
-Le militant ne doit avoir fait l’objet d’aucune condamnation en relation avec la dépense publique
-Il s’engage à ne pas cumuler de mandats dans le temps et dans l’espace.
-Les fonctionnaires s’engagent à démissionner de l’administration la veille de se présenter à une élection nationale.
-Le militant reçoit une carte infalsifiable et un mot de passe permettant le vote par correspondance comme sur NET et le contrôle par huissier
-Les agents chargés de la transparence financière( ils contrôlent toute recette et toute dépense) sont inéligibles aux autres fonctions du parti et ne peuvent aller aux élections. Le contrôle des comptes doit être assuré par un organisme crédible, compétent, indépendant extérieur, à l’organisme contrôlé..
-Les parlementaires et membres des cabinets ministériels doivent démissionner de toute fonction au sein du parti.

II Une charte et des statuts permettent d’instituer et d’afficher publiquement non seulement les principes mais les procédures et disciplines qui forment le socle du mouvement, c’est le Contrat politique .

Ce contrat permet à chacun d’adhérer et de s’engager en connaissance de cause ce qui a pour effet d’exclure toute personne dont les propos et les actes seraient incompatibles avec l’esprit et la lettre de ce contrat. On gagnerait à s’inspirer des statuts du Parti Québécois, de mentalité française mais fortement mâtinés de démocratie pratique à l’anglo saxonne La qualité de la démocratie interne préfigure le comportement d’un parti une fois au pouvoir.

III Un Conseil de Gouvernance légitime et crédible aux yeux des tiers, élu en assemblée générale par le même corps électoral que la direction assure le respect de la charte et des statuts par les adhérents et les dirigeants. Le Conseil se compose de six/dix personnalités: connues pour leur compétence, leur indépendance et la probité dont ils ont fait preuve au cours de leur vie professionnelle et sociale.
Ces personnalités ne doivent pas avoir eu de carrière politique, n’appartiennent à aucun parti, et s’engagent à ne pas se présenter à des élections politiques nationales ou européenne dans les trois années suivant leur sortie de fonction.. Il s’agit donc d’un organe “apoliticien”, mélange d’audit, de médiateur, de Conseil Constitutionnel interne. Le conseil n’a aucune compétence électorale ou politicienne et ne gère pas. Il n’est pas un rouage de l’organisation.
Il peut faire effectuer par huissiers, comptables ou audits de son choix tous les contrôles qu’il juge nécessaires, Le résultat de ces contrôles peut être rendu public. Enfin en cas de conflit, à la demande des parties, le Conseil peut jouer un rôle d’arbitrage.

AU TOTAL ET AU DELA..... des PROCEDURES


La Charte, les Statuts et le Conseil constituent la” gouvernance” en un tout indissociable. Ici réside la différence utile d’un mouvement fondé sur la conviction que seule la transparence restaurera la participation. Il s’agit d’un régime volontaire de contrôle légitime demandé par les responsables et gérés par des ” indépendants”. En France, ce serait une première qui peut devenir une arme redoutable entre les mains de citoyens libres et responsables. En cas de succès, le mouvement pourrait en effet gagner d’autres institutions publiques ou vivant de fonds publics sans contrôle légitime suffisant. Il suffira en effet de répliquer aux éventuelles critiques: “ Faites en autant ! “. Se vérifierait alors la formule de Victor Hugo,” Rien n’est plus fort en ce monde qu’une idée dont l’heure est arrivée”.

Cette démarche compléterait le programme de lutte contre la dérive associative engagé par les Associations Familiales Protestantes depuis 1995: certification des associations caritatives ( BVQI ; AFNOR.) et travaux des Observatoires Bénévoles des Réalités Associatives Locales engagés ici ou là et notamment en Isère

Puisse la Gouvernance Publique ainsi décrite constituer un premier pas vers la nécessaire Réforme de notre démocratie financière malade, en recontruisant la séparation des pouvoirs et des intérêts. En un mot il faut cesser de prendre Bourdieu pour Solon.

Loin d’être un gadget gouvernance et certification peuvent nourrir la Réforme.


Mai 68 : relativisme associatif ?

De l'ordre moral à la faillite des finances publiques

Mai 68 : relativisme associatif ?

1968- 2008

 De l’Ordre Moral
 à
la faillite des finances publiques

: le relativisme associatif

« Liquidons  68  et son héritage de relativisme intellectuel et moral ».  Par  ces mots N. Sarkozy  concluait sa campagne électorale au parc omnisport de Bercy.

  La droite officielle a peu réagi, oscillant entre indifférence et étonnement géné : « Pourquoi ressortir ces vieilles lunes? ». Quant au PS, intellectuellement paralysé par le séisme de 2002, la stupeur l’a emporté sur la fureur. On ne discute pas d’un blasphème ! Se trouvait ainsi dévoilé ce sommet  du relativisme « à la française » : «  Tout se vaut !  mais il est interdit de me contredire ». Les éléphants ont donc enterré le dossier. Les imprudents ! Derrière l’effet de tribune, un missile à tête multiple est en route vers sa cible : l’élection présidentielle de  2012.

  Sous l’apparence d’un mauvais procés, cette critique du relativisme actuel suggère en effet la possibilité d’une fracture inattendue, plus morale que sociale, aux causes moins économiques que politiques, soit exactement l’inverse de la thèse communément admise par la classe publique depuis l’élection présidentielle de 1995. Pis, pour la première fois dans l’histoire de la République, voici la preuve administrée que l’«Ordre Moral » peut ne pas être de droite. Est ici menacé le « Graal » de la Génération aux affaires depuis trente ans, celle-là même qui s’est proclamée « Génération  Morale ». Ce nouvel Ordre Moral se caractérise- entre autre spécificité française- par un relativisme associatif unique en Europe. L’association l’outil de prédilection de la société civile selon Tocqueville a été pervertie subrepticement depuis 1975 en courroie de transmission d’un Etat Providence pléthorique. Comme quoi l’héritage de 68 ne se réduit point au sexe.

  Circonstance idéologiquement déstabilisante, de même que les campus américains avaient inspiré nos barricades, la contestation du relativisme nous arrive des Etats-Unis. Qui pis est, elle émane de milieux juifs, trotskystes, néo conservateurs, fermes soutiens de G.W. Busch. Ecoutons le professeur de philosophie de Chicago, Leo Strauss  déstabiliser nos Bobos  : « Si tout se vaut, le cannibalisme est une affaire de gôut !. » .

  L’intérêt d’une réflexion politique sur le relativisme associatif, c’est l’éclairage donné à deux questions  essentielles.

                Première question, la victoire de N.Sarkozy est-elle le fruit de la médiocrité de ses adversaires ? De ses talents personnels ? Ou d’une vague de fonds ? Seconde question, existerait-il une corrélation entre relativisme et crise des finances publiques notamment sociales ? De la réponse à ces questions dépendent sans doute la préparation et le résultat de l’élection présidentielle de 2012 .
                       Trois approches inédites faciliteront la nécessaire controverse. C’est d’abord l’engrenage des mécanismes fondateurs de l’exception française depuis 1975: incivisme et défiance, d’une part, Etatisme et corporatisme  de l’autre. C’est ensuite le rôle des classes moyennes protégées dans la colonisation de la société civile sous pavillon de 1901 . C’est enfin le nécessaire rétablissement de la séparation des pouvoirs pour protéger notre démocratie financière en danger.  Le maillon entre ces  trois approches ?: L’Association « à la française » seule institution Européenne mobilisant la Morale pour accéder sans gêne aux caisses publiques.

<<   La morale et l’intelligence d’un peuple démocratique ne courraient pas de moindres dangers que son négoce et son industrie si le gouvernement venait y prendre partout la place des associations >>.


                                        Alexis de Tocqueville. « De la Démocratie en Amérique » 1835 .
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_*Non, toutes les associations ne se valent pas ! *_

                  Il existe un relativisme associatif. Français. Il consiste à affirmer que toutes les associations se valent, que toutes sont justes et qu’il ne saurait être question d’effectuer le moindre tri sous peine de « jeter le bébé avec l’eau du bain ».Or le bébé est en train de se noyer dans l’eau sale et c’est le Medef qui fin 2007 lance l’appel à la certification   de ses associations après l’affaire de l’UIMM : « La transparence financière, le Medef la demande pour toutes les organisations professionnelles et interprofessionnelles, pour toutes les organisations syndicales et pour toutes les ONG ». (16 octobre 2007). Dans le même temps éclatait l’affaire de l’Arche de Zoé .

            Or les associations sur fonds publics présentent quatre spécificités qui expliquenrt les effets désastreux du relativisme sur nos finances publiques et notre démocratie.

 L’importance des moyens. Certes personne en France, INSEE, Parlement, Cour des Comptes, Université, CNRS, ministères, Conseil Economique et Social, Conseil National de la Vie Associative ( CNVA), Conférence Permanente des Coordinations Associatives(CPCA) ne peut donner  d’informations satisfaisantes  sur le nombre  exact  d’associations, de salariès, de bénévoles , ni sur l’origine, la nature, le montant,la réoartition des ressources et des dépenses associatives à fortiori sur le volume de fonds publics et privés qui transitent sous pavillon de 1901.  Mais l’on préssent depuis peu ( 1995) que l’ensemble mobilise des effectifs et des sommes considérables 1.600.000 salariés et 8/10 % du PIB le tout sous le regard éberlué de  6 millions de bénévoles-donateurs qui forment le socle vivant de la société civile. Le salariat chasse le bénévolat des associations employeurs comme la subvention chasse la cotisation syndicale.

