DEUXIEME PARTIE
UN ORDRE MORAL POUR
«CLASSES MOYENNES PROTEGEES »
La preuve par excellence de tout ordre moral, la condition première de son existence c’est l’existence d’une classe sociale menacée dans ses intérêts. L’originalité actuelle de l’exception française sur le plan intellectuel est de refuser cette vérité. Unique au sein de l‘OCDE, le silence français sur les classes moyennes -toutes catégories confondues - se manifeste au travers d’attitudes et d’opinions qui, depuis 60 ans, varient selon les personnes et les périodes.
L’incohérence des approches comme le manque de suivi intergénérationnel ne masquent cependant pas la cohérence du projet politique hérité de 1945: refuser instinctivement de définir et de compter, d’une part les classes moyennes pour éviter un débat considéré à juste titre comme insupportable en marxisme français, d’autre part et surtout, les « classes moyennes protégées » ce socle sociologique du « modèle social français » .
Silence des « élites »
L’INTERDIT DE DEFINIR ET DE COMPTER
Selon Pierre Rozanvallon
Il est des silences assourdissant à due proportion de la célébrité de leurs auteurs dans le champ de la sociologie et de la politique. Ainsi de P. Rozanvallon, mandarin des mandarins, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes et Sciences Sociales, Professeur au Collège de France, qui connaît tout de l’impact électoral du secteur public.Il l’écrit d’ailleurs dés 1998 au Seuil :« C’est surtout l’aggravation du déséquilibre électoral du PS entre salariés du secteur public et salariés du secteur privé qui comporte des risques graves pour son avenir politique. Le clivage secteur public-secteur privé devient donc électoralement de plus en plus significatif, dans un contexte politique où la réforme de l’État, la réduction des déficits publics, l’adaptation des services publics à la concurrence mondiale deviennent des enjeux politiques cruciaux en France."
Mais le même P. Rozanvallon, qui a consacré sa vie aux « nouveaux » problèmes sociaux de la France ( Il publie deux livres en 1995 et 1996 sur ces phénomènes nouveaux :"La nouvelle question sociale. Repenser l’Etat-Providence » et « Le nouvel âge des inégalités » avec J.P. Fitoussi, Daniel Cohen, Olivier Mongin, Louis Chauvel, Denis Olivennes et Irène Therry ne prononce même pas le mot de classes moyennes. Mieux, comme on le verra ci après, P. Rozanvallon publie dans sa collection phare au Seuil, La République des Idées, Daniel Lindengerg et Louis Chauvel.
Une approche simpliste de droite selon Emmanuel Todd
Vaticinant jusqu’à l’autisme, Emmanuel Todd tranche en 1997 « La distinction public-privé n’intéresse que les classes culturelles supérieures ; seule une approche simpliste de droite conduit à estimer les personnels à statut comme une catégorie homogène ».
Le nouveau Tiers Etat selon Alain Cotta
Le tout premier Alain Cotta avait tiré la sonnette. Il reste le seul universitaire qui s’intéresse réellement et avec finesse aux classes moyennes. Il a commencé par en décrire la psychologie, en 1983, avant d’en aborder la sociologie en 1994. Dans les années 80, il propose le concept peu marxiste de «corporations», de nouveau Tiers Etat, incrustées entre bourgeoisie et prolétariat au cœur de la France abritée.( Le triomphe des corporations. Grasset 1983) .
<<Ce «nouveau tiers état » se concentre dans le tertiaire, un fourre-tout associant des activités des plus hétérogènes, qui se définit surtout de façon négative: le refus de la condition de prolétaire passe par la fuite à l’égard de toute activité, création ou intendance dont les biens physiques soient l’objet. Ce « tiers état » constitue en outre un vaste sas où la bourgeoisie peut s’enfoncer sans paraître trop déchoir, et où la classe ouvrière peut s’anoblir sans trop trahir. Les situations de transition sociale difficile – le déclin chez les privilégiés, la promotion chez les défavorisés – suscitent une angoisse, source d’agressivité et de ressentiment >>
Dans « Un nouveau président pour rien ». Fayard 1994, il ajoute :<Le choix de la classe moyenne est très conscient, même s’il n’est pas exprimé, même s’il est honteux, même s’il est opposé aux discours officiels, les siens et ceux qu’elle obtient, par un fin chantage, du personnel politique et médiatique. La classe moyenne veut un monarque doux, qui lui avoue tendrement qu’il ne sait pas tout, qu’il souhaite la consulter, qu’il peut se tromper, qu’il faut lui faire confiance et lui donner du temps, beaucoup de temps. Elle ne veut pas de changement, même mineur, même discret, même lent, pensant qu’elle n’a pas encore obtenu tout ce qui pourrait l’être. Elle veut poursuivre dans la voie actuelle. Dans dix ans, en 2004, 2005, le contrat social actuel volera en éclat. La stabilité des sociétés occidentales se joue à la charnière entre l'exclusion et le bas de leur classe moyenne ». On croirait relire Tocqueville.
