Associations Familiales Protestantes
et
DIACONIE
1980-2010
Rencontre de La Force
les 8/10 avril 2010.
CONTRIBUTION au SYNODE NATIONAL
de
l‘Eglise Réformée de France
à La Force 13/16 mai 2010
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Jacques Ellul . 1948
”Présence au monde moderne”
<<Toute technique devient morte - c’est à dire inéfficiente et source de mort - lorsqu’elle n’est pas ordonnée, située et jugée par le Royaume qui vient. Et il est inutile de s’évertuer aux bonnes oeuvres et se dépenser en activités pieuses ou sociales. Cette sorte de “conception chrétienne” des choses, d’avoir de bonnes institutions, une bonne morale, de savoir où est le bien en toute chose, et de badigeonner tout de cet enduit ........Cela ne signifie absolument plus rien...>>.
I
Quelques 30 responsables des AFP se sont réunis à la Fondation John Bost les 8/10 avril 2010 pour débattre d’un sujet récurrent au sein des Eglises de la Réforme : la diaconie. Nous dédions cette rencontre à la mémoire de notre frère et administrateur, notre pasteur Serge Oberkampf, auteur d’un article retentissant dans Réforme : « Frères ! Arrêtez de diaconner ».Nous avons bénéficié de l’accueil du directeur général Christian Galtier, son épouse et Evelyne Jouve aumonier, de la présence du docteur Jean de Verbizier, ancien président du conseil d’administration et d’un message de bienvenue de son sucesseur Christian Feuilllette.
Wikipedia.
<<Dans les Églises protestantes, la diaconie est la mise en œuvre de l'Évangile de Jésus-Christ à l'égard des pauvres, comme un témoignage personnel et communautaire et comme un service à l'égard de la personne et de la société. À Genève au temps de Jean Calvin, les diacres étaient chargés de l'hôpital au nom et sous la direction du Consistoire.
En France, du fait des persécutions, ce ministère ne s'est pas mis en place institutionnellement, ce qui n'a pas empêché l'exercice concret de la solidarité, tant à l'intérieur des communautés locales que vis-à-vis de gens extérieurs.>>.
Le XIXe siècle a vu fleurir nombre d'œuvres protestantes, tant missionnaires que diaconales. Parmi ces dernières, il convient de distinguer, ne serait-ce que par la taille, les grosses institutions protestantes (comme la Fondation John-Bost en Dordogne) et les diaconats paroissiaux. Mais les unes et les autres sont organisées en associations à but non lucratif, souvent reconnues d'utilité publique.
COMMENTAIRE.
La diaconie c’est bien le dossier associatif d’une communauté ecclésiale qui organise l’entraide en son sein et hors de son sein sous pavillon de la Loi de 1901. Or tout se passe comme si les églises officielles refusaient d’affronter l’abcés associatif français, c’est à dire le glissement du bénévolat au salariat et du don privé aux subventions. Quant aux églises issues de la Réforme le moment est venu de rappeler que sacerdoce universel implique diaconat universel soit le primat de l’engagement personnel sur le financement public.
DOSSIER DES AFP les 8/10 avril 2010 à La Force .
HISTORIQUE
1) - XVI° Siècle.
C’est d’abord la querelle de la justification par les Ouvres ou par la Foi source première du conflit entre Luther et Rome. Source aussi de multiples confusions entre instances protestantes. Cette note n’est pas le lieu d’en traiter.
2) - 1948
Plus prés de nous, un inspirateur des AFP, Jacques Ellul jette une lumière crue sur le débat dans son livre Présence au monde moderne: cf ci dessus.
....”
Ce que Jacques Ellul dit de la technique rien, absolument rien, n’interdit de le dire de toute institution, toute profession, tout discours.
3) - Congrés des AFP. Juin 1980 à la Force.
Pour le premier congrés de leur réveil aprés 30 ans de sommeil, les AFP avaient choisi de se réunir à La Force pour traiter de la diaconie On peut lire ce qui suit dans le journal protestant Le christianisme au XX° Siècle.N° 29 du 21 juillet 1980:
<<Le Congrès s'est tenu autour de trois thèmes :
1) Les œuvres protestantes
2) La crise du secteur sanitaire et social,
3) La perspective associative.
Le rapport de base étudie d'abord la nature de la crise et ses conséquences prévisibles, notamment pour les œuvres. Cette évolution les conduit peu à peu à cesser d'être des œuvres en perdant le Sens de la Communauté. La présence de travailleurs et d'administrateurs chrétiens les faisaient «différentes». On ne trouve plus de travailleurs chrétiens. Les administrateurs, lassés de voir leur temps absorbé par la gestion, les conflits de pouvoir, la convention collective, les exigences administratives, se résignent, vieillissent ou s'éloignent ( . .)
Apparaît une évidence : privées de Sens et de Communauté, les œuvres ne pèsent que ce que pèsent leurs effectifs et leur compte d'exploitation. Est-ce suffisant face aux conséquences prévisibles de la crise du secteur sanitaire et social ?