L’éclatement des financements publics
aggrave les conséquences de la décentralisation: L’Etat et les communes contribuent, chacun pour 15 %, à l’ensemble du financement des associations, les départements et les organismes sociaux participent à hauteur de 9 % , les régions : 3 % et l’Europe : 1 %. Les financements publics sont liés aux domaines de compétences des collectivités : Les communes interviennent sur l’ensemble du champ associatif même si elles privilégient les secteurs culturels, des loisirs et des sports, Les conseils généraux financent principalement les associations du secteur social de grande taille, Les régions et l’Europe se concentrent sur les secteurs de l’éducation et de la formation. Aujourd’hui, l’Etat entretient des relations financières avec près de la moitié des associations employeurs. Cette évolution reflète l’importance croissante des emplois aidés par l’Etat dans le secteur associatif.
Les financements privés restent estimatifs ; en 2006 25.000 associations ont déclaré 25 milliards de chiffre d’affaire à la TVA , dons particuliers et mécénat auraient atteint respectivement 2 milliards et un milliard. Le montant des cotisations serait de 10 milliards.

La concentration : 4 % des associations soit 30 000 à 40 000 «  employeurs » sur 1 million, regroupent 80 % des salariés et des fonds publics.Or les fonds publics constituent 40% du budget associatif, situation unique dans l’OCDE.

La démesure des prétentions morales : l’association serait juste par statut et nature d’activité. En trente ans, elle est devenue moralement autonettoyante. Un tabou !

L’ outrecuidance des prétentions politiques.
 Au président de  l’Association des maires de France qui l’interrogeait sur la demande de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA) de signer la charte des employeurs sur fonds publics, Michel Charasse répond le 5 novembre 2001 : « Vous m’envoyez le texte de déclaration commune avec les associations. Je trouve que ce texte est du baratin insipide qui  noie le poisson. Je n’ai donc pas l’intention de m’associer à une démarche collective qui sent son curé et son gauchisme à plein nez. »

        Démesure et outrecuidance n’ont pas échappé à Raymond Boudon, professeur émérite de sociologie à la Sorbonne qui commente l’opération « Don Quichotte » : « Que le pouvoir politique cède à la pression médiatique est très inquiétant sur l’état de nos institutions. Conséquence, la rue peut désormais »faire la loi» sans mandat, sans représentativité, et avec pour seule caution le coup médiatique. Du coup, des éléments essentiels de notre devenir peuvent se jouer au sein d’associations qui s’érigent en représentants autoproclamés de la population à l’occasion de crises.C’est un phénomène typiquement français que l’on ne retrouve dans aucun autre pays d’Europe. Le comble est que l’on nous fait croire que cette démocratie participative constituerait un degré supérieur de la démocratie » ( Le Figaro du 19 janvier 2007).

Au nom d’une supériorité morale par décret, ces Antigone subventionnées se prétendent représentatives de la société civile. Et comme leur existence dépend des administrations qui les ont constituées en courroies de transmission, elles sont devenues le bras séculier d’un secteur public déjà pléthorique.

Catherine Bidou décèle chez les classes moyennes françaises « une participation exceptionnelle au tissu associatif et une propension à prendre le pouvoir localement en colonisant la société civile dans les domaines éducatifs, culturels, voire dans la décision politique par voie élective ».  Louis Chauvel poursuit : « À l’opposé des autres pays, la France reste marquée par des classes moyennes dont le rapport au politique en comparaison avec leur rapport à l’ordre économique est une caractéristique prédominante à la mesure du mouvement de 1968 et de leur conquête politique en 1981. » (1) Pierre Rosanvallon l’avait pressenti dés 1998 : «C’est l’aggravation du déséquilibre électoral du PS entre salariés du public et salariés du privé qui comporte des risques graves pour son avenir politique. Le clivage secteur public-secteur privé devient donc électoralement de plus en plus significatif>>

Marcel Gauchet en tire la conclusion sociologique la plus pertinente : « Voici pourquoi la déferlante individualiste continue de s’abattre sur le grand chaudron des bureaucraties redistributrices.»(2).

    Ce désordre, tous  les pouvoirs y ont contribué : gauche et droite, Paris et province, syndicats et patronat, grandes surfaces et gagne petits, partis politiques et corporations, faux nez administratifs et vrais affairistes, aigre fins  Du coup tout le monde tient tout le monde sous le regard complice des médias : un noeud gordien. ! D’une loi de liberté, de gratuité et de civisme, ils ont fait une courroie de transmission, un outil de souplesse budgétaire et fiscale. Sous couvert de démocratie participative, voici la coalition des intérêts particuliers contre l’intérêt général   Poudrière  et noeud gordien!

    Comment  liquider le relativisme associatif ? en comblant un triple déficit de connaissance, de cohérence et de gouvernance.

 L’Insee doit compter la dépense nationale associative, puis trier entre associations selon leur taille, le volume, l’origine et la nature de leurs ressources, la prédominance du bénévolat ou du salariat.
  Le Président de la République doit créer l’instance de cohérence interministérielle qui fait tant défaux.
  Le Parlement doit se doter d’un corps d’auditeurs à l’instar des grandes démocraties.
 Le Conseil d’État doit proposer un statut pour « employeur associatif ». À l’instar de la Charity Commission britannique, la Cour  des comptes doit se doter d’une « chambre des associations ».
 Les financeurs et prescripteurs publics comme privés ( particuliers, élus, fonctionnaires, entreprises, notaires, partenaires sociaux, églises etc..) vont pouvoir réserver leur soutien à des associations dignes de ce beau nom parce que certifiées par des organismes indépendants comme l’AFNOR qui vient de créer un label associatif unique en Europe et susceptible de retenir l’intérêt de l’Union sous la présidence de la France au second semestre 2008. 
  L’élite du mouvement associatif va pouvoir faire la preuve d’une représentativité, une transparence et une gouvernance crédibles. Le Conseil National de la Vie Associative doit s’ouvrir aux  provinciaux et aux  bénévoles.

Nos prédécesseurs ont séparé l’Église de l’État, séparons l’association des caisses publiques, des urnes, des corporations et du marché.  Moralisons la dépense publique pour laïciser la politique. Mieux qu’une rupture : La Réforme.

 A la différence de ses prédécesseurs depuis trente ans, le  nouveau président de la République n’est peut- être pas hostile à cette démarche si l’on en croit son discours lors du bi- centenaire de la Cour des Comptes le 5 novembre 2007.

<<    Notre Etat a besoin d’une révolution intellectuelle et morale. La révolution intellectuelle pour moi c’est celle de la certification qui oblige à la transparence et la sincérité des comptes, et c’est celle de l’évaluation qui oblige chacun à se soucier des conséquences de ce qu’il décide  et des résultats de ce qu’il entreprend. Je vous invite, Monsieur le Premier président, à engager une réflexion collective sur ce que pourraient être les pouvoirs, les moyens et l’organisation nécessaires pour que ce grand  organisme d’audit public dont la France a besoin puisse voir le jour.Je souhaite que vous me fassiez part du résultat de vos réflexions dans un délai de trois mois  >>.

Nicolas Sarkozy Président de la République. Bicentenaire de la Cour de Comptes le 5 Novembre 2007
NB : Le Premier Président de la Cour des Comptes , Philippe Seguin,  a préfacé le livre « Associations lucratives sans but » Denoël.  Novembre 1995. 



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Liquider mai 68 ? L'Héritage ou les héritiers ?

Préparer 2012

Extrait de « Tartuffe aux affaires » » Mars 2001 p. 31.
" Et l’on ne peut rien comprendre à l’exception politique française, si l’on n’accorde pas toute sa part à cette fracture démographique et familiale entre cohortes qui se succèdent, cohabitent et s’affrontent depuis 1945 . Selon tous les observateurs, la prochaine rupture se produira vers 2005, à l’initiative d’une «génération Internet», bien décidée à faire sauter les privilèges abusifs de ses parents, et d’abord en matière de retraite et de durée du travail. Ainsi, pour la seconde fois dans l’histoire, Mai-68 incarnera le conflit de générations. Mais, cette fois, ce sera en forme de requiem, à l’occasion d’un bilan de clôture.

Rupture démographique et familiale donc, mais aussi secousse idéologique et politique, avec l’effondrement du mythe marxiste-léniniste, héritier falsifié de la Révolution française."

Extrait de « Pour une Nouvelle Politique Sociale » . Fondation Saint Simon P 39.

" Mais c’est surtout l’aggravation du déséquilibre électoral du PS entre salariés du secteur public et salariés du secteur privé qui comporte des risques graves pour son avenir politique. Le 25 mai 1997, le PS mobilise 39% des salariés du public, soit 10 points de plus que son score national et 11 points de plus qu’en 1993; il attire 27% de salariés du privé, soit 2 points de moins que son score national et seulement 7 points de plus qu’en 1993.

D’une façon générale, les salariés du privé penchent à droite (19% Front national, 34% droite modérée, gauche 38%), tandis que les salariés du public son ancrés à gauche (FN 10%, droite modérée 26% , gauche 55%). Le clivage secteur public- secteur privé devient donc électoralement de plus en plus significatif, dans un contexte politique où la réforme de l’État, la réduction des déficits publics, l’adaptation des services publics à la concurrence mondiale deviennent des enjeux politiques cruciaux en France."
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Fin de campagne présidentielle ! Nicolas Sarkozy a surpris son monde en attaquant de front le relativisme intellectuel et moral de 68. Explosion de rage ! La banderille a bien touché la nuque du taureau. S’en prendre aux 35 heures ? Ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux ? Réduire la fiscalité ! Horreur économique certes mais passe encore ! S’en prendre au Graal ? Tous dans la rue ! Bobos en tête ! Il faut lire E. Plennel .