Encore Emannuel Todd mais avec Jacques. CHIRAC
Fin 1994, E.Todd publie, pour la fondation Saint-Simon. (Toujours P.Rozanvallon) une note qui fait grand bruit : «Les classes sociales et leur représentation ».
Non seulement il ose s’insurger contre le thème de l’homogénéité des classes moyennes, socle d’une France imaginée consensuelle, centriste par nature et prédestination, mais, prenant le contre-pied des sondages qui annonçaient Chirac perdant avec seulement 14% d’opinions favorables, il pronostique Chirac vainqueur parce que plus «à gauche» que Balladur et Delors. Pour Todd, la confusion et le malaise français viennent de ce que «les élites politiques et journalistiques ont une vision fausse de la structure sociale, et notamment l’idée qu’une société dominée par des classes moyennes apaisées ne peut aboutir qu’à un consensus. Or c’est l’éclatement qui prévaut». Il n’y a plus de classes moyennes !
Il circonscrit une «caste sociale» comprenant environ 20% de la population, issue du progrès éducatif et constituée avant tout de compétences. Ce groupe comprendrait des cadres commerciaux, des fonctionnaires de catégorie A, des professeurs, des chercheurs, des avocats, des ingénieurs, et peut-être même quelques capitalistes. À l’issue de ce calcul, la France se trouve séparée en riches, puissants et pro-européens d’un côté, et tout le reste de l’autre. C’est, à l’exclusion de la passion anti-européenne, le thème de la fracture sociale que J. Chirac va chevaucher pour l’élection présidentielle de 1995, à la fureur d’une gauche qui va connaître sa première défaite nationale depuis 1981 .
« Groupe central » et « fracture sociale « selon Jacques Chirac 1994
Dans son livre de campagne « La France une chance pour tous, » achevé d’imprimer en décembre 1994, soit un mois après la note de Todd à la fondation Saint-Simon, J. Chirac écrit :
«Les sociologues contemporains ont défini un groupe central, agrégé aux classes moyennes et représentant plus de 80% des Français. Ce constat fut globalement valable jusqu’à la fin des années 70: une croissance forte et des politiques économiques volontaristes avaient contribué à réduire les inégalités.Les mentalités des Français, leurs façons de vivre étaient devenues plus homogène. La lutte des classes s’émoussait, l’égalité n’était plus un songe.
«Depuis au moins dix ans, l’ascenseur social est en panne. La société française se fracture, une lutte des classes menace de réapparaître. Une classe populaire formée d’ouvriers et d’employés,mais aussi d’artisans, de commerçants, de cadres, de chefs de petites entreprises, est de plus en plus coupée des sphères privilégiées. «Au sommet d’une pyramide sociale de plus en plus effilée, les cadres dirigeants et les milieux aisés s’isolent dans des certitudes trompeuses. "Soyons lucides, nous sommes à la merci d’une explosion sociale qui peut intervenir sans délai. Les plus lucides pressentent la montée des périls. Déjà dans les banlieues déshéritées, règne une terreur molle. »
L’espace de quelques semaines, le Tout-Paris n’a parlé que de l’influence d’E.Todd, son «nouveau conseiller politique», sur J. Chirac. Hélas pour les mondains, l’élection passée, le «nouveau conseiller» sèmera le doute en manquant gravement de gratitude : «Jacques Chirac devient l’archétype du politicien vide. Élu grâce à la mobilisation de toutes les forces de changement – les jeunes, les ouvriers exaspérés, des patrons de PME pleins d’espoir – il est devenu l’agent inconscient d’un curieux néo-marxisme en introduisant l’expression de “fracture sociale ». Avec son retournement du 26 octobre 1995, il va provoquer l’un des plus beaux mouvements sociaux de l’histoire de France. » (Sic).
L’électorat de la Gauche plurielle selon L. Jospin : 80% des français.
En août 1999, sans crier gare, L.Jospin annonçe :«La nouvelle alliance entre les exclus, les classes populaires et les classes moyennes pour la prochaine décennie». Tout y était et chaque mot comptait : « nouvelle alliance » a son fumet biblique ; « prochaine décennie » était une façon un peu voyante de traiter la présidentielle de 2002 en incident de parcours ; quant à la conjonction des termes" exclus" et "classes populaires", elle constituait une synthèse originale entre le vieux prêche marxiste et sa version modernisée sur l’exclusion.
Les trois France selon J. Attali
<< A observer la façon dont réagit la France à la mondialisation et aux projets de réforme venus de l'Etat ou des entreprises, on ne peut que constater le dangereux creusement de fossés entre trois France. Celle qui avance vite. Celle qui veut conserver ce qui la protège. Celle qui est oubliée dans la précarité.
La première France est prometteuse. Elle est faite de gens qui, d'une façon ou d'une autre, ont eu la chance d'avoir accès aux savoirs, aux réseaux de relations et aux moyens d'agir.
Cette France accepte les réformes, les souhaite, les précède même par son action.