D'où plusieurs remarques împortantes :
- Une première conclusion de travail peut être dégagée. Il n'y a pas de solution aux difficultés des œuvres sans le concours des églises, des paroisses, des communautés, bref du Peuple protestant : le temps de l'interpellation et de la distanciation critique est passé.
- Il nous faut donc inventer une ou des structures de réflexion, de recherche rétablissant l'équilibre entre les œuvres et la communauté.
- Une autre conclusion apparaît : pour l'essentiel, et globalement, les solutions possibles auront pour trait commun une reprise du sens et de la communauté.
Et de ces considérations une dernière idée peut émerger : le problème n'est pas de conserver des moyens, de sauver des emplois sous contrôle » protestant »
« Nous avons choisi ce lieu dans l'intention de sortir de nos ornières qui se résument dans les questions suivantes :
- Comment critiquer les perversions de l'action éducative sanitaire et sociale sans mettre en cause la solidarité et l'effort de justice?
- Comment annoncer l'Evangile tout en restant laïc et en respectant les convictions d'autrui?
- Comment concilier la primauté de l'Evangile et notre besoin terrestre d'identité et de communauté protestante?
- Comment sortir de l'opposition actuelle entre œuvres et paroisses, église et société, action sociale et prière?
- Comment éviter que le souci des plus petits n'entraîne professionnalisation et institutionnalisation au détriment de l'engagement du plus grand nombre?
AVRIL 2010
CONSTATATIONS
Trois mouvements de fonds ont marqué la période 1980-2010. Et modifié du tout au tout le contexte associatif .
- 1) Les prévisions de 1980 sur l’avenir du secteur associatif sanitaire et social ont été confirmées avec désormais la perspective à terme proche d’une réorganisation totale du secteur liée en partie à la pression de l’Europe. La certification externe s’impose désormais à tous. Les pouvoirs publics envisagent de réduire de 25.000 à 5000 le nombre d’organismes qu’ils financent. Au terme de la réforme, ne subsisteront que les établissements présentant soit une taille suffisante après fusion soit des caractéristiques exceptionnelles répondant à des besoins propres. Même La Fondation John Bost s’interroge sur l’avenir de ses établissements hors Dordogne et envisage la création de pôles protestants par fusion avec d’autres Œuvres. La diaconie réduite au secteur sanitaire et social en forme associative sur fonds publics, avec prééminence du salariat va affronter de rudes difficultés. Au temps de l’interpellation des églises va succéder le temps de l’appel au secours. Plus largement, ce mouvement concerne en France 40.000 structures associatives gros employeurs mobilisant 80% du salariat et 80% des fonds publics associatifs. Ces structures n’ont plus d’associatif que le statut . Ecoutons François Bloch Laïné: “Une association n’est intéressante socialement que si elle associe vraiment »
- 2) Les participants réformés ont fait état d’un phénomène général de «déprotestantisation » et déchristianisation des œuvres par perte du Sens et de la Communauté. Travailleurs et administrateurs bénévoles ont déserté. Sauf exceptions comme La Force et les Diaconnesses, la Parole n’est plus dite. Le terme Entraide n’a plus de sens puisque le salariat a éradiqué le bénévolat et avec lui la générosité de l’engagement personnel : c’est d’aide ou d’assistance, d’action publique sous pavillon associatif qu’il s’agit. Il n’existe en protestantise aucune instance de reflexion sur l’avenir associatif lato sensu. Le Forum Associatif de la FPF a été suspendu. Or le plus grave, ce n’est pas la perte d’une appartenance, d’une référence, voir d’une étiquette,c ‘est l’éradication de l’engagement personnel, cet équivalent sociétal du sacerdoce universel en église.
- 3) Evangéliques et réformés présents ont estimé que cet effondrement avait été aggravé par la disparition des outils de transmission des églises officielles ( En particulier l’affaissement du scoutisme et la disparition depuis 40 ans de la Fédération des Etudiants ( FEDE) que l’ERF n’a jamais cherché à remplacer). Si cette analyse est juste- et les conclusions du prochain synode national réformé qui se tient à La Force en mai seront intéressantes sous cet angle- l’un des problème centraux de la diaconie est la reconstruction de lieux de recherche sur le Sens et la Communauté qui seraient en outre des lieux de formation de laïcs bénévoles. Il s’agit d’organiser la transmission aux jeunes générations et dans cette double perspective recherche et transmission. La fondation constitue dores et déjà un outil de prédilection. Sur un plan plus général l’outil juridique que constitue les AFP devrait permettre aux nouveaux venus d’éviter les erreurs du passé.
La décision d’organiser en ces matières une coopération systématique entre les AFP et la fondation constitue la décision la plus inattendue et la plus heureuse de cette rencontre sur un thème initié en 1980. Il a été décidé que chaque participant adresserait à Jean Pierre Riche dix lignes pointant sur l’essentiel en vue d’un article proposé au journal de la Fondation
ANNEXE I
Mutualité, bénévolat, transparence, séparation des pouvoirs.