Pourquoi tant de bruit et de fureur ? Véhémence des uns ? Surprise gênée des autres ? La gauche devrait réfléchir. Si nul n’a jamais pu changer l’Histoire, qui oserait interdire le droit d’inventaire ? Le droit de s’interroger sur le comportement des héritiers ? La droite devrait réfléchir. Pourquoi redouter la guerre sociale si 68 se liquide de lui-même ? L’aventure du couple Hollande-Royal et la course à » l’ouverture » des éléphants ne sont elles pas riches de réponse ? Un clin d’œil à la Révolution ? Qui a dit « Les vertus civiques ne sont que l’épanouissement des vertus privées » ? … Robespierre !

En revanche la question qui importe pour 2012, c’est de savoir si l‘élection de 2007 résulte ou non d’une vague de fonds. Dans l’affirmative, le différentiel de talents entre Sarkozy et Ségolène resterait pour ce qu’il a été : déterminant certes mais non suffisant. Pour répondre à cette première question, le recul du temps constitue un rare privilège. Entre 1995 et 2001,j’ai eu le privilège d’avoir tout mon temps pour m'interroger sur la situation de la France et la possibilité pour chacun d’inventer une sorte de bénévolat politique en faveur de la Réforme.Cela a donné un livre "Tartuffe aux affaires" qui concluait à l'arrivée d'une vague de fond en 2002 et duggérait une démache de réforme . La vague de fonds a eu lieu; le séisme s'est produit. La Gauche a disparu au second tour de la présidentielle. Mais de réforme? Point. Nos dirigeants, tous ensemble, ont perdu et nous faire perdre cinq ans. De bien grands obstacles s'opposaient à toute réforme.

Ces obstacles perdurant en 2007, comment éviter que pareil gâchis se renouvelle sinon en mobilisant un nombre sans cesse croissant de citoyens libres, responsables et bénévoles ? Telle sera la seconde question de ce livre.


-- Première Partie --

Etat des lieux 2001 et prospective 2007

De la génération morale à l’ordre moral nouveau



Une fracture morale avant d’être sociale

" La cause réelle, la cause efficace qui fait perdre le pouvoir aux hommes, c’est qu’ils sont devenus indignes de le porter."
Alexis de Tocqueville,
à la Chambre des députés, le 27 janvier 1848, un mois avant la révolution.


L’HORREUR POLITIQUE


Comment cela s’appellet-il (1)... lorsque de jeunes notables s’installent, à vie croient-ils, au-dessus des lois, à l’abri de alternance, de la transparence et de la responsabilité ?

Qu’Elf, le Crédit lyonnais, les frégates et l’Afrique évoquent les Indes-Occidentales et la rue Quinc a m p o i x ? Que le rôle du véreux Verrès est joué par le propre fils de Césa r ? Que la gestion de la MNEF et celle des lycées d’Île-de-France tournent au scandale? Qu’un condamné pour fraude politique revient à la présidence de la commission des Finances de l’Assemblée nationale avec le suffrage de moins de 25% des électeurs au premier tour ?

Que le candidat RPR à la mairie de Paris envisage une proposition de loi pour nettoyer les listes électorales de la Ville Lumière? Que la ministre de la Culture et de la Communication effectue des va-et-vient entre Vivendi, l’Assemblée et le gouvernement, le temps de lever ses stock-options ? Que les chambres régionales des comptes ne savent plus où donner de la tête? Que les grèves du secteur public «dissolvent » Juppé en décembre 1995, puis «remanient» Jospin en avril 2000 ? Qu’une génération politique ose se dire «génération morale» alors même qu’elle provoque un effondrement sans précédent de la morale publique? Lorsque corruption, abstention et cohabitation marquent le passé, le présent et l’avenir de la République? N’en déplaise aux zélotes de Viviane Forrester, cela s’appelle l’«horreur politique».

Responsable de ce désastre, une génération politico-médiatique, aux affaires depuis près de quarante ans, espère visiblement se survivre en prolongeant sa comédie de l’affrontement, en parlant d’autre chose, et, par exemple, d’exclusion ou de fracture sociale, de mondialisation ou d’horreur économique, de pilule du lendemain ou de racisme, de pari té, voire de quinquennat. À l’entendre, nous n’aurions le choix qu’entre libéralisme et socialisme, entre gauche et droite, bref entre elle et elle.

Rarement l’horizon électoral aura été aussi noir en temps de paix.

Durant des mois, depuis le référendum de septembre 2000, les consultations vont se succéder sans trêve: municipales, cantonales, sénatoriales, législatives et présidentielle. Même en changeant la règle du jeu constitutionnel ou électoral, la compétition trop tôt engagée va empoisonner l’atmosphère dans chaque camp jusqu’à la mi-2002. Une grève des électeurs n’est pas à exclure. En dépit ou à cause de ces sombres perspectives, la réforme politique que réclament la nature et la profondeur de la crise n’aura pas lieu, non seulement parce que gauche et droite «professionnelles» n’en veulent pas, mais parce que le peuple réel s’est retiré sur l’Aventin. La réforme indispensable à la santé de la République et de la Nation passe par une autre démarche, une façon de «faire civisme et politique autrement», pour ramener le peuple aux urnes. Il n’y a jamais eu de réforme sans le peuple; nul référendum ne comblera cette absence.

Mais il ne faut pas le dire; il est même interdit de contredire! Pendant ce temps, la déferlante individualiste peut s’abattre sur le grand chaudron des bureaucraties redistributrices.


L’EXCEPTION FRANÇAISE

Une déroute citoyenne

Les citoyens ont abandonné les institutions publiques à des professionnels qui s’égosillent en hymnes à une citoyenneté d’autant plus célébrée qu’elle est moins pratiquée.
Car, en matière «citoyenne», l’exception française, ce sont des partis politiques sans militants, des syndicats sans adhérents, des Églises officielles sans fidèles, de grandes associations sans bénévoles, des coopératives et mutuelles sans idéal, un capitalisme constitué à coups de délits d’initiés, un appareillage institutionnel et électoral qui – p l u s qu’en aucune autre démocratie – place ses bénéficiaires à l’abri de l’obligation de rendre compte dans la durée, un nombre record par habitant d’élus locaux et nationaux, de collectivités locales, de niveaux de financement.

Avec, pour conséquences de cette professionnalisation sans égal: absence de séparation des pouvoirs, privilège électoral de la fonction publique, cumul des mandats dans le temps et dans l’espace –rendu plus rémunérateur par la décentralisation –, primat de l’exécutif – même décervelé par la cohabitation.

Sur 577 députés élus en 1997, 245 sont fonctionnaires (soit 42,5%), dont 148 (soit 61%) sont enseignants. Et ce qui est vrai de l’Assemblée nationale l’est de toutes nos assemblées locales. Depuis 1974, deux présidents de la République sur trois, et neuf Premiers ministres sur onze sont sortis de l’ENA. Début 2000, le gouvernement était composé exclusivement de fonctionnaires. Ce qui distingue désormais les membres de la classe publique du reste de la société, c’est donc moins leurs opinions politiques que leur proximité à la dépense publique, qu’il s’agisse d’en décider, de la distribuer ou d’en profiter.

La faute à l’État-providence ?

Des niveaux scandinaves de prélèvements obligatoires, avec des modes de taxation calabrais, valent à la France l’État-providence le plus obèse, le plus opaque et le plus sectaire de l’OCDE. Comble du paradoxe, plus croît la dépense publique, plus montent l’incivisme, l’incivilité et l’abstention. Dans tout cela, rien que de logique et mécanique. Quand le prince n’a plus assez de foi pour convaincre, ni de courage pour commander, il ne lui reste qu’à corrompre, c’est-à-dire à dépenser chaque jour davantage pour durer sans choisir. La France n’a pas compensé en consentement ce qu’elle a perdu en commandement, parce que, parmi ses élus et ses dirigeants, la représentation professionnelle asphyxie la participation populaire. Pour mettre une terme à la Fronde aristocratique, Louis XIV pouvait enfermer sa noblesse dans Versailles. Jospin, comme son prédécesseur ou son successeur, ne peut que reculer devant la jacquerie des classes moyennes protégées.

«À ce train, nous sommes condamnés à devenir une nation d’exclus politiques au service d’un système gestionnaire devenu fou, à la fois sur-étatisé et sous-gouverné. » Et cela n’a, bien évidemment, strictement rien à voir avec le socialisme, le libéralisme, la chute du mur de Berlin ou la fin des idéologies.

Voilà pourquoi c’est au moment précis où le civisme s’affaisse, où la République manque le plus de véritables citoyens et la société de bénévoles, que la génération responsable de cette «horreur politique» n’a de cesse de brandir la plus moralisatrice des morales et de nous badigeonner la vie avec cette sorte d’enduit «citoyen».

«Paradoxe des paradoxes, ces gens appartiennent à une culture po- litique commune à la monarchie et à la République, n’en déplaise à ses récents zélotes, où le pouvoir est considéré comme sacré, et ses acteurs, intouchables.

C’est le cœur de ce que l’on appelle l’exception française. << Impunité, irresponsabilité et opacité sont trop souvent les trois sombres piliers de l’exercice d’une fonction élective ou administrative. Roland Dumas, Édith Cresson et autres ne démissionnent pas lorsqu’ils sont accusés d’avoir pris des libertés avec la morale pu- blique. Ils résistent avec aplomb et traitent avec hauteur les nouvelles exigences démocratiques. Ils nourrissent les partisans du “tous pourris”. Qu’ils soient de gauche, en principe, n’est jamais qu’un facteur aggravant. » L’auteur de ces lignes s’appelle Serge July.

L’ORDRE MORAL NOUVEAU

Appliqué à d’autres forces que la droite réactionnaire des années 1870, le terme d’«ordre moral» fera sursauter la gauche. Et pourtant! L’ordre moral n’a pas plus de famille que de patrie politique. Il n’est jamais que le produit d’un groupe social conservateur en déclin – stalinisme compris –, qui brandit des valeurs morales et mobilise des institutions contre le suffrage universel, la démocratie et le progrès, dans le seul but d’éviter tout débat sur ses privilèges. Pourquoi la droite française du XIXe siècle finissant aurait-elle ad vitam aeternam le monopole d’une telle réaction ? La nouveauté de la situation actuelle, c’est qu’il s’agit plus d’une affaire de génération, de profession et de dépense publique que de droite ou de gauche. En se proclamant «morale», c’est cette génération elle-même, et elle seule, qui a pris le risque de réveiller la querelle de l’ordre moral.

Un peu d’histoire

À l’attention des jeunes générations (, il faut rappeler ce que fut le premier ordre moral. En tant que réalité politique, l’Ordre moral a traversé brièvement l’histoire de la droite française dans les années 1871- 1876. Ce fut, au sortir d’une défaite, la tentative désespérée de restau- ration de la monarchie, au profit de forces conservatrices, dressées contre le changement depuis 1789. Fruit d’une crise nationale imputée à une crise morale, l’Ordre moral fut présenté comme l’expiation de deux événements tragiques: l’humiliation de Sedan et le bain de sang de la Commune.

Il fut question du sabre et du goupillon, du trône et de l’autel, de l’Église, de l’armée et de l’aristocratie et, pour finir, de la République des ducs, avec Mac-Mahon. Idéologiquement cet Ordre moral a brandi, comme autant de leurres, les grandes valeurs conservatrices: propriété, morale sexuelle, épargne, effort, etc. Il a détourné à son pro- fit les grandes institutions: famille, armée et Église. Certains y ont vu la préfiguration de l’ordre moral selon Vi c h y, appelant – sous la botte Nazie – à expier la défaite (Sedan! toujours Sedan!) en imposant sa révolution morale: Travail, Famille, Patrie, pour mieux se venger du Front populaire.

On retiendra de l’histoire que l’ordre moral réclame la conjonction de plusieurs éléments indissociables: la justification par des valeurs moralisatrices, la mobilisation d’institutions moralement «autonettoyantes», la noblesse des intentions affichées, un clergé en c h a rge de la diffusion des idées et du contrôle des esprits, le tout au seul profit d’une classe sociale bénéficiaire de privilèges.

Voilà pourquoi l’ordre moral avait toujours été considéré comme l’apanage de la seule droite réactionnaire. En témoigne l’appel récent signé par les adversaires de la pensée unique: Régis Debray, Max Gallo, Jacques Julliard, Blandine Kriegel, Olivier Mongin, Mona Ouzouf, Anicet Le Pors et Paul Thibaud dans Le Mondedu 4 septembre 1998, sous le titre «Républicains, n’ayons plus peur!»:«C’est à un examen de conscience collectif qu’invite l’ombre grandissante de l’extrême droite dans le paysage mental et politique.

Car, plus l’État a reculé, plus a avancé le Front national. Si la demande de règles et de valeurs n’est pas satisfaite par les républicains, elle le sera tôt ou tard, en compte à demi ou sous son nom, par le FN. Et ce ne sera plus la loi égale pour tous, mais l’ordre des forts doublé d’ordre moral. »

C’est un contresens. Loin de fleurir sur les ruines de l’État, l’ordre moral nouveau se mitonne dans les bunkers de la classe publique. D’ailleurs, c’est l’élite de la gauche réelle – celle qui se trouve en de-hors des appareils –, qui, depuis peu, l’affirme à tout va. La droite pro-fessionnelle, elle, est aphone.

Les plus rudes critiques contre l’ordre moral de la «génération morale» émanent en effet d’intellectuels plutôt issus de gauche. Voici P. Bruckner, J.-P. Fitoussi, P.Rosanvallon, J.-C. Guillebaud et I. Théry,dans les domaines du sexe, de la famille et de l’enfant. Voici P.-A. Taguieff, P. Yonnet, C. Jelen, pour le racisme et l’immigration. Voici R.D e b r a y, P. Bourdieu, S. Halimi, E. Todd, pour les médias, F. Furet, M.Gauchet et J. Julliard, pour la politique et l’histoire, L. Chauvel et B. Préel, pour l’analyse des relations intergénérationnelles.

Cela n’est pas seulement l’annonce d’un passage de génération, c’est aussi la preuve que l’ordre moral inquiète la gauche professionnelle. Quant à la droit professionnelle, c’est le néant. Pour parler de défaite intel- lectuelle et morale, seul tonitruait naguère un étudiant vieilli, véhé- ment et grossier, Jean-Marie Le Pen, qui depuis vingt ans cumulait les rôles de Renan et de Maurras.

Pourquoi cet éveil critique à gauche? Parce que le roi se dénude sous le regard de ses enfants. Les contradictions se creusent entre la prétention morale et révolutionnaire du discours fondateur, dans l’ardeur de l’adolescence, et la petitesse des arrangements de la maturité, dans les gras pâturages du pouvoir. C’est lorsqu’elle ne respecte plus ses propres valeurs qu’une génération aux affaires se crispe en ordre moral et que ses enfants entrent en révolte.

La prétention au monopole de la morale publique ne survit pas longtemps aux pratiques de petite vertu privée. Et, paradoxalement, la preuve de l’existence d’un ordre moral, comme l’amorce de son déclin inéluctable, alors même qu’il semble triomphant, c’est lorsque les pratiques commencent à contredire par trop le discours édifiant.

Par exemple, la contradiction devient intenable entre le discours des libérations sexuelles et le sub- ventionnement de la répudiation du faible par le PACS. Telles sont les composantes qui donnent à l’affaire de la MNEF son statut d’évé- nement historique, tout comme Stavisky, Panama, ou l’affaire de la piastre. Découvrant ainsi ses premières failles, l’ordre moral nouveau se sent menacé. D’où, l’agressive aigreur qui monte dans les rangs de ses bénéficiaires inquiets.

Lorsqu’un J.-C. Guillebaud titre «La refondation du monde», c’est tout autant de refonder la gauche qu’il se soucie. De fait il y a urgence .

Sous les pavés, les privilèges

Des spectateurs aussi lucides que F. Furet, R. Aron, L. Ferry et R. Debray nous en avaient prévenus. Selon F. Furet, «l’agitation étudiante a produit en quelques années non point des inconditionnels de la révolution, mais une vaste classe moyenne de gauche, porteuse d’un nouveau progressisme bourgeois, fille de la démocratisation universitaire et des idées de 1968. D’un côté les anciens soixante-huitards ont vite fait la paix avec le marché, la publicité, la société de consommation où ils vivent comme des poissons dans l’eau, comme s’ils n’en avaient jamais tant dénoncé les tares que pour mieux s’y adapter. Mais ils tiennent à conserver les bénéfices intellectuels de l’idée de révolution au milieu de leur établissement social ». Des «bobos» avant la lettre!

Raymond Aron avait pronostiqué, dès 1968 que les privilégiés sortiraient de cette situation d’effondrement des normes culturelles (des normes définissant un idéal collectif), non pas en adhérant à un ordre de remplacement par un projet politique, mais par la démission, l’indifférence et la fuite vers la résidence secondaire. Luc Ferry a pu annoncer, pour sa part, la désertion du politique, le repli sur la sphè- re privée, l’essor d’un individualisme hédoniste. Évoquant l’aristocra- tie à la veille de 1789, le duc de Ségur ironisait déjà: «Aux privilèges du patriciat, nous ajoutions les douceurs d’une philosophie plébéien-ne. » Et Régis Debray de relancer deux siècles plus tard: «Le boom moral nous permet la culbute: l’opposition au nom de l’ordre établi, la solitude du résistant et l’enthousiasme du beau monde, la séduction par la puissance et la posture de l’insoumission.»

ll aura fallu attendre presque trente ans pour que Romain Goupil et ses amis justifient R. Aron, F. Furet, L. Ferry et R. Debray dans un film «culte»: À mort la mort!, sorti en septembre 1999, à propos duquel Alexis Campion titre:«Goupil enterre Mai-68. » «Dès la première scène, écrit-il, ils sont tous là: Daniel Cohn-Ben- dit, André Gluksmann, Daniel Bensaid, Edwy Plenel. La seule utopie qui reste, c’est le plaisir. Le personnage principal du film est revenu de tout, même de ses gosses : “Et si on les foutait tous à la DASS?”

La vie après 68 n’est pas donnée à tous: le doute a remplacé le but suprême. “Être militant, c’était beaucoup plus confortable; on savait re- connaître les bons des méchants.” Mais l’individualisme a du bon. La militante repentie confesse: “Maintenant je suis moi, je ne suis plus les autres, je ne suis plus nous.” Bouquet final: “Oui je veux la Suis- se, les vaches, le gruyère et la bourse de Tokyo.” Tant pis pour l’idéal: “Considère que Mai-68, c’est l’ouverture du premier Mac Do à Pa- ris!”» La cible électorale du candidat Alain Madelin! Mais E. Plenel refuse d’en démordre et confirme sa rupture avec R. Debray: «Ce qui nous rend irréconciliables, c’est ta détestation de 68, de l’événement et de ses suites. Mai-68, écrivais-tu, est le berceau de la nouvelle société bourgeoise.» Qu’importe de savoir si E. Plenel appartient ou non, plus ou moins que R. Debray, à la nouvelle bour-geoisie. La question de fond est de savoir comment la morale a pu faire un tel retour, politique et publicitaire à la fois, dans une génération à ce point peu regardante en matière d’argent public.

Morale entre «pub» et «com» électorales

Le tragique de l’histoire, c’est que la réponse doive si peu à l’idéo- logie, à la politique ou à la morale. C’est pure affaire de «pub» et de «com». Entre 1970 et 1990 les mots-slogans s’empilent et se succè- dent un peu au hasard, «politiquement correct» ou «pensée unique», jusqu’au jour où les conseillers en communication provoquent un véritable tête-à-queue intellectuel en créant simultanément: «génération Mitterrand» et «génération morale».

Au début des années 80, les Américains inventaient, puis exportaient le «politiquement correct». La formule désignait l’un de ces excès dont ce peuple est friand. Subitement, des activistesgroupusculaires dénonçaient les péchés des Blancs, mâles, Européens, protestants et autres forces réactionnaires mobilisées contre les Noirs, les femmes, les homosexuels, les Indiens, etc. Penser et agir de façon «politiquement correcte » consistait alors à combattre tout ce qui avait fait l'Amérique : la prière à l’école, la révolution, la Constitution, l’Ouest, le covenant, le rêve, etc., avec, en prime, l’obsession du harcèlement sexuel. Il était suggéré, par exemple, de ne plus lire Aristote, qui donne une image dévalorisée de la femme!

À la conférence de Washington contre le sida, en juin 1987, une Union contre le capitalisme et l’impérialisme faisait distribuer des tracts dénonçant le sida comme «une offensive raciste du gouvernement américain contre les gays et les Noirs».

Être politiquement correct, c’était afficher une apparte- nance au Bien révolutionnaire, dans l’ordre des mœurs et de la culture, bref une sorte de tartufferie made in USA. Ce mouvement culminera avec l’affaire Clinton, mélange explosif de puritanisme, de juridisme et de gauchisme, sans vainqueurs ni vaincus.

Loin de semblables facéties, au début des années 90, la classe publique française inventait la «pensée unique», qui prônait, à gauche comme à droite, le franc fort, le jeu du marché et la construction européenne. Rien à voir avec le sexe. Ses contempteurs, qui vont de R. Hue à Ph. de Villiers, en passant par J.-P. Chevènement et Ch. Pasqua, ne se situent certes pas au centre de l’éventail politique, mais ils ne sont ni enragés, ni groupusculaires. Combattre la pensée unique, c’est combattre le Mal dans l’ordre économique.

Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, l’un des derniers carrés de l’antiaméricanisme primaire, est sur ce point formel : «La pensée unique, c’est l’ultralibéralisme . »

La fusion – plus exactement la confusion – du «politiquement correct » avec la «pensée unique», popularisée par J.-F. Kahn, produira la «pensée correcte- pensée unique», qui tourne désormais au tic ver- bal. Comme jadis la langue de bois, la «pensée correcte» est devenue une façon de stigmatiser l’adversaire. Sur un certain nombre de lieux communs sensibles mais hétéroclites, la pensée correcte est devenue un fourre-tout médiatique, dans lequel gauche et droite professionnelles piochent à pleines mains leurs invectives respectives. La version Guignols de ces joutes verbales nourrit un pugilat d’anciens combattants, se traitant de libéraux-libertaires: «lilis», ou «bobos»: bolcheviques-bonapartistes.

«À pensée unique, pensée unique et demie! Chaque lundi on dé- crète dans Marianne que quiconque ne pense pas pareil est imman- quablement un terroriste intellectuel, un lyncheur médiatique, un po- litiquement-correct, un penseur unique, un raciste retourné, un policier de la pensée, etasse. On ne discute plus, on disqualifie par avance. » Ainsi s’insurge ingénument E. Plenel, rédacteur en chef du Monde,qui,par deux éditoriaux successifs; a qualifié les aversaires du PACS de militants d'extrême droite, au point de susciter le rappel à l’ordre de son propre médiateur, Robert Solé.

Gauche morale mittrrandienne


À l’improviste, l’adjectif «moral » vint brouiller un débat déjà confus. Dans le début des années 80, la classe publique connaît une sorte de frétillement bondison humour cévenol meurtrier – de «chrétien pleurnicho-marxiste». Soudain il ne fut plus question que de «vie nouvelle», de »changer la vie »… Peuple de Dieu ! Peuple de Gauche ! Terres de mission ! .Sur le perron de Matignon, même le jovial Pierre Mauroy déclarait :«Nous ne sommes pas là pour gérer mais pour annoncer des temps nouveaux. »

Il intitulait le livre auquel se doit tout Premier ministre pendant ses loisirs:C’est ici le chemin. Illuminé, comme irradié, Jack Lang n’en finissait pas de quitter les ténèbres. Quelques années plus tôt François Mitterrand donnait déjà à ses livres des titres semi-bibliques: La Paille et le Grain, ou L’Abeille et l’Architecte. De quoi réveiller Voltaire! Surtout quand on connaît la suite.

Puis, à l’occasion d’une révolte lycéenne téléguidée par Jean-Louis Bianco depuis l’Élysée, le mot «génération», réservé jusque-là aux joyeux drilles des barricades, devint «génération morale» et, à l’ini- tiative de Jacques Séguéla «génération Mitterrand». L’adjectif était lâché qui allait court-circuiter la «seconde gauche», dite aussi «américaine» ou «caviar » , en produisant «la gauche morale». « C’est quand la chose manque qu’il faut en mettre le mot», disait Montherlant ».

Depuis, si la confusion verbale est totale, le mot «morale» encombre les esprits. Et si la suggestion d’une «génération Jospin» susurrée par Ségolène Royal a fait long feu, c’est sans doute qu’elle évo- quait, par trop, le précédent de «génération Mitterrand» et, par conséquent, le passé du Premier ministre, mais c’est plus encore en raison du flou du concept. C’est surtout qu’elle venait trop tard. Le Monde du 10 juin 2000 peut bien écrire: «L’ affaire de la MNEF met en cause la “génération Mitterrand .»! Quelle importance? Olivier Spithakis peut bien s’en prendre à la «génération Libé» et à la «génération Rocard», c’est là aussi sans conséquences.

Dans son livre Tout sur la MNEF, dont le premier chapitre a pour titre «La génération UNEF-MNEF», il éclate d’indignation sincère, tout en confirmant ce qui est reproché à la MNEF: «J’ai fait comme tous les autres. J’ai toujours privilégié mes amis; j’ai imité ainsi la quasi-totalité des “coteries” parisiennes. Ce n’est que peu de choses à côté de la génération qui est aujourd’hui en situation de pouvoir dans la politique, les médias (la génération Libé entre autres), dans la grande distribution (autour de la FNAC, par exemple), avec ceux qui se sont formés à l’économie sociale ( toujours la génération Rocard, en fait). Ils ont tous indéniablement capté des postes de responsabilité en laissant très peu de places autour d’eux. Là, réside le vrai problème de cette génération.»

Enfin, Jean-Christophe Cambadélis, numéro deux du PS, n’est d’accord ni avec Le Monde, ni avec Olivier Spithakis, ni avec Ségolène Royal. Ce spécialiste de la lutte contre le FN distingue trois générations en trente ans: celle des soixante-huitards, qui émerge aux environs de 1965; la génération hyperpolitisée, la sienne, qui se révèle avec les grèves lycéennes au tournant des années 1975; enfin la génération morale, apparue, selon lui, vers 1985 contre la loi Devaquet, avec un mot d’ordre: l’égalité des droits et des chances, un combat prioritaire: l’antiracisme, et une obsession: la transparence (sic).

Pour Cambadélis, c’est cette génération morale qui a permis la transition entre le mitterrandisme et le jospinisme; c’est elle qui fait actuellement le procès de ses prédécesseurs.

L’impossible inventaire moral

Une chose est sûre, Jospin, au même titre que Chevènement et Toubon, ses camarades de promotion entrés en 1960 à l’ENA, est le pur produit de la génération politique encore aux affaires pour quelques années. Seule particularité partisane, c’est le PS qui a recruté les Cambadélis, Dray, Grosz, Spithakis et autres «trotskystes», pour assurer la victoire d’un F. Mitterrand. Entré en politique il y a plus de quarante ans, sorti intact des deux septennats, voire purifié par un inventaire jamais achevé, parce que jamais commencé, le successeur de F. Mitter- rand à la tête du PS, s’est présenté dès son entrée à Matignon comme le chevalier blanc de la morale politique: «Mitterrand? Connais pas!... La MNEF? Connais pas!»

Fini le lyrisme, fini le trotskysme! Voici venu le temps d’une «adaptation maîtrisée à la réalité», de «l’invention constante d’une juste articulation entre la fin et les moyens(2 9)», bref le temps de la «m ét h o d e». Avec Jospin, le monopole de la morale et de l’innocence a failli remplacer le monopole du cœur. Au soir de la démission de Dominque Strauss-Kahn, Serge July n’a-t-il pas parlé à propos de Jospin de «la fin de l’innocence après vingt-huit mois de gouvernement moral»? De gré ou de force, l’héritier «moral» de la période 1980-2000, c’est donc bien Jospin.

Et cela lui colle à la peau, comme la tunique de Nessus. Avant 1997, il n’aurait pas fallu parler de morale. Après 1997, il aurait fallu en interdire le mot. Il est trop tard, le mal est fait. La question morale est posée. Parce que plus l’État redistribue, plus croît le camp des «acquis» et des «amis»; plus la masse de la société s’égalise, moins il est facile de tenir un discours de rupture ou de rêve marxiste – c’est- à-dire fondé sur des faits mesurables, permettant de décrire des classes sociales irréconciliables –, dans le moment même où l’on propose l’alliance de 85% du corps électoral.

Force est donc pour les professionnels de la mobilisation idéologique d’en rajouter: il faut au moins être nazi pour oser critiquer les tenants du vote immigré, du PACS, des emplois jeunes et des subventions associatives. Et le cabinet de Martine Aubry salue le départ de sa ministre d’une vibrante Internationale: «Du passé faisons table rase!», anachronisme surréaliste, finement pointé par VGE. Qui fera table rase des régimes privilégiés de retraites de la RATP et de la SNCF? D’une carrière politicienne éblouissante façon, « fi-fille à son papa » ? ENA? Madame Guigou? Le PC? La droite?

L’écart entre la véhémence du discours et le conservatisme des comportements, telle est la source puissante où se nourrit l’ordre mo- ral nouveau. Pour maquiller l’âpre réalité du carriérisme, il faut bien inventer des leurres, des ersatz, des prothèses de luttes sociales.


GÉNÉRATION MORALE

Longtemps considérés comme intellectuellement fondateurs, les concepts de «famille» et de «génération» ont été jetés aux orties par la génération marxisée de l’immédiat après-guerre. Depuis 1945, parler de génération, âge, parenté, filiation, famille était regardé comme un archaïsme intellectuel, doublé d’une inconvenance politique. Politologues et sociologues français répugnaient aux concepts démographiques et familiaux, soupçonnésde constituer autant d’armes destinées à diviser la classe ouvrière, pour nier la pertinence de la lutte des classes.

Et voici que les temps changent. Les livres se succèdent qui placent sous projecteur les phénomènes démographiques et la génération 68, moins pour critiquer la joyeuse explosion de Mai que pour souligner les privilèges extraordinaires issus des barricades, et surtout leur persistance trente ans plus tard.

La difficulté avec le terme génération, c’est que le même concept recouvre plusieurs réalités. Dans l’ordre de la vie privée, c’est une durée biologique et familiale d’environ vingt-cinq à trente ans, le temps du passage de la condition d’enfant à celle de parent. En matière démographique, c’est l’aventure de ceux qui sont nés la même année.

Dans la vie politique, c’est un rapport à l’histoire considérée soit comme période, par exemple les années trente ou les Trente Glorieuses, soit comme événement, les tranchées, l’Occupation, la guerre d’Algérie ou Mai-68.

Exception démographique

Démographie d’abord. Depuis deux siècles, aucun autre pays au monde – pas même la malheureuse Russie – n’a été si profondément secoué jusqu’au tréfonds de l’âme par son histoire démographique. Fin XVIIIe siècle, la fille aînée de l’Église invente le contrôle des naissances. Puis les Français manquent de disparaître sous l’effet de trois saignées militaires. Tant et si bien que, partis 41 millions en 1870, ils se retrouvent 41 millions en 1945, et encore, grâce à l’Alsace-Lorraine reconquise et à l’immigration. Puis, sans crier gare, les voici 60 millions en 2000. C’est une secousse physiologique et morale brutale, engagée entre l’humiliation de juin 1940 et la jubilation de mai 1968. Ces trente années ont transformé l’hospice en pouponnière.

Pour autant, la transformation la plus lourde de conséquences durables résulte de la brutalité d’une modernisation deux fois retardée, d’abord par l’extraordinaire boucherie de 1914-1918, puis par cinq années d’occupation. Certains ont parlé du miracle français, là où il fallait voir une succession de tragédies et une somme d’archaïsmes. Le sort exceptionnel qu’ont connu les personnes nées entre 1945 et 1955, ici baptisées «la génération», et qui – pure coïncidence là encore – vont devenir la «génération 68», ne se renouvellera pas de sitôt. Non seulement l’Histoire n’est pas juste, mais, ajoute Bernard Préel, «ce que nous avons vécu avant trente ans conditionne en nous des déterminismes qui pèsent d’un poids supérieur à celui des origines so- ciales. Chacun est le produit d’une époque, celle qui a présidé à ses jeunes années».Et cela, qu’il s’agisse de privilèges ou de handicaps, pour faire famille comme pour faire carrière.

Lorsque cette génération est arrivée à l’âge de prendre le pouvoir, toutes les fées se massaient autour de son berceau. Ses parents avaient été moins nombreux – 600000 au lieu de 860000 –, dans une France retardée. L’éducation et la formation avaient fait des progrès considérables. La France, enrichie, urbanisée, modernisée, ouverte, multipliait ses besoins d’emplois de haut niveau. Entre 1965 et 1975, le nombre de cadres explose, avec un doublement en moins de dix ans; jamais, depuis lors, sa progression n’a atteint pareil rythme ni pareil niveau. À l’intérieur même des fameuses Trente Glorieuses, Mendras qualifiera les années 1965-1975 de «décade dorée».

Le sort des enfants de ces cohortes chanceuses a été autrement moins heureux. Dès 1965, la France recommence à vieillir. Notre histoire démographique reprend des allures de montagnes russes. Tous les quinze ans le pays perd en enfants l’équivalent des 15 0 0000 morts de la Grande Guerre. C’est une saignée tranquille, qui pèse lourd sur la croissance et sur le contrat social. Les jeunes qui souhaitaient devenir cadres entre 1975 et 2000 ont dû affronter les bataillons nombreux de leurs parents. Les cohortes «guerre d’Algérie» (nées entre 1935 et 1944, soit 5,5 millions de personnes) et «M a i 68» (nées entre 1945 et 1954 soit 8,2 millions de personnes) ont fermé les portes derrière elles, verrouillé leurs privilèges, allongé les études, multiplié les stages bidons, expulsé les «quinquas» en retraite anticipée.

Telle est la dure réalité qui conduit Denis Olivennes à conclure: «Le chômage n’est pas un problème, c’est une solution délibérée et collective. » A diplômes relatifs égaux, les jeunes aspirants cadres, nouveaux cadets de Gascogne, ont connu le déclassement. Nés dans le confort entre 1955 et 1964, ces jeunes, devenus «génération crise» –soit 8,6 millions de personnes–, sont entrés à l’âge adulte dans un environnement auquel ils n’étaient nullement préparés; ils ont vu se fermer les portes de l’entreprise et des administrations. Mais voici qu’à nouveau survient la rupture, avec le grand retour de la croissance sur fond de nouvelles technologies et de nouveaux comportements, notamment dans le secteur productif. À l’inverse de «la génération», cette nouvelle cohorte de 7,7 millions de personnes nées dans la crise entre 1975 et 1984, n’a pas de nostalgie à entretenir. C’est la génération «M a i - 6 8? Connais pas!», la génération du Net, celle des emplois jeunes et de l’abstention. Preuve de la rupture, cette apostrophe d’Alain Krivine, à la télévision, à un jeune fondateur de start up: «À votre âge, au lieu de passer vos nuits derrière un ordinateur, vous feriez mieux de vous cultiver, de voyager, de baiser !»


ANNEES DE NAISSANCE

ÉMERGENCE DANS LA VIE NATIONALE


1995 Génération « Sarko-Sego-« ? 2005/2007 ?

1985 | }

Génération Internet 1995
1975
| Génération morale 1985
1965
| Génération crise 1975
1955
| Génération Mai-68, «la génération» 1965
1945
| Génération guerre d’Algérie 1955
1935

À la différence de ses pères, la génération historiquement gâtée a sacrifié l’avenir de ses enfants. C’est en pleine rupture démographique, en 1981, qu’elle a décidé la retraite à 60 ans. Et la voici qui décide de faire payer sa santé par ses enfants, au nom de la solidarité, via le remboursement de la dette sociale RDS. Une première mondiale! Le déchaînement de la violence dans les banlieues, comme l’exil des jeunes talents vers des pays plus favorables à l’esprit d’entreprise offrent les deux faces inversées de la même médaille38. La génération heureuse commence à haïr sa jeunesse, qui le lui rend bien. C’est une affaire de famille, au regard de laquelle Algérie et barricades ne furent que vaguelettes.

Fracture familiale

«La génération» s’est de surcroît construite à contre-famille, dans un cyclone mondial de libérations – notamment sexuelle – enflammées par le discours « révolutionnaire» des campus américains : «We are the flowers! the childre n! the world! Don’t make war! make love. Plus je jouis, plus je fais la révolution.» Là encore, pure coïncidence.

La joyeuse explosion du baby-boom aura, paradoxalement, provoqué un tête-à-queue politique et psychologique propre à la France.

Au début des années 90, après trente ans de tabou, la question de la famille, ou plus exactement les questions liées à la famille, c’est-à-dire aux relations entre générations, resurgissent sur le devant de la scène publique, dans un indescriptible désordre intellectuel et moral. Les gentils baiseurs des barricades se transforment peu à peu en particules élémentaires fatiguées, sceptiques et égoïstes. La génération «libéréee» reçoit comme une claque le grand «remue-ménage» qui menace son objectif obsessionnel, adulto-centrique et narcissique de bonheur individuel.

Voici que les problèmes familiaux –conjoints insatiables et irréconciliables se déchirant des enfants déséquilibrés et furieux, parents dépendants – explosent à la figure d’une génération qui n’a jamais tant contesté la famille que pour mieux faire valoir ses droits sans obligations. La connivence nouvelle entre les grands-parents et les enfants est révélatrice de ce conflit. Fortement contestés hier par leurs enfants, les actuels grands-parents, qui ont assisté aux désastres familiaux et aux méfaits d’une éducation «libérée», ne sont pas mécontents de prendre leur revanche et de remettre les pendules à l’heure. Telles sont – entre autres – les raisons pour lesquelles la génération morale fait de la famille le grand discriminant gauche-droite, ne veut entendre parler ni de futur, ni de responsabilité, et crie au vichysme, à l’extrême droite, à l’ordre moral, dès qu’on l’interroge sur son bilan et ses projets. Qu’importe qu’elle plaide l’irresponsabilité, elle sait désormais qu’elle va payer la facture.

Les projets législatifs qu’elle improvise pour pallier les conséquences des précédentes «libérations»se multiplient dans la hâte et la confusion, comme par exemple celui du PACS. Et l’on ne peut rien comprendre à l’exception politique française, si l’on n’accorde pas toute sa part à cette fracture démographique et familiale entre cohortes qui se succèdent, cohabitent et s’affrontent depuis 1945. Selon tous les observateurs, la prochaine rupture se produira vers 2005, à l’initiative d’une «génération Internet», bien décidée à faire sauter les privilèges abusifs de ses parents, et d’abord en matière de retraite et de durée du travail. Ainsi, pour la seconde fois dans l’histoire, Mai-68 incarnera le conflit de générations. Mais, cette fois, ce sera en forme de requiem, à l’occasion d’un bilan de clôture.

Rupture démographique et familiale donc, mais aussi secousse idéologique et politique, avec l’effondrement du mythe marxiste-léniniste, héritier falsifié de la Révolution française.

Fracture idéologique

C’est à Jean-François Revel que l’on doit l’analyse la plus acérée des effets intellectuels du communisme sur cette génération. Avec la chute du mur de Berlin, sans un coup de feu, par la faiblesse des seuls vieillards gardiens du mensonge marxiste-léniniste, pur produit du nationalisme russe habillé de soviétisme, ce régime, dont le bilan se compte par dizaine de millions de torturés, de morts, de pri- sonniers et de déportés, s’est volatilisé. La supériorité principielle du socialisme sur le capitalisme s’est évaporée. La lutte des classes, la dictature du prolétariat ont disparu au profit de ce qu’ils étaient censés avoir remplacé pour toujours: l’État démocratique libéral, les droits de l’homme et du citoyen, la liberté d’entreprendre, de se syndiquer, de se réunir, la propriété et le marché. Ainsi le communisme sombre-t-il dans une sorte de néant. Intellectuellement, moralement, il n’en reste rien debout. Et sa disparition interroge le socialisme à la française.

Avec son ami François Furet, Jean-François Revel pose aux intellectuels français la seule question qui vaille: pourquoi, seuls parmi les démocraties, les Français – et surtout ces intellectuels – ont-ils pu soutenir si aveuglément, si massivement et si longtemps ce régime de meurtre politique collectif, travesti d’égalité, de messianisme, de générosité, d’internationalisme et de pacifisme, bref le plus formidable mensonge de l’histoire? Que les circonstances aient offert au mensonge communiste un relais inespéré, surtout à l’Ouest, est une chose. Que les intellectuels français s’y soient enivrés et enlisés à la suite du PCF en est une autre. L’étonnant n’est pas qu’ils aient partagé l’esprit du temps, c’est qu’ils en aient été la proie. Par malheur pour «la génération», la chute du mur va accélérer l’effilochement de la «pensée 68» en ce qu’elle avait de marxiste.

Comme le remarque M. Gauchet, l’effet immédiat de Mai-68 avait été une invasion de marxismes en tous genres, orthodoxes et vulgatiques, comme révisionnistes et hérétiques. Là était l’autorité sous laquelle il fallait, d’une manière ou d’une autre, se placer. Là est l’étrangeté, la spécificité intellectuelle et politique de la classe publique française. Pis encore que l’aliénation prostalinienne de leurs pères spirituels, c’est dans la France libre, démocrate, riche et sociale des années 80 que des bandes d’illuminés enragés brandissent un message trotskyste et maoïste. Trente ans plus tard, on comprend le suicide des plus convaincus d’entre eux.

Plus surprenant encore, en l’an 2000 la gauche professionnelle n’a toujours pas rompu avec l’idéologie marxiste-léniniste. C’est que, si l’on peut à la rigueur reconnaître avoir succombé aux séductions d’une «illusion», il est tout à fait insupportable d’admettre qu’on a été et qu’on reste complice d’un crime contre l’humanité. On peut ne pas avoir de sang sur les mains, mais en avoir sur le stylo.

On comprend mieux l’aigre désespoir de «la génération» qui, pour avoir jeté le stalinisme aux orties n’en a pour autant jamais renoncé au culte non dit du socialisme, révolutionnaire ou pas. On comprend mieux la véhémence du récent débat sur l’exacte nature de Mai-68, comme sur les crimes comparés du nazisme et du communisme, à l’occasion de la parution du livre noir sur le communisme. Le prétexte de ce négationnisme d’un nouveau genre? «Ne pas offrir d’alibi à ceux qui veulent faire la preuve qu’un crime en valant un autre, les dernières barrières qui nous préservent de la légitimation de l’extrême droite sont caduques. »

A-t-il été tellement plus doux d’être torturé à mort par des staliniens que par des hitlériens? L’antisémitisme est-il plus légitime porté par des communistes que par des nazis? Le communisme chinois, ou nord- coréen s’est-il révélé plus moral que le nazisme? Le vrai débat est ailleurs, dans la mauvaise conscience de ceux qui, dans leur jeunesse, ont manifesté faiblesse ou complicité pour les tueries soviétiques, puis pour leurs extensions chinoises, cambodgiennes et cubaines.

Voilà pourquoi toute tentative de compréhension de l’horreur politique exige de s’accorder sur ce terme de «génération», d’autant que, pour la première fois dans l’histoire, une génération de libération des mœurs privées s’est parée des plumes de la morale politique, au risque évident de se faire taxer d’ordre moral, en cas de corruption généralisée. Cela devait arriver... C’est arrivé! Et le plus cruel des soupçons monte depuis peu dans les esprits les moins politisés. Cette génération, qui a croqué l’héritage matériel et spirituel de ses pères, pour laisser des hangars vides à ses fils, n’a jamais rien eu de révolutionnaire, pour la seule et bonne raison que – sauf quelques personnages marginaux – c’est d’abord, idéologiquement, une génération de fils de famille.

Pour terminer cette mise en perspective par l’essentiel, il faut affronter la question centrale: si tout ordre moral sert les intérêts d’une classe sociale donnée, à qui profite l’ordre moral actuel ? La réponse s’impose: à la fraction protégée des classes moyennes et aux professionnels de la classe publique.


CLASSES MOYENNES PROTÉGÉES

Le concept même de classes moyennes protégées va susciter un tollé, non point en raison de son caractère provocateur, mais parce qu’il est au cœur du problème politique français. La dissolution de 1997 est venue rappeler aux imprudents ce que pouvait en coûter l’ignorance, puis le rejet de la réalité sociologique. Une preuve, s’il en fallait, est le retour en fanfare électorale du concept de classes moyennes, à l’occasion du débat sur la fiscalité. La confusion qui préside à ce débat – tous camps confondus – est à l’exacte mesure de l’affaissement, en France, de la démocratie en matière financière.

En bonne sociologie officielle et marxiste, il n’existe pas plus de classes moyennes, protégées ou pas, que de famille. C’est d’ailleurs tout juste si le concept de classes subsiste. Entre 1970 et 1979, à peine 3% des thèses de sociologie comportent le mot classe, 1,5% entre 1990 et 1995, dont un tiers concernent les classes scolaires. Selon les archives Internet du Monde, consultées début 2000, pour les douze mois précédents, le terme de «classes moyennes» est employé dans 367 articles.

Deux articles seulement traitent du sujet. Le premier, du 11 septembre 1999, est signé Claude Dargent, du CNRS: «Vous avez dit classes moyennes », et le second, d’A. Minc, le 28 décembre : «D’un contrat social à l’autre». Depuis, le seul article publié date du 8 août 2000, sous le titre «A. le philosophe des classes moyennes» consacré à... Aristote! Par comparaison, le mot famille figure dans 4763 articles, et classe ouvrière dans 101!

Or, voici qu’en août 1999, huit mois avant L. Fabius, sans crier gare, L. Jospin annonce «la nouvelle alliance entre les exclus, les classes populaires et les classes moyennes pour la prochaine décennie (49) ». Chaque mot compte: le terme nouvelle alliance a son fumet biblique; prochaine décennieest une façon un peu voyante de traiter la présidentielle de 2002 en incident de parcours; quant à la conjonction des termes excluset classes populaires, elle constitue une synthèse originale entre le vieux prêche marxiste et sa version modernisée sur l’exclusion.

Il y a déjà vingt-cinq ans, R. Lenoir inventait le terme d’exclus et en évaluait les effectifs à «un Français sur dix», soit aujourd’hui 6 millions au minimum, puisque, à en croire nos dirigeants, l’exclusion ne cesserait de progresser en valeur relative et absolue. Comme il est difficile d’imaginer les «classes populaires» moins nombreuses que les «exclus», force est de leur accorder au moins le même effectif, soit 6 millions. D’ailleurs l’INSEE dénombre, pour sa part, 5,8 millions d’ouvriers (dont 11% d’étrangers) et ne craint pas de définir la classe ouvrière comme «un milieu en voie de fermeture». Quoi qu’il en soit, l’effectif global des exclus et des milieux populaires ne saurait être inférieur à 12 millions de personnes en âge d’activité, sur 42 millions d’électeurs potentiels.

Reste à recenser les «classes moyennes». Ni riches ni pauvres, ni bourgeois ni prolétaires, ni cadres ni exécutants, l’analyse marxiste leur a toujours refusé toute spécificité, les traitant comme un phéno- mène transitoire promis à la disparition. Pour Maurice Duverger, le mythedes classes moyennes constituait même un procédé pour lier les classes moyennes salariées aux classes moyennes capitalistes, et faire adopter par l’ensemble la défense des intérêts des seconds. Embarrassés, les sociologues actuels évaluent, comme à regret, le poids élec- toral de ce «mythe» entre 60% et 66% de toute société développée. Dans le même temps, et comme pour donner le change, le discours politique nouveau revient à la thèse de la paupérisation – absolue comme relative – pour affirmer l’explosion des inégalités entre très riches et très pauvres et la multiplication des exclus.

Mais la question de cette déchirure sociale se corse avec le grand «non-dit »: le secteur public. Par «correction politique», personne n’ose dire qu’en France les agents du secteur public se sont substitués à la petite bourgeoisie et constituent le nouveau socle, le noyau dur des classes moyennes, avec 7 millions d’emplois à vie, soit 25% des actifs, et deux fois plus que la moyenne du G7. Face à ces 7 millions, le commissariat au Plan compte un chiffre équivalent de personnes en chômage ou sans emploi solide.

Entre ces deux populations, où localiser les classes moyennes? Au moment où le secteur public tourne au cauchemar français, le concept nouveau de «classes moyennes protégées» va susciter des réactions furieuses. Pourtant, la réalité sociale est bien là. Il s’agit des classes et catégories unies en fonction du rapport que chaque foyer, actif ou retraité, de bas en haut de la société, entretient avec la dépense publique, au sens le plus large, c’est-à-dire la dépense «politisable»: emploi, revenu, statut, allocations, prestations, durée du travail, comité d’entreprise, logement aidé, retraite, fonctions politiques et syndicales, subventions, décorations, déductions, etc. De rares sociologues, peu connus, s’essaient à percer la chape de plomb, tel Albert Merlin qui, dans Le Mondedu 25 janvier 2000, ose écrire, sous le titre « Où sont les vraies inégalités?»: «Il y a sur- tout celles dont on ne parle pas, les inégalités de statut. » D’autres, en revanche, comme Emmanuel Todd ne veulent même pas en entendre parler: «La distinction public-privé n’intéresse que les classes culturelles supérieures; seule une approche simpliste de droite conduit à estimer les personnels à statut comme une catégorie homogène. »

Et pourtant, quand les ressources provenant de la dépense publique, et réparties par quelques dizaines de milliers de dirigeants à vie, atteignent un montant égal aux revenus directs du travail et de l’épargne, la structure d’une société se modifie en profondeur. Au- jourd’hui, en France, après cotisations et impôts, les revenus de la redistribution sont égaux aux revenus du travail. Nicolas Baverez résume: «Le principal travers du corporatisme français consiste à avoir déconnecté du marché 54% de la dépense publique, 30% du revenu des ménages, 25% des emplois, d’avoir coupé du travail 20% de la population. » L’idéal implicite qui sous-tend cette évolution n’est pas celui d’une société jeune, entreprenante, flexible, juste et libre. Mais rien n’y fait, les thuriféraires de la dépense publique poursuivent leur mélopée sur le retrait de l’État.

Il est donc hautement significatif que nos bataillons de sociologues, politologues et journalistes «prédicants» omettent de dire ce qu’ils rangent derrière le terme de classes moyennes. S’ils se taisent, c’est qu’ils craignent la réalité. Quel sens donnent-ils alors à des mots comme capitalisme ou socialisme ? fracture sociale ou exclusion? Quelle est la base sociale de la majorité «plurielle»? de Jospin ou de Fabius? de Le Pen ou de Chirac? Quelle réforme fiscale envisager ? Et si l’on aborde le sujet des classes moyennes en général, comment espérer pouvoir faire silence sur leur fraction protégée, soit environ la moitié d’entre elles? 33% de l’électorat? Comment traiter de la grève thrombose, surnommée «mouvement social », qui, depuis décembre 1995, bloque périodiquement la France et met Bourdieu en transe?

À propos de ce personnage parisien en forme de monument humain de la socio-politologie médiatique, qu’il soit permis d’exprimer une stupéfaction jamais entamée depuis trente ans. Aucun des sujets qui concernent la démocratie prosaïque au quotidien n’a jamais retenu son attention, ni la famille, ni la démographie, ni les classes moyennes, ni le bilan de l’éducation et de la formation en matière d’emploi des jeunes, ni la corruption, ni la dépense publique, ni l’abstention. Bourdieu est sans doute le plus pur produit de ce qu’il dénonce: un artefact médiatique sans troupes, un hyper-mandarin de type clérical et virtuel. Et c’est à propos des classes moyennes protégées que le silence de cet imprécateur est le plus tonitruant.

Si le centre politique est à mi-distance entre la droite et la gauche (Jospin disait début 1988: «Le centre, c’est comme le triangle des Berm u d e s! Quand on l’a trouvé, on n’en revient pas.»), les classes moyennes sont, elles, à mi-distance entre les exclus et les riches, à ceci près que loin de constituer une force d’appoint, elles regroupent les deux tiers de l’électorat. Sur le coup, de rares journalistes ne s’y sont pas trompés: «Que Jospin se préoccupe des classes moyennes qu’il ignorait jusque-là, tant sur le chapitre fiscal que dans certaines de leurs aspirations éthiques, est bien le signe qu’il est entré en campagne pprésidentielle. »

Oui, mais quelles classes moyennes? La question mérite d’être posée à la classe publique et médiatique entière, pas seulement à la gauche. Avant de parler d’alliance avec d’autres classes, encore faudrait-il vérifier si les classes moyennes sont à ce point alliées entre elles? Il y va de la compréhension de la situation, comme du regard que l’on peut porter sur les hommes et les forces politiques. Et pourtant, la «nouvelle alliance» selon Jospin, soit 80 à 90% de l’électorat, laisse les politologues médiatiques de marbre.

Pour nous consoler, écoutons Alain Cotta qui, prémonitoire, écrit fin 1994 (55): «Le choix de la classe moyenne est très conscient, même s’il n’est pas exprimé, même s’il est honteux, même s’il est opposé aux discours officiels, les siens et ceux qu’elle obtient, par un fin chantage, du personnel politique et médiatique. La classe moyenne veut un monarque doux, qui lui avoue tendrement qu’il ne sait pas tout, qu’il souhaite la consulter, qu’il peut se tromper, qu’il faut lui faire confiance et lui donner du temps, beaucoup de temps. Elle ne veut pas de changement, même mineur, même discret, même lent, pensant qu’elle n’a pas encore obtenu tout ce qui pourrait l’être. Elle veut poursuivre dans la voie actuelle. Dans cinq ans, en 2004, 2005, le contrat social actuel volera en éclat. »

Plus historien, Régis Debray conclut : «C’est lorsque la politique déçoit que la morale console et souffle dans les voiles du parti prêtre. » Et après tout, pourquoi ne pas admettre que l’ordre moral se définisse aussi, voire d’abord, par l’existence d’un «parti prêtre», auquel il faut un clergé? D’autant que l’essentiel de la crise réside dans la fracture politique entre les professionnels et le peuple.


FRACTURE POLITIQUE

Dans un article consacré à Jospin, intitulé «Populaire pour quoi Faire?», l’éditorialiste politique Laurent Joffrin écrivait en 1998 : «C’est presque une malédiction pour les socialistes français: leur politique, depuis bientôt dix ans, est mieux reçue dans les couches moyennes et supérieures que parmi les classes populaires.» Fin 2000, Jérôme Jaffré confirme ce clivage: «Dans les enquêtes d’opinion, la popularité de Lionel Jospin et du PS est d’autant plus forte que le niveau de revenu et le niveau de diplôme des personnes interrogées sont élevées. » Et l’analyse est poussée à son comble par le géographe Christophe Guilly :«Dans la capitale comme dans les grandes villes, les bourg eois-bohêmes qui ont investi les quartiers populaires devraient y confirmer l’ancrage de la gauche plurielle. Paradoxalement, le basculement à gauche des arrondissements de l’est parisien est d’abord la conséquence de leur embourgeoisement. »

Mais, dans un ouvrage collectif, Pour une nouvelle république sociale, la fondation Saint-Simon formulait une conclusion autrement plus pertinente: «Si, en simplifiant, on raisonne en termes de transfert d’électeurs entre les législatives de 1993 et celles de 1997, on peut faire l’hypothèse que les employés et les cadres qui ont abandonné la droite modérée (respectivement moins 12 points et moins 13 points) ont plutôt été attirés par le PS, tandis que les ouvriers ont choisi davantage l’extrême droite que l’extrême gauche. Dès lors, la victoire du PS relève davantage d’une reconquête des classes moyennes que de l’électorat populaire au sens classique du terme.

Mais c’est surtout l’aggravation du déséquilibre électoral du PS entre salariés du secteur public et salariés du secteur privé qui comporte des risques graves pour son avenir politique. Le 25 mai 1997, le PS mobilise 39% des salariés du public, soit 10 points de plus que son score national et 11 points de plus qu’en 1993; il attire 27% de salariés du privé, soit 2 points de moins que son score national et seulement 7 points de plus qu’en 1993. D’une façon générale, les salariés du privé penchent à droite (19% Front national, 34% droite modérée, gauche 38%), tandis que les salariés du public son ancrés à gauche (FN 10%, droite modérée 26% , gauche 55%).

Le clivage secteur public- secteur privé devient donc électoralement de plus en plus significatif, dans un contexte politique où la réforme de l’État, la réduction des déficits publics, l’adaptation des services publics à la concurrence mondiale deviennent des enjeux politiques cruciaux en France. » Ce qui signifie: l’analyse des législa-tives de 1997 confirme l’hypothèse d’une victoire électorale des classes moyennes protégées et les risques qui en résultent pour le PS lui - même .Alors pourquoi ne pas le dire? Pourquoi ne pas même s’interroger sur le sens du projet de nouvelle alliance des classes moyennes, des exclus et des classes populaires? au moment où Fabius s’intéresse fiscalement aux classes moyennes non protégées ?

Autre donnée de la fracture politique, les partis de la majorité de gauche plurielle voient la sociologie de leurs permanents perdre tout rapport avec celle de leur électorat réel ou supposé. C’est ce que ré- vèle Jérôme Jaffré, analysant le décalage