La deuxième France est solide. Elle regroupe ceux qui, d'une façon ou d'une autre, disposent d'une rente, par héritage ou par statut, et font tout pour conserver leur situation. Parmi eux, des gens très modestes, qui n'ont à protéger qu'un emploi. D'autres qui disposent d'immenses rentes de situation et d'obscènes rentes d'information. Ceux-là font tout pour éviter les réformes, qui peuvent dégrader leur situation.
La troisième France est misérable. Elle est faite de millions de gens qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, sans emploi, ni logement, ni formation, ni crédit, ni parrain, ni relations. De plus en plus nombreux, ce sont pour la plupart des femmes, des jeunes et des personnes âgées.
La première France trouve ses défenseurs tant dans le gouvernement que dans une partie de la gauche. La deuxième, surtout dans la gauche et l'extrême gauche, qui seule semble parfois s'intéresser à la troisième France". L ‘ Express le 12.06.2008
Loin de donner le ton et le tempo comme naguère, le Monde ne parvient même plus à suivre le train des idées.
A la Une du 25/26 janvier 2009, sous le titre » Face à la crise, difficultés et craintes de la classe moyenne », le chef du service politique, Françoise Fressoz, écrit sans donner de source :« Sentiment de déclassement des classes moyennes….. ces 40% de familles qui bénéficient d’un revenu net mensuel compris entre 3500 et 4000 euros….. privées des dispositifs sociaux d’aide aux plus modestes, mais aussi des faveurs fiscales accordées aux plus aisés, elles ont le sentiment d’être les oubliés du Sarkozisme ». Suit en page 16 et 17 un dossier non signé de deux pleines pages style « Trois familles : Tranches de vécu ».
Evaluer sans citer de source » la « ou « les » classes moyennes à 40 %, attribuer à Sarkozy les conséquences de dispositions fiscales et sociales développées depuis prés de quarante ans, voici un cas d’école de ce manque de rigueur professionnelle dont L.Jeoffrin fait l’un des défauts majeurs de sa profession et l’une des causes déterminantes de la défiance de l’opinion publique envers la presse écrite nationale.
Le 7 mars 2009, Michel Noblecourt reprend le mot clases moyennes mais cette fois au pluriel : « Le lourd désenchantement des classes moyennes ». Ce n’est qu’une paraphrase d’un article publié par Régis Bigot dans le bulletin du CREDOC N° 219 de mars 2009
« Les classes moyennes sous pression » .
<< Les classes moyennes représentent 52,1 % de la population ; elles gagnent entre 1120 et 2600 euros.Entre 1970 et 2004, le pouvoir d’achat de cette catégorie a doublé. On ne saurait donc parler de paupérisation (Mais. !) mais une fois payées les dépenses incompressibles : loyers et charges,eau, gaz, électricité, téléphone, assurance, alimentation, transport, éducation>>.
Editorial du 4 Août « 1789 – 2009 »
Cherchant à reprendre son souffle révolutionnaire, le Monde cite les nouveaux privilèges : l’impôt et le bouclier fiscal, l’accés aux grandes écoles ; les rémunérations faramineuses des dirigeants d’entreprise. Pas un mot sur l’emploi à vie.
Selon Les Bourdieusiens
Alain ACCARDO, sociologue Bourdieusien, décrivait dés 2002, dans Le Monde Diplomatique le fossé «idéologique » qui sépare l’extrême gauche du socle électoral du PS.
« CONTESTER LE SYSTÈME TOUT EN L’UTILISANT : Le double jeu des classes moyennes ».
Les membres des classes moyennes, souvent issus des classes populaires, ou redoutant d’y plonger, sont tiraillés entre l’inclination à une rupture distinctive irréversible avec la masse indistincte et la tendance à la solidarité et à la compassion envers les petites gens, parfois si proches.
La composition de ces deux tendances spontanées engendre nombre de pratiques de condescendance qui consistent à se pencher avec bienveillance sur le sort des « gens du peuple » pour les instruire, les animer, les insérer, les soigner, les conseiller, s’en faire les porte-parole, en particulier au plan politique, et utiliser à son profit le crédit de l’alliance avec les plus dominés dans la compétition avec les plus dominants.
Toutefois, il serait impossible aux dominants d’instaurer leur hégémonie sans la collaboration complaisante et diversement intéressée des différentes fractions des classes moyennes, et singulièrement des corporations assurant des fonctions d’encadrement, de direction, de formation et information, etc. obligées de servir pour se servir.
Quoi qu’il en soit, la plupart se contentent de penser leurs expériences en particulier et le monde en général au moindre coût intellectuel et affectif au moyen d’une panoplie idéologique de mythes et de lieux communs sans cesse revivifiés et réactualisés par des médias assez représentatifs, dans l’ensemble, de l’ahurissant bricolage intellectuel, à la fois hétéroclite et paresseux, qui caractérise la culture des classes moyennes, culture de classes moyennes, dont la presse, quotidienne et magazine, se repaît tout en la thématisant et qui fait d’elles les comparses et les victimes de toutes les impostures. »
La Gauche de la Gauche :Serge Halimi et Thomas Franck.
Dans »Pourquoi les pauvres votent à droite » aux USA ?
« La mondialisation économique qui lamine les conditions d’existence des catégories sociales les plus mal dotées en capital culturel semble au contraire réserver ses bienfaits aux « manipulateurs de symboles » essayistes, juristes, architectes, journalistes,financier. Alors quand ces derniers prétendent en plus dispenser aux autres des leçons d‘ouverture, de tolérance, d’écologie et de vertu, la colère déferle. La critique des républicains n’a réussi que parce que la suffisance de ceux qui savent est devenue plus insupportable que l’impudence des possédants.>
Comme les classes moyennes constituent les deux tiers de toute démocratie riche, le silence français relève bien de l’exception absolue. Tout se passe comme si Les gens « en place » de penser et parler ne pouvaient même pas imaginer que le concept de classes moyennes protégées fasse problème, sans doute parce qu’ils refusent psychanalytiquement de se regarder dans le miroir. Il ne reste donc qu’une issue au citoyen de base: forcer la controverse en publiant sur le net le résultat de recherches personnelles. Voici une contribution à titre d’essai.
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ENCADRE
DEFINIR et COMPTER LES CLASES MOYENNES PROTEGEES
Fin 2007, la France compte :
63,7 millions d‘habitants
49,4 millions d’habitants de 15 ans et plus, aptes au travail
44 millions d’électeurs inscrits
28,2 millions d’actifs
dont 25,6 millions ont un emploi et prÈs de 3,3 millions sont des chÙmeurs
22,8 millions de salariés dont 6,7 d’emplois à vie
13 millions de retraités
Le nombre de français au travail est de 25,6 millions ( 2 millions de chômeurs) soit moins de 52%, l’une des proportions les plus faibles de l’OCDE. Ce fait mérite la plus grande attention. Si la France avait le même taux d’emploi que des pays tenus pour plus » à gauche » qu’elle : Britanniques, 71,5%, Suedois 73,1 %, Neerlandais, 74,3 %, Danois, 77,4 %, plus de trois millions de français rejoindraient les travailleurs. IL est clair par ailleurs que l’on peut plus établir un taux de chômage comparatif sans éxclure préalablement les employés à vie.
Sur ces 25,6 millions d‘actifs, on compte 22,8 millions de salariés ( dont 19,8 millions à durée indéterminée, 3 millions de précaires.) et 2,8 millions de non salariès. Les salariés employés à vie regroupent 6,7 millions de travailleurs soit 30% du salariat:
1 Les trois fonctions publiques, nationale, sociale et territoriale totalisent 5.100.000 d’emplois
2 Les entreprises publiques 712.000 ( entre autres 280.000 postiers dont 170.000 fonctionnaires )
3 Des personnels financés directement par l’Etat:700.000 dont les enseignants du Privé
4 Divers organismes publics ( Chambres professionnelles ) 138.000.
S’ajoutent à ce tiers les salariés bénéficiant de statuts privés et les personnes dont le revenu dépend pour partie ou totalité de la dépense publique soit 1.900.000 :
1 Salariés des associations« publiques ».800.000 supplétifs des diverses administrations de l’Etat Providence.
2 Professions de santé : la moitié du secteur soit 450.000.
3 Coopératives et mutuelles 400.000
4 Agriculteurs 300.000 pour moitié du revenu agricole, dépenses sociales comprises.
Si l’on tient compte des quelques 13 millions de retraités en leur appliquant le même pourcentage public-privé qu’aux actifs, soit un tiers qui donne 4.300.000 millions de retraités, issus du « public » l’on obtient un électorat potentiel de 13.000.000. sur 44.000.000.
Sur 25.600.000 d’actifs, la dépense publique lato sensu qui représente 53% du PIB, finance donc 8.600.000 emplois soit 33 % dont 30% d’emplois protégés et le plus souvent « à vie ».
CONSEQUENCES ELECTORALES ?
Voyons le résultat démocratique de cet effort financier inégalé en Europe.
« N'importe quel socialiste aurait fait 17 millions de voix, c'était le point bas », a lancé, Michel Roccard au soir de l’élection, parlant de Ségolène le vendredi 9 mai 2008 sur RTL. Surprenant de la part d’un septuagénaire professionnel des urnes que de ne pas distinguer selon qu’il s’agit du premier ou du second tour d’une élection présidentielle qui a battu les records de participation ! 84 % !
Les 17 millions selon M. Roccard, c’est le score du second tour ! Au premier tour le « point bas »avait été de 9,5 millions soit 26 % des suffrages et moins que les emplois de la dépense publique, retraités compris.
En revanche au second tour des municipales de 2008, le « point bas » s’effondre. La gauche n’a réuni que 13,9 millions de voix avec 35% d’abstentions, accusant une perte de 2,8 millions par rapport à 2007. La droite implose : elle a perdu 5,4 millions de suffrages entre 2007 et 2008. (La victoire de la droite se mesurait à 2,2 millions de voix pour la présidentielle; celle de la gauche à 400.000 pour les municipales). Enfin, pour être complet, aux européennes en 2009, le PS perd 6,5 millions de voix par rapport au premier tour de 2007,
Si contrairement à ce qu’ont affirmé les professionnels du commentaire politique, il est impossible d’établir une comparaison entre les diverses élections présidentielles, législatives et européennes, le socle électoral constitué par les classes moyennes protégées est bel et bien en temps normal -selon l’abstention- d’un quart à un tiers de l’électorat, entre 50% et 66 % du PS ? mais trois millions seulement en 2009 !
Autre leçon, si l’abstention favorise la gauche, elle exprime aussi une critique et une méfiance envers les professionnels. En témoigne le résultat aux élections prudhommales de fin 2008. Les 18,6 millions de salariés se sont abstenus à 75% soit 1.400.000 électeurs votants. Chacune des grandes centrales totalise lors de ce scrutin moins de suffrages qu'il y a six ans. La CFDT a ainsi vu 350 000 électeurs de 2002 se détourner d'elle cette année, FO 270 000 et la CFTC 120 000. Même la CGT, qui gagne pourtant 1,6 % par rapport à 2002, a perdu des voix : 200 000 au total. Seuls les deux «petits» syndicats progressent en fait réellement en nombre de suffrages . Ce beau désastre coûte cher à la démocratie sociale en termes de représentativité.
Les «grandes manifestations » objet des TV gourmandes et radios trottoirs amies, réunissent donc au plus trois millions de personnes selon des « organisateurs » trop prompts à se compter eux-mêmes, mobilisant donc au mieux 10 % des actifs et 7 % des électeurs et la moitié selon le ministère de l’Intérieur . Apothéose du 13 juin 2009, dans un silence médiatique non moins assourdissant, la CGT revendique 150.000 manifestants, la police répond 75.000 ! Record historique ! Peut-on faire moins ?
Ce beau désastre coûte financièrement bien cher à la collectivité. Selon Dominique Andolfatto et Daniel Labbé, dans plusieurs administrations et entreprises à statut, de 0,7 à 1% du personnel soit minium 40.000 agents dont plusieurs responsables de premier plan se trouvent mis à la disposition des syndicats .
Pour la CGT, de 1970 à nos jours, le nombre d’adhérents a été divisé par 2,5 mais celui des permanents a été multiplié par 5. Autrement dit un permanent pour 25.000 adhérents hier,2500 aujourdhui.
Cette analyse trois deux conclusions politiques et morales majeures
I En France, ne comptez pas sur les medias, les parti, les partenaires sociaux ou les administrations C’est en définissant et comptant par ses propres moyens que le citoyen forcera progressivement ces pouvoirs publics et sociaux à définir et compter.
II Si l’on veut être crédible, on ne s’évalue pas soi-même.
III La statistique française du chômage n’a pas de sens international, un tiers de l’effectif des actifs n’étant pas exposé à ce fléau.
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Ces données accessibles au moindre citoyen permettent d’apprécier le silence des « élites » de la sociologie et de politologie françaises depuis 1945
Du refus passif au refus actif .
1945-2007
On distinguera deux temps forts dans la période 1945-2007 .
1945-1980.
"SCIENTIFIQUEMENT, IL NE PEUT EXISTER DE CLASSES MOYENNES »
De 1945 à 1980, l’approche marxiste-léniniste domine la sociologie française: Les classes moyennes ne peuvent exister pour des raisons scientifiques puisqu’à la fin de l’Histoire, le capitaliste et le prolétaire doivent seuls rester face à face.( INSEE, CNRS, Gruson, Duverger.)
1980-2007.
LES EXCLUS SAUVENT LE PROLETARIAT
De 1980 à 2000, exclus, dominés, travaileurs pauvres, immigrés sont appelés au secours de la paupérisations relative comme absolue (Lenoir, Chirac, Todd, Rozanvallon, Bourdieu).
« SCIENTIFIQUEMENT »
IL NE PEUT EXISTER DE CLASSES MOYENNES
Pourquoi ce silence ?
Rosanvallon n’est que l’héritier idéologique d’une tradition ancienne. Pour Maurice Duverger, grand mandarin des années 50-70, le mythe des classes moyennes constituait un procédé pour lier les classes moyennes salariées aux classes moyennes capitalistes, et faire adopter par l’ensemble la défense des intérêts des seconds.
Pesanteurs marxistes obligent, aux origines, ce conformisme est le fruit d’une longue histoire administrative et politique. La statistique économique française s’est construite au sortir de la guerre de1939-1945, autour de l’impératif de reconstruction, dans un climat intellectuel dominé par les universitaires et scientifiques communistes. Notre classification des catégories sociologiques en restera marquée trente-sept années durant par une différenciation socioprofessionnelle matérialiste, les fameuses «catégories socioprofessionnelles», ou C. S. P, qui répartissent la population – et pas seulement la population active– selon les seuls secteurs de production.
Alors qu’aux USA ces catégories sont modifiées à chaque recensement pour tenir compte des évolutions de la société, en France il faut attendre 1982 – 37 ans ! – pour qu’une nouvelle présentation soit décidée, celle des «professions et catégories sociales», qui tient compte, mais timidement, des bouleversements de la société française. Les salariés agricoles devenus infinitésimaux rejoignent les autres salariés. Un groupe typiquement français dans son snobisme terminologique apparaît, celui des « Cadres et professions intellectuelles supérieures». Les «professions intermédiaires» remplacent les «cadres moyens» : Visiblement, il est moins humiliant d’être « intermédiaire » que « moyen ». Suivent ouvriers et employés. Pas un mot sur le secteur public qui avec un tiers du salariat constitue
" l'exception française".
L’Allemagne au contraire distingue, outre les indépendants, les ouvriers, les agents de la fonction publique et le reste du salariat tertiaire, sans qu’il soit question ni de cadres ni de professions intermédiaires.
Problème collatéral sous-estimé, la définition des classes moyennes soulève mécaniquement la question des «exclus ». Il y a déjà plus de trente ans, R. Lenoir inventait ce terme « d’exclus » et en grossissait les effectifs à «un Français sur dix», soit aujourd’hui 6 millions au minimum, puisque, à en croire sociologues et professionnels de la pauvreté, l’exclusion ne cesserait de progresser en valeur relative et absolue.
Au reste les termes de « pauvres » puis de « travailleurs pauvres » ont remplacé celui d’exclus. Le discours politique nouveau revient à la thèse de la paupérisation – absolue comme relative –, chez les enfants ou les femmes seules, pour affirmer l’explosion des inégalités entre très riches et très pauvres et la multiplication des exclus. C'est ici le coeur du problème qui conduit à vouloir remplacer le RMI par le RSA à la frontière basse des classes moyennes non protégées. Martin Hirsch justifie : « Faire travailler des inactifs permettra de réduire les charges fiscales imposées aux classes moyennes »
DES CLASSES MOYENNES PROTEGEES 2006 ?
L’INTUITION D’UN PROBLEME ?
2006. Louis Chauvel. Les classes moyennes à la dérive » République des Idées. Seuil. Octobre 2006. Directeur P. Rozanvallon.
La publication du livre de Louis Chauvel « Classes moyennes à la dérive » a pu faire espérer un instant qu’un débat enfin sérieux allait s’ouvrir en raison de la personnalité de l’auteur, de la qualité de l’éditeur enfin du choix de la date.
- L’auteur est Professeur à Sciences-Po. Chercheur à l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE) et à l’Observatoire sociologique du changement (OSC). Il est aussi membre de l’Institut Universitaire de France. Spécialiste des inégalités et des dynamiques générationnelles, il est l’auteur du « Destin des générations ». (PUF 1998 ). C’est un mandarin reconnu et respecté à gauche. Le premier, il va évoquer la spécificité française de « classes moyennes publiques ».
- L’éditeur est prestigieux. Il s’agit au Seuil de la République des Idées, collection dirigée par Pierre Rozanvallon qui publie des auteurs chics comme J.P. Fitoussi, Daniel Lindenberg, Pascal Lamy, F. Dubet, Patrick Weil, J. Peyrlevade.
- Le choix de la date de parution : octobre 2006 se passe de commentaire électoral.
On pouvait espérer qu'en pareil arroi politico intellectuel et mondain, la question des classes moyennes protégées serait abordée. Tour de force ! Il n’en est presque rien et le silence va enterrer ce petit livre riche pourtant de provocations, omissions et contradictions instructives.
En voici quelques perles : L.Chauvel accuse en vrac les associations aidées de colonialisme social, accuse la famille de disloquer la société, accuse les socialistes d’avoir exploité la jeunesse, accuse « 68 » d’avoir multiplié les privilèges et accuse enfin l’école d’avoir privilégié les enfants de fonctionnaires notamment enseignants.
P 35 « La colonisation de la société civile par les classes moyennes protégées sous pavillon associatif. »
Une participation exceptionnelle au tissus associatif et une propension à prendre le pouvoir localement en colonisant systématiquement la société civile dans les domaines éducatifs, culturels, voir dans la décision politique par voie élective. Les aspirations des classes moyennes quoique démesurées,trouvent un épanouissement plus que proportionnel dans les réalités sociales ». Catherine Bidou PUF 1984. Essai sur les nouvelles classes moyennes».
P 77 « Solidarité familiale ou impasse civilisationnelle »
« La solidarité familiale et privée, menace pour la cohésion sociale. La situation n’est soutenable que parce que la famille - les parents- apporte un soutien économique considérable. Mais ceux qui recoivent le plus sont des enfants de familles mieux situées L’argent va à l’argent. Malheur à celui qui n’a pas le soutien du capital de sa famille. C’est une société de mendicité familiale. Le soutien de la famille devient un moyen essentiel de survie. »
« Une famille stable protège mieux que les diplômes ce qui est source de reproduction sans contrôle institutionnel. Les relations familiales risquent de remplacer les relations du travail ce qui serait source d’inégalités aléatoires non prévisibles".
P 69. « Les jeunes bernés par le modèle social français des années 1980-2000 ».
« Il pourrait être désagréable aux jeunes d’apprendre qu’ils n’ont pas été seulement victimes d’un capitalisme neo libéral .. mais aussi d’un faux socialisme qui ne les a pas soutenus, qui leur fait payer des impôt indirects, et le prix d’un Etat Providence obèse qui ne leur bénéficie guère et au bout du compte leur fera supporter longtemps les dettes accumulées par leurs heureux prédécesseurs. »
P 66-102 Génération «68 »et sacre des classes moyennes « Les orphelins de 68 ». Les classes moyennes c'est aussi un modèle, savoir : » 68 » dans le champ des moeurs et 1981 dans le champ politique . Le style 1981 ? : L'anti racisme, l'anti homophobie, la tolérance généralisée, l'ouverture mentale à toutes les influences nouvelles.... Un « relativisme généralisé". A l'opposé des autres pays, la France reste marqué par des classes moyennes dont le rapport au politique en comparaison avec leur rapport à l'ordre économique est une caractéristique centrale, prédominante: surtout à la mesure
du mouvement de 1968 et de leur conquête politique en 1981, les classes moyennes intermédiaires ont eu relativement le dessus par rapport aux classes moyennes supérieures. Evidemment, cette configuration semble s'inverser". Cela fait longtemps que les classes populaires doutent des leçons de générosité, de tolérance et ouverture prodiguées par les tenants de 68".
L'évolution a profité aux plus riches en patrimoine et aux groupes sociaux les plus en difficulté……. Aussi aux détenteurs de « capitaux culturels garantis par l‘Etat ». Quant au déclassement générationnel, avec l’arrêt du recrutement des diverses fonctions publiques, en voici le cursus par générations : par générations : « agriculteur, instituteur, polytechnicien, énarque, schyzophrène ! «
« Les classes moyennes intermédiaires du « public », portées par la tendance précédente ….. celles qui disposent d’un capital culturel réel sans être exceptionnel, sont les plus touchées par ….la raréfaction des places, la démonétisation des titres scolaires et universitaires, le déclassement des enfants…
Ecole et classes moyennes protégées :
Le grand inceste rompu.
Pour comble de désordre intellectuel, l’école est brutalement mise en cause dans son rapport aux classes sociales protégées.
Pierre Savidan, conseiller de Ségolène, valide l’analyse dans : L’Observatoire des Inégalités[13]
« Classes moyennes » est un terme ambigu qui exige clarification. Très concrètement, les fractions à fort capital culturel, démographiquement en perte de vitesse dans les nouvelles générations, voient se dégrader leur avantage relatif dans l’accès de leurs enfants à l’élite scolaire, en particulier face aux fractions mieux dotées économiquement. Même s’il est difficile en l’état de trancher entre les explications possibles (relâchement du travail ou impossibilité de soutenir la concurrence économique dans l’accès aux bons établissements des beaux quartiers), c’est le statut même des groupes sociaux les plus liés à l’école qui est ici en question. »
Dans un article publié après la parution de son livre sous le titre » Une crise multidimensionnelle des « nouvelles classes moyennes ». Louis Chauvel a finalement levé le voile, mais dans l’intimité !
« L’expression même de « nouvelles classes moyennes » est maintenant singulièrem
ent datée, parce que le modèle de modernisation qui était encore celui des années 1970 s’est éloigné et fait place à un nouveau modèle où le rôle de l’école comme agence ou institution de reproduction, de sélection et de répartition de la population a changé. La dynamique des sous-groupes sociaux constitutifs des « classes moyennes » met en évidence une crise profonde de recrutement, en particulier des fractions les plus liées à l’Etat. »
« En réalité, les relations des classes moyennes à l’école sont au moins de trois ordres : elles relèvent avant tout de l’école comme lieu de formation de classes moyennes, ensuite comme lieu de reproduction de ces mêmes classes moyennes, et enfin comme employeur central de ces classes, le système universitaire, scolaire, de recherche -et plus généralement le système d’Etat-providence qui le généralise -étant le pourvoyeur central d’emploi de ces classes moyennes ».
"Chacune de ces dimensions connait une crise profonde. L’inversion de la dynamique ancienne produit un profond pessimisme scolaire parallèle à un malaise des classes moyennes qui jusqu’à présent voyaient leur développement bénéficier de l’expansion scolaire. Maintenant que cette relation n’est plus assurée, l’école tend à jouer le rôle de bouc émissaire, chargé de la responsabilité de calamités dont la source est très vraisemblablement ailleurs. Au même moment, on assiste à un surinvestissement du haut des classes moyennes, en particulier de celles qui disposent de ressources économiques confortables au-delà d’une certaine dotation scolaire, dont les enfants parviennent à rattraper, voire à dépasser, ceux des groupes sociaux qui jusqu’à présent avaient le plus bénéficié de l’école comme lieu de reproduction scolaire."
Et Chauvel de clamer son inquiétude .
« En France les classes moyennes font face à un grand renversement. Ce mouvement est silencieux et secret mais sa dynamique massive, inscrite dans le long terme évoque la dérive des continents. Il engendre des tensions telluriques qui pourraient annoncer un séisme sans équivalent dans l’histoire récente. Les mouvements telluriques se multiplient et laissent présager la venue du « Big One » : une secousse de première ampleur ». pour conclure en s’interrogeant : « Face au danger Que faire ? Comment faire pour sauver les classes moyennes de la dérive ? :Réponse : redéfinir la place du travail et restaurer le savoir en réformant l’enseignement supérieur. » ‘(Sic) Autant dire Rien !
Paroles ! paroles ! : Refus d’en débattre
Que le travail de Chauvel ait été à ce point occulté laisse pantois. Dieu merci, la crise des finances publiques comme l'effondrement du système éducatif et universitaire vont rendre le silence et le statu quo insoutenables. D'ailleurs plusieurs propos récents inattendus repris ci-après témoignent d’un désordre voir d’un chaos intellectuel prometteur de remises en causes politiques et d’orages sociaux désirés.
Jacques Delors Président du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale confirme de son autorité la thèse de Chauvel mais sans le dire.
" Le plus grand privilège source des pires inégalités, c'est l'emploi à vie. La seconde source d'inégalités, c'est le système éducatif notamment supérieur". voici à mots couverts le rapport de J. Delors (Figaro 18 novembre 2006).
« L'emploi instable est l'une des principales causes de la croissance des inégalités de revenus en France « Le problème de l'instabilité de l'emploi creuse de fait les inégalités de revenus beaucoup plus que les taux de rémunération ».
Début 2008 le groupe « Emergence » déjà cité, présidé par Cyril Picquemal énarque du Quai d’Orsay, proche de Désirs d’Avenir déchire le voile du Temple :
« Ni classes populaires, ni classes moyennes : repenser notre rapport à l'électorat »
« En refusant de parler aux Français dans leur ensemble, le Parti socialiste s’est condamné à distinguer les électeurs selon leur appartenance supposée à telle ou telle catégorie sociale. Cette approche a été une faute politique majeure, expliquant l incapacité de la gauche à répondre aux aspirations d’une majorité de Français.
Déjà préempté par la droite, l’imaginaire des « classes moyennes » a été vu par le Parti socialiste comme le cheval de Troie d’une politique destinée à avantager les plus favorisés. Cette focalisation réactive et obsessionnelle sur le couple favorisés/défavorisés l’a conduit à aller toujours plus loin dans une action destinée aux seuls outsiders.
Englué dans cette ligne, le Parti socialiste parle des jeunes qui sortent sans qualification du système d’enseignement, mais il ne parle pas de l’immense majorité de ceux qui en sortent mal, ou peu formés ; le Parti socialiste parle de gratuité dans les transports pour certains, mais il ne parle pas des difficultés d’accès que rencontre la majorité de ceux qui doivent payer ; le Parti socialiste parle des chômeurs, mais il ne parle pas à la majorité de ceux qui ont un emploi et ont peur de le perdre.
Garant d’une action publique puissante mais concentrée, le Parti socialiste est ainsi devenu le parti des exclus. Paradoxalement, il est aussi devenu celui des classes moyennes du secteur public, soucieuses de leur statut. "
D’une certaine façon, la gauche n’a pas vu la part de vérité d’un livre comme Extension du domaine de la lutte d Houellbec: une France des classes moyennes souvent désenchantées mais ne demandant qu’à rêver de nouveau. ».
Et pourtant !! Tout le monde sait, tout le monde se tait !
2007-2009
LA JEUNESSE EST DANS LA RUE !
Sous la contrainte de la crise et des résultats électoraux, les questions liées de précarité et de flexi-sécurité soulèvent celles du statut. Certains pressentent qu ‘en période de crise grave le statut fait privilège, que l’immoralité d’emploi de l’argent public comme privé peut mettre le feu aux poudres et justifier la perspective d’une radicalisation des marginaux de la dépense publique et de la jeunesse. Mais pour la classe publique cultivée de service, l’existence de classes moyennes protégéesreste un impensé. Pas question d’ouvrir le dossier ; alors on parle de RGPP et d’économies.
Pourquoi ?
D’abord parce que les élites politiques de gauche sortent des mêmes écoles que les élites politiques de droite.Surtout, traiter de classes moyennes, ce serait mettre sur table l’étrangeté du modèle social français en ce XXI°siècle commençant, savoir que la moitié de nos classes moyennes est constituée de fonctionnaires ou assimilés accompagnés de professions liées à la dépense publique. En traiter c’est donc aborder non seulement la question de l’inégalité respective des diverses catégories sociales face au chômage, à l’école, à la retraite, à la santé, à la durée de la vie et, qui pis est, de l’efficacité de la dépense publique en matière de justice et de sécurité. Il suffit de considérer la critique du mode de financement du RSA accusé - même à gauche - de spolier les classes moyennes. Personne n’ose ouvrir la boite de Pandore et l’on comprend pourquoi l’objectif non dit de la classe publique, sociologues en tête reste d’éviter tout débat au fond surtout d’ici 2012. Mais l’émeute survenue à Poitier , ville tranquille qui voit 400 jeunes encagoulés détruire une rue annonce à nos autruches la fin de la sérénité.