Un document reçu de Moscou au retour de La Force
apporte un éclairage laïc sur la diaconie
."Les Harmonies Économiques" – 1850 Frédéric Bastia
[...] << J'ai vu surgir spontanément des sociétés de secours mutuel, il y a plus de vingt-cinq ans, parmi les ouvriers et les artisans les plus dénués, dans les villages les plus pauvres du département des Landes [...] Dans toutes les localités où elles existent, elles ont fait un bien immense [...]
Leur écueil naturel est dans le déplacement de la Responsabilité.
Ce n'est jamais sans créer pour l'avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu'on soustrait l'individu aux conséquences de ses propres actes. Le jour où tous les citoyens diraient : « Nous nous cotisons pour venir en aide à ceux qui ne peuvent travailler ou ne trouvent pas d'ouvrages », il serait à craindre [...] que bientôt les laborieux ne fussent réduits à être les dupes des paresseux.
Les secours mutuels impliquent donc une mutuelle surveillance, sans laquelle le fonds des secours serait bientôt épuisé. Cette surveillance réciproque [...] fait la vraie moralité de l'institution. C'est cette surveillance qui rétablit la Responsabilité [...]
Or, pour que cette surveillance ait lieu et porte ses fruits, il faut que les sociétés de secours soient libres, circonscrites, maîtresses de leurs statuts comme de leurs fonds. [...] Supposez que le gouvernement intervienne. Il est aisé de deviner le rôle qu'il s'attribuera. Son premier soin sera de s'emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable [...] Ensuite, sous prétexte d'unité, de solidarité (que sais-je ?), il s'avisera de fondre toutes les associations en une seule soumise à un règlement uniforme.
Mais, je le demande, que sera devenue la moralité de l'institution quand sa caisse sera alimentée par l'impôt ; quand nul, si ce n'est quelque bureaucrate, n'aura intérêt à défendre le fonds commun ; quand chacun, au lieu de se faire un devoir de prévenir les abus, se fera un plaisir de les favoriser ; quand aura cessé toute surveillance mutuelle, et que feindre une maladie ne sera autre chose que jouer un bon tour au gouvernement ?
Le gouvernement, il faut lui rendre cette justice, est enclin à se défendre ; mais, ne pouvant plus compter sur l'action privée, il faudra bien qu'il y substitue l'action officielle. Il nommera des vérificateurs, des contrôleurs, des inspecteurs. On verra des formalités sans nombre s'interposer entre le besoin et le secours [...] [...] Les ouvriers ne verront plus dans la caisse commune une propriété qu'ils administrent, qu'ils alimentent et dont les limites bornent leurs droits. Peu à peu, ils s'accoutumeront à regarder le secours en cas de maladie ou de chômage, non comme provenant d'un fond limité, préparé par leur propre prévoyance, mais comme une dette de la Société. Ils n'admettront pas pour elle l'impossibilité de payer, et ne seront jamais contents des répartitions.
L'État se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget. Là, rencontrant l'opposition des commissions de finances, il se trouvera engagé dans des difficultés inextricables. Les abus iront toujours croissants et on en recalculera le redressement d'année en année, comme c'est l'usage jusqu'à ce que vienne le jour d'une explosion. Mais alors, on s'apercevra qu'on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d'un ministre ou d'un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d'avoir perdu jusqu'à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté et de la Justice .>>
Commentaire
Vieux d’un siècle et demi, ce texte a deux mérites considérables.
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ECLAIRER NOTRE PROJET
Il éclaire l’objectif du discours-programme des Associations Familiales Protestantes sur la nécessité de définir, chiffrer, évaluer et certifier la dépennse publique associative : il s’agit de restaurer la responsabilité là où elle a été éradiquée.
Pour atteindre cet objectif, la transparence par la publication sur le Net ( décret de mai et arrêté de juin 2009) ainsi que la séparation des pouvoirs et des intérêts entre l’organisme certificateur et l’organisme certifié sont deux voies de passage consubstantielles à toute démocratie.
C’est faute de l’admettre que, depuis quarante ans, responsables politiques et partenaires sociaux ont fait de nous une société de défiance dont le modèle social s’auto détruit.
La question centrale qui se pose à chacun d’ici l’élection présidentielle de 2012 est donc simple : Qui restaurera la confiance perdue ? Les dirigeants ou les dirigés ? Comment ?
LOCALISER L’OBSTACLE.
La question n’est plus de savoir Qui est de gauche ou de droite ? Pour la justice sociale ou pour la liberté ?Pour ou contre le service public ? Pour la démocratie représentative ou participaive ? L’étranger ? La diversité ? La Parité ? Les droits de l’Homme ou ceux du Citoyen ?
La question est : Comment faire dire à ceux qui s’opposent à la transparence, à la séparation des pouvoirs et des intérêts, à la certification, à la nécessité de définir, recenser ,chiffrer pour évaluer etc.... la justification « ethique » de leur refus. Il y va de la représentativité et de la responsabilité (accountability en anglais) des forces sociales et politiques en présence.( Partis, syndicats, églises, associations, médias, corporations etc..
Pour la suite: Rendez vous à Fontevraud les 1/3 Octobre 